Partie 1 – La IIIe République et la naissance de l’impérialisme français

Partie 1 – La IIIe République et la naissance de l’impérialisme français

Histoire des institutions contemporaines (UE Libre) – Introduction

L’histoire passe de transformations profondes de l’organisation économique, les conflits d’intérêts qu’elles génèrent entre classes sociales. L’histoire évolue donc « par en bas » pas par les grands hommes. La base de la société est la production des richesses, tout autour de ça s’organise les groupes possédants, non-possédants… Des groupes sociaux avec des intérêts contradictoires à défendre. C’est de cet affrontement, de ce conflit d’intérêt, qu’évolue la société, les institutions et le droits.

On commence au début de la IIIe République (1870). Le 19e, depuis la Révolution française, est l’histoire de la naissance et du développement du capitalisme. Le capitalisme est un système économique qui met en relation deux classes sociales fondamentales : les propriétaires à titre privé des moyens de production, la bourgeoisie, et ceux qui vendent leur force de travail, le prolétariat. Ces deux classes n’ont pas les mêmes intérêts ne pourront jamais vivre ensemble pacifiquement : l’une cherche à faire le maximum de profit et donc à exploiter au maximum le prolétariat ; lui veut vivre le mieux possible et donc limiter au maximum l’exploitation. Le capitalisme est donc fondamentalement conflictuel. Ces conflits vont amener des transformations politiques : deux empires, une république, deux monarchies… En quelques décennies. De son côté, le prolétariat s’est organisé politiquement. En 1871, année charnière dans l’Histoire de France voire du monde, c’est l’année de la Commune de Paris (mars-mai 1871) : la classe ouvrière à Paris à pris le pouvoir et a organisé sa propre société démocratique avec des élus révocables etc. Le 4 septembre 1870 venait d’être proclamé la IIIe République, quelques mois auparavant. Une des première chose qu’elle fera sera de combattre la Commune de Paris. C’est un des massacres les plus importants du 19e : 20 000 morts en une semaine. L’acte fondateur de la IIIe République est donc l’écrasement de la Commune de Paris. Cela marquera la IIIe République d’un « traumatisme inaugural » pour la bourgeoisie : la crainte des dirigeants sera donc qu’il y ait à nouveau des Révoltes ouvrières.

Quelles sont les grandes tendances de l’évolution du capitalisme après 1871 jusqu’à la la Seconde Guerre Mondiale ? Le capitalisme va évoluer à partir de la fin du 19e siècle et la France va devenir (et est toujours) un pays impérialiste : c’est un stade de développement du capitalisme. L’industrie s’est énormément développée, le capitalisme a permis la production rapide et en grande quantité des biens manufacturés, les échanger rapidement. Mais le développement du capitalisme a un côté inarrêtable. Il fonctionne selon 2 lois, la recherche de profit car il y a concurrence. Il faut donc sans cesse accroître ses profits pour faire mieux que l’année d’avant afin de ne pas disparaître (menace de la concurrence qui prendrait les débouchés de marché). Il y a donc une masse de capitaux toujours plus importante. Afin de continuer cela, il faut trouver des matières premières moins chères et de la main d’oeuvre moins chère (produite moins chères) et de nouveaux territoires pour les débouchés. Cette nécessité d’investir toujours plus fructueusement ses capitaux, amène des changements :

  • concentration des entreprises de plus en plus grosses en oligopoles
  • développement du rôle de banque où se concentrent de grandes masses de capitaux industriels : le capitalisme se financiarise
  • exportation des capitaux : chercher des débouchés ailleurs qu’en France sur toute la planète, éclater les frontières nationales. Les grandes entreprises, qui étouffent dans leur pays, veulent se partager le monde

Ainsi le capitalisme devient impérialiste. De nouvelles institutions et nouveaux rapports sociaux vont naître, créant du droit et des institutions. Les capitalistes se lancent à la conquête du monde et la République les y aide (guerre, crises économiques et sociales…pour les profits de la bourgeoisie) tout en continuant, à l’intérieur, de faire en sorte que le mouvement ouvrier ne conteste pas le capitalisme. C’est le moment de l’histoire où la classe ouvrière sera la plus puissante. L’objectif est alors d’intégrer le prolétariat dans la vie politique et dans la société capitaliste en général.

PARTIE 1 – La troisième république et la naissance de l’impérialisme français (1871-1914)

Volet économique et social / Volet politique : comment on gouverne les hommes

Chapitre 1 – Les caractéristiques de l’impérialisme français

Le développement de l’industrie s’accompagne de la colonisation. Cette période s’appelle la Belle Epoque.

SECTION 1 – Le fondement de l’impérialisme : l’industrialisation

C’est sur ces 40 années le facteur essentiel des transformations économiques, sociales et politique que connaît la société française. Jusqu’en 1870, l’agriculture était le secteur économique dominant en France (70% de la richesse) et elle tombe à 40% de la production de richesses en 1870. L’industrie prend le chemin inverse et passe de 30 à 60%.

A. La seconde révolution industrielle

La première a eu lieu à la fin du 18e grâce à l’évolution des techniques (machine à tisser mécanique ou mule-jenny inventée par Crompton, coordonné avec la machine à vapeur inventée par James Watt), les révolutions industrielles matérialisent le moment où l’humanité accroît la productivité de son travail (1000 fois plus vite par exemple). Un siècle plus tard, à nouveau une nouvelle révolution industrielle, même conséquences d’augmentation de la productivité. Cela grâce à l’électricité qui commence à être utilisée, et le pétrole plus tard (1914). Elle a bouleversé les processus de fabrication. On créé le moteur électrique, avec une puissance bien plus importante que la vapeur, et on va pouvoir produire énormément. Pharmacie, explosifs… les idées d’ingénieurs sont mises en application (radio, cinéma, métro, tramway, rotatives d’imprimerie…). Le secteur qui se développera le plus sera l’industrie mécanique, chimique (caoutchouc : Michelin… particulièrement avec la Guerre). L’industrie automobile se développe mais reste inférieur à celle des USA. La textile et la métallurgie se développe également. Cette industrialisation s’est faite avec l’aide de l’état.

Durant cette période tous les gouvernements sont libéraux et n’organisent donc pas l’économie, laissée à l’initiative privée. Mais l’état y intervenait quand même, notamment pour soutenir les industriels, notamment en période de récession pour stimuler l’activité et garantir les profits des industriels. Par exemple le plan Freycinet en 1879 ; on le lance en période de récession, l’état lance des commandes massives de travaux dans le domaine ferroviaire. L’argent public va ainsi stimuler l’activité de la sidérurgie. C’est une des façons d’intervenir dans l’économie, mais il y en a d’autres : politique douanière destinée à protéger la production nationale (protectionnisme) ; la dette publique est aussi une façon d’intervenir dans l’économie en empruntant et ainsi remboursant des intérêts aux banques, il injecte de l’argent dans l’économie (façon pour les banques de s’enrichir) ; les dépenses coloniales profiteront aussi aux industriels.

B. L’abondance des capitaux

La croissance des profits est très importante. Ces capitaux vont dans un premier temps servir à innover (nouvelles machines, on innove et améliore : tunnels, barrages et turbines pour l’électricité hydraulique). Mais cet investissement est limité, encore faut-il pouvoir acheter ce qu’on frabrique, il faut donc des débouchés. Le marché intérieur est limité car le niveau de vie de la population augmente un peu mais pas suffisamment pour absorber la quantité de biens fabriqués. Plein de capitaux ne sont donc pas investis, on est pas surs de vendre si on produit. Du coup on constate un grand développement du secteur bancaire : en 1898 on comptait 29, et en 1912 on en compte 105. En 1877 on a 30 000 comptes ouverts au crédit Lyonnais, en 1914 près de 700 000. Plein de capitaux sont donc déposés dans les banques. On commence alors à placer des capitaux à l’extérieur et investir assez loin, on voit de plus en plus de placements à l’étranger, ils se multiplient. Sous diverses formes : les emprunts d’états (Russie…). Les banques prêtent aussi à des firmes privées qui essaient de se développer à l’étranger. Par exemple la banque d’union parisienne et l’entreprise Schneider. C’est le début de l’impérialisme financier de la France, des capitaux, qui vont chercher à conquérir des marchés extérieurs.

On conquiert les marchés mais on va également pouvoir y exploiter le travail humain : l’impérialisme financier se transforme en colonisation.

SECTION 2 – Le déploiement de l’impérialisme : la colonisation

A. Les conquêts coloniales

La France s’est constitué un Empire. Avant 1870 elle avait déjà un passé et un domaine colonial assez important : environ 1 million de km² à l’extérieur de la métropole, qui comprenait environ 5 millions d’habitants : Nouvelle Calédonie, Saint Pierre et Miquelon, quelques comptoirs en Inde…Et surtout elle possédait déjà l’Algérie en 1830, puis le Cambodge, le sud du Vietnam (Cochinchine)… Mais c’est à partir de 1885 que la République se lance dans un gigantesque mouvement d’expansion coloniale qui va aboutir à décupler le territoire sous domination française, multiplié par 10 en 30 ans : en 1914 elle contrôle 10 millions de km² et 50 millions d’habitants. En plus de l’Algérie elle va conquérir la Tunisie et le Maroc pour former « l’Afrique française du Nord ». Puis le Tchad, la Centrafrique et le Congo « Afrique équatoriale française ». Puis l’Afrique occidentale française : Bénin, Burkina Fasso, Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger… Plus loin Madagascar. Et en plus, un ensemble de territoires en Asie du Sud Est : le Tonkin (Vietnam), Hanam (centre Vietnam)… tout un tas de territoires dans l’actuel Vietnam qui seront nommés l’Indochine. Sur tous les continents la France est présente. La soif de conquête territoriale était très importante. Pourquoi et comment s’est-elle organisée ?

Les gouvernements ont dû bien évidemment avancer des raisons pour partir à cette conquête du monde et justifier cette colonisation.

L’un des plus fervents partisans de cette colonisation est Jules Ferry 1880 (connu surtout pour l’école gratuite, obligatoire et laïque, ministre de l’instruction publique / appelé aussi président du Conseil des ministres)

Dans un discours du 30 juillet 1885, FERRY donne clairement les raisons pour lesquelles cette extension coloniale française est indispensable :

  • raisons économiques : il faut des débouchés à la production française et des capitaux, besoins d’exportations pour les entreprises françaises. Il résume cette idée par une phrase  : « La politique coloniale est fille de la politique industrielle »
  • raisons politiques : il faut se dépêcher d’aller conquérir le monde parce que la France n’est pas toute seule. Elle n’est pas la seule dans le monde à avoir ces mêmes problèmes de débouchés. Ferry considère donc que le partage du monde est inéluctable car il existe une concurrence européenne dans cette conquête du monde.
  • raisons idéologiques : le gouvernement français va faire de cette colonisation une mission civilisatrice ; presqu’un devoir de civiliser les races inférieures (elle se justifie par le fait que si elle s’élance sur la voie de la colonisation ce n’est pas tant parce qu’elle veut juste prendre possession de terres nouvelles non, c’est plus parce qu’elle a « un devoir en tant que l’une des races supérieures, de relever les races inférieures vers son niveau »  et ce devoir lui donne le droit d’aller conquérir les territoires de ces races inférieures.

A cette époque, cette hiérarchie entre les races est admise par tous les républicains. L’idée est reprise par de tas de penseurs républicains dans des textes et livres scientifiques, textes qui font une distinction entre les personnes noires, les personnes arabes, les personnes de couleur etc.. considérés comme des sauvages. Certes ils font partie de l’espèce humaine mais ce sont des parents éloignés de l’homme blanc, certains ouvrages attestent même que ces êtres dans l’enfance de l’humanité sont plus proches des animaux que de l’homme blanc. Notamment  un penseur républicain défenseur de la colonisation va se servir de cette idée de différence pour la justifier, Ernest RENAN « la conquête d’un pays de race inférieure par un pays de race supérieure n’a rien de choquant autant les conquêtes entre races égales doivent être blâmées autant la régénération des races inférieures ou abatardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité »

Il fallait faire accepter cette idée, cette suprématie comme une évidence, la faire accepter par le peuple pour ne même plus avoir à justifier ces opérations de conquêtes et l’une des méthodes (des plus spectaculaires et efficaces) pour faire accepter cette idée a été les mises en scène de sauvages (des espèces de zoos humains)

Les nécessités matérielles justifient le racisme et la colonisation.

Un des moyens le plus efficace, le plus spectaculaire, est la mise en scène de sauvages dans certains espaces de Paris, de véritables zoos humains. Par exemple lors de l’exposition universelle de 1889 on va installer sur le champ de mars des « villages nègres » ou « villages kanaks » (îles du pacifiques) dont le but était de mettre en scène la « vie » de ces personnes, en réalité en les plaçant dans des situations ridicules. Cela créé une distance et renforce le sentiment de supériorité des blancs. Ils pouvaient par exemple, leur lancer des pièces… Le but étant de montrer que les blancs sont la race supérieure, et les noirs des « sauvages » à civiliser.

Toute la production culturelle (cabarets, théâtre, music hall, chansons populaires, littérature et notamment littérature enfantine…) entretien ce clivage. Par exemple dans les livres scolaires on peut trouver des photos de « sauvages » : « ces aborigènes sont forts laids, plus abrutis, plus misérables, en un mot les derniers parmi les hommes ». Dès l’enfance on martèle avec l’idée d’inégalité entre les races.

Cela va permettre de faire passer des opérations de conquêtes violentes et destructrices comme parfaitement légitimes. On enrobe l’opération de conquête, avant tout économique, par un matraquage idéologique.

B. L’exploitation coloniale

Cette conquête coloniale est avant tout une conquête militaire, la plupart des pays qui ont été conquis l’ont été par la force, et ont donc souvent été le lieu de massacres massifs et organisés de la population. Par exemple un des épisodes les plus violents s’est passé lors de la conquête du Tchad en 1899, notamment menée par deux capitaines, Voulet et Chanoine. On massacre la population, notamment pour faire des « exemples », ici ils font tuer à coup de lance 20 femmes et leurs enfants.

Ce déchaînement de violence a été favorisé par plusieurs choses :

  • la concurrence que se faisaient les différentes puissances coloniales européennes pour la conquête des pays, il y avait une course de vitesse « faire vite et frapper fort » on décuple la violence, tout était permis pour conquérir
  • la résistance souvent virulente des populations, par exemple il a fallu 10 ans à l’armée française pour conquérir Madagascar. Le général en charge Gallieni a du faire face aux Toges rouges, qui ont tenu tête à l’armée pendant 10 ans. A l’issue de la conquête le pouvoir a mené une répression terrible envers la population, on compte des dizaines de milliers de morts. Une fois la résistance tombée, le pouvoir réprime le population puis essaie de gagner sa sympathie et son soutien, par exemple à Madagascar le gouvernement lance une politique de reconstruction du pays. Le pouvoir va se servir des divisions ethniques au sein d’un pays, en donnant des privilèges à une ethnie (intégrés à l’administration coloniale, terres…) pour susciter l’adhésion d’une ethnie contre les autres « diviser pour mieux régner ». Si les ethnies se battent entre elles, elles laissent tranquilles la puissance coloniale.
  • l’emploi de la force était justifié juridiquement : en 1885 a eu lieu une conférence à Berlin, qui réunissait les principaux pays colonisateurs. Pour justifier leurs actes ils ont théorisé l’idée que les terres africaines sont des « res nullius » des choses sans maîtres, il n’y existe pas de droit et personne n’y a de droits, ces terres sont à prendre et seule la conquête par la force créera du droit. Certes les territoires sont habités mais « les sauvages ne peuvent pas comprendre les droits », les règles de droit leurs seraient inaccessibles donc on ne peut pas leur reconnaître des droits qu’ils ne comprennent pas…Pas la peine donc d’obtenir leur consentement pour les conquérir. La force créé le droit.

Une fois qu’on a conquis ce territoire, il fallait l’exploiter économiquement. Pour cela, il fallait s’assurer de l’assujettissement complet des populations. Pour cela, les autorités françaises l’ont organisé grâce à un régime juridique particulier : l’indigénat, régime d’exceptions par rapport aux lois de la métropole. En métropole la France est républicaine, mais dans les colonies elle est dictatoriale. Il existait un fort racisme d’état. Ce régime s’applique seulement aux colonisés, les blancs des colonies n’y sont pas soumis. Les colonisé-e-s sont privé-e-s des droits démocratiques élémentaires (droits de l’homme, séparation des pouvoirs, constitution…), aucune liberté individuelle, ce sont des sujets pas des citoyens, ils n’ont pas de droit de vote car ne peuvent pas « comprendre ». Une des illustrations les plus frappantes de leur situation d’infériorité est la pratique du travail forcé : les autorités françaises peuvent sans limite et arbitrairement réquisitionner des travailleurs pour qu’ils fournissent un travail forcé, des genre de « corvées » (Moyen age). La pratique la plus célèbre est le portage : des centaines de milliers de colonisés transportent des matériaux sur des milliers de kilomètres (rails…) notamment pour de grands travaux. Par exemple pour la construction de la ligne de chemin du fer du Yunnan entre le Vietnam et la Chine de 1904 à 1910 les blancs ont utilisé 67 000 personnes, 12 000 trouveront la mort au cours des opérations de portage. Pareil pour la ligne Congo-Océan (années 30) avec 17  000 morts.

En plus de cela, les colonisé-e-s étaient soumis à des règles répressives et discriminatoires répressives. Pour maintenir cet ordre colonial, le régime de l’indigénat prévoyait un système judiciaire et pénal spécifique aux colonisé-e-s, il y avait le Code de l’indigénat (code pénal spécial) surnommé Code matraque car très répressif. Il s’attaque à tous les comportements pouvant nuire à l’ordre colonial : refuser de donner une information, tout acte considéré comme irrespectueux envers les blancs, si on se plaint trop souvent… Mais l’infraction qui donnait lieu à la répression la plus virulente était le retard ou la négligence dans le paiement des impôts, les colonisé-e-s avaient beaucoup d’impôts spécifiques et lourds. Ces impôts étaient très contestés alors l’administration a mis en place une répression virulente contre cela, une chasse à l’impôt : violences physiques, incendies de villages entiers en représailles, otages de femmes ou enfants… Il y a avait deux justices : une pour les blancs et une pour les colonisé-e-s, qui n’étaient pas jugés par des juges/magistrats professionnels mais par des fonctionnaires de l’administration coloniale, directement sous l’autorité des gouverneurs (pas de séparation des pouvoirs) sans formes procédurales, droits de la défense… Les peines qu’ils pouvaient encourir étaient différentes : le gouverneur peut décider arbitrairement de l’internement administratif d’une personne pour une durée indéterminée sans besoin de justification. On pratiquait même des peines collectives : si une personne commettait une infraction, l’autorité pouvait le punir lui ainsi que toute sa communauté d’appartenance (village…). Il n’y avait aucun principe de présomption d’innocence. L’autorité coloniale peut discrétionnairement saisir les biens ou les terres des colonisé-e-s, pour des motifs « d’ordre public ».

Cet espace sécurisé va permettre aux entreprises françaises d’y développer leurs affaires. C’est toujours le cas aujourd’hui même si le code de l’indigénat a disparu.

Bilan :

L’empire français est devenu, comme recherché, un partenaire commercial privilégié de la métropole : 85% des exportations de tissus vont dans les colonies, 80% de la métallurgie, locomotives, chaussures… C’était également un important réservoir colonial d’importations pour les matières premières agricoles (riz, légumes, arachides…), chimiques et industrielles (phosphate, cuivre…). Là dedans, un pays particulier était l’Algérie : la moitié des échanges coloniaux se faisait avec ce pays-là. L’empire colonial fut une source de profit considérables, notamment dans le secteur minier (30-35% de profit annuel). Parfois les profits s’envolent encore, par exemple la compagnie de Ouasta et Mesloula : en 1913 elle a réalisé 123% de profit. C’était la Belle Epoque des profits.

Depuis quelques années, un mouvement historique essaie de réhabiliter le passé colonial français, une loi du 23 février 2005 certes il y a eu des écoles, médecins… mais qui n’ont que très peu profité aux colonisé-e-s, à la fin des années 1880 5% des enfants algériens étaient scolarisés dans les « écoles pour musulmans » avec des classes de 170 élèves. En 1935, 50 ans après le grand mouvement colonial commencé en 1885, seulement 65 000 enfants étaient scolarisés. La médecine était largement sous équipée : en métropole un médecin pour 1700 personnes fin 19e, dans les colonies un pour 60 000. L’accès au peu infrastructures médicales était très inégal. 80% de la population était autochtone mais ne représentait que 25% des personnes hospitalisées.

SECTION 3 – La société de la Belle Epoque

A. Une société inégalitaire

Pour qualifier cette période, grâce à cette révolution industrielle et à la colonisation, la fortune nationale va considérablement augmenter. En 1913 on passe à 280 milliards, augmentation de près de 2.5 fois cette fortune. On le voit à travers des constructions (métro, ponts, expositions universelles fastueuses, voitures, avions, bicyclettes, cinéma et photo, téléphone, boom du monde du divertissement…). La vie s’anime autour de l’épanouissement du capitalisme. Mais cette richesse, tout le monde n’en profite pas car elle est très inégalement répartie. Il y a deux France : géographiquement la fortune est concentrée à Paris, à Lyon et dans les quelques départements autour, dans 6 départements ; socialement en 1913 60% de la fortune nationale appartient à 12% de la population ; plus on va dans les villes riches plus l’écart est important (Paris : 4% des habitants les plus fortunés possèdes 2/3 de la fortune de la ville). La société est donc très inégalitaire malgré l’accroissement de la richesse. La société est divisée en diverses couches sociales.

B. Les différentes couches sociales

La bourgeoisie, le prolétariat, et les couches intermédiaires qui vivent plus ou moins bien.

1. La bourgeoisie

C’est la classe dirigeante, qui a remplacé l’ancienne aristocratie financière. Elle est pourtant une minorité : 1 million de personnes sur 40 millions. Deux critères permettent de déterminer ce qu’est un bourgeois :

  • La fortune et la position sociale : La grande bourgeoisie, extrêmement riche et ayant du pouvoir de décision économique. Banquiers, industriels… Ils ont une capacité à contrôler l’économie et à en tirer bénéfice.  On trouve aussi certaines personnes fortunées mais qui ont un rôle moins dirigeant de l’économie : profession libérales (médecins, avocats…), fonctionnaires, ingénieurs, cadres de grandes entreprises…Ils appartiennent donc à un groupe social particulier, ils sont coupés du reste de la population.
  • L’éducation : Ce n’est pas simplement à cause de la fortune mais c’est aussi une question de position sociale : ce sont eux qui ont accès à l’éducation secondaire puis supérieure. C’est 2% d’une classe d’âge qui obtient le baccalauréat. Le bac de l’époque est un peu le « brevet de bourgeoisie » et est totalement élitiste. L’éducation marque la frontière entre les bourgeois et les autres.

Mais il y a aussi un mode de vie bourgeois, on reconnaît ainsi ses pairs de la même catégorie sociale. Par exemple la capacité de consacrer une grande partie de son patrimoine pour par exemple soigner sa garde-robe, aménager son intérieur (billard dans son salon, domestiques…). La place des femmes est bien définie : elles sont exclues de toute activité professionnelle, elle s’occupe de l’intérieur, chaperonne les domestiques. Elle peut avoir des activités associatives ou de charité mais pas de travail. La domination masculine est établie par le code civil, la femme est incapable juridiquement. La femme mariée n’a pas de droits, elle doit obéissance à son mari, cela ne sera abrogé qu’en 1890. Son rôle est de faire des enfants pour transmettre le patrimoine. Dans le prolétariat au contraire on voit beaucoup de concubinage puisqu’il n’y a que peu de biens à se transmettre.

Ce qui la caractérise aussi est le pouvoir que la bourgeoisie a sur la vie politique, elle ne fait pas que dominer l’économie. Certains enfants deviennent les héritiers de la famille, et les autres enfants vont faire de la politique. Par exemple la famille Wendel, avant dirigeants de toute la sidérurgie lorraine, documentaire France 2 « du fer à la finance » on voit tout le poids qu’ils ont dans la vie économique et politique par leurs liens familiaux ; mais pas que. Les bourgeois ont des syndicats patronaux, ancêtres du MEDEF, qui représente les intérêts du patronat française : le comité des forges, le comité central des Houillères (mines), etc. qui ont des relais, un poids très fort dans le monde politique. Les hauts fonctionnaires font également souvent partie de la haute bourgeoisie.

La bourgeoisie domine aussi la presse, son influence s’exerce par ce biais-là. Beaucoup de journaux sont dirigés par les familles bourgeoisie, c’est le début de la presse populaire à grand tirage, la bourgeoisie en profite pour faire passer des idées libérales de maintient de l’ordre établi. Elle désigne les « mauvais » comme les militants syndicaux, les « jeunes délinquants »… Elle forge l’opinion public et influence.

Les frontières ne sont pas aussi claires dans la réalité que dans cette description schématique, mais dans tous les cas cette minorité a un poids considérable sur la vie politique, économique et administrative du pays.

2. Le prolétariat

La classe sociale la plus nombreuses ; ce sont des personnes qui ne vivent que de leur salaire et vendent leur force de travail. Effectivement en cette fin de 19e siècle c’est la couche sociale qui a le plus augmenté en nombre, et notamment les travailleurs des villes. Les trois quarts sont des ouvriers de l’industrie, des mines, dans le commerce, des ouvriers à domicile… Les ouvriers industriels sont ceux qui augmentent le plus en nombre. Cela dit il y aussi des métiers de services qui se développent : employés de bureaux, vendeurs de grands magasins, petits fonctionnaires (postiers…), cheminots, domestiques… Cela représente environ 12 millions de personnes.

  • Ce qui est remarquable au sein du prolétariat c’est qu’ils exercent des métiers variés, mais surtout qu’il y ait une grande diversité sociale : par exemple, en terme de genre on trouve 40% de femmes, notamment beaucoup d’ouvrières du textiles et dans les nouveaux travaux de bureau (dactylo, vendeuses…) ;
  • en terme d’origine on voit qu’i y a de plus en plus de travailleurs étrangers, la main d’oeuvre locale (et l’exode rural relatif) est insuffisante par rapport au développement de l’industrie, on va donc chercher de la main d’oeuvre à l’étranger. Le patronat organise des filières de recrutement à l’étranger. En 1851 on comptait 350 000 travailleurs étrangers, en 1886 on en compte 1 200 000. Ils représentes 6% des salarié-e-s. Ils viennent surtout de pays très proches de la France : Italie, Espagne, Belgique, Suisse, pays de l’Est (Pologne, population juive qui fuit les progroms). Ils sont employés dans les usines métallurgiques, automobiles, mines… les métiers les plus durs. Mais aussi dans les champs parfois.
  • Parmi ces salariés il y a des enfants, entre 12 et 16 ans, ils représentes 9% des prolétaires en 1913.

Le secteur industriel est en plein développement, la France est composée surtout de petites entreprises de quelques dizaines d’employés. Cependant on voit apparaître de très grandes usines avec plus de 1000 employés, dont un point particulièrement marqué : l’usine métallurgique du Creusot, plus grande usine de France au 19e siècle avec plus de 10 000 ouvriers. Les conditions sont très dures, on parle de bagne industriel, la journée est très longue on travaille 10 à 12h, les semaines font 72h environ. Il y a beaucoup de morts (2000/an). Dans ces usines, il y a une discipline sévère, des règlements intérieurs stricts et détaillés, tout est minuté (entrée/sortie, pause, emplacement…) et en cas de manquement des sanctions tombent : on met des amendes pour diminuer les salaires, mais cela peut aller jusqu’au renvoi. Le début du 20e siècle est marqué par le début de l’Organisation Scientifique du Travail de Taylor, les processus de rationalisation du travail renforcent cette situation. Les tâches sont chronométrées pour gagner du temps, il fait entrer dans l’usine le chronomètre, on divise le travail pour que chaque tâche soit faite le plus rapidement possible, les cadences s’accélèrent. Ces méthodes apparaissent à la fin de notre période (1913 dans l’usine Renault). Il y a des protestations, des grèves contre tout ça, on dénonce le surmenage et l’abrutissement ouvrier.

En ce qui concerne les conditions de vie, le salaire est la seule source de revenus, il n’y a pas d’aides sociales (années 20, 30). On est souvent au chômage, la vie est très précaire, chercher du travail fait partie de la vie. On vit de son salaire mais on en vit mal puisqu’ils n’augmentent pas dans les proportions des profits. Ce sont les conditions du début du capitalisme. La grande difficulté est d’accéder à un logement, la plupart des familles se partagent une ou deux pièces sans sanitaires.

Ce sont des millions de personnes mais tous ne sont pas prolétaires, il existe des douches intermédiaires entre prolétariat et bourgeoisie.

3. Les classes intermédiaires

Bien souvent elles se rapprochent du prolétariat par ses conditions de vie dures, on travaille beaucoup et on a une vie modeste ; mais on possède un bout de terre, une boutique, des outils ce qui les rapproche de loin de la bourgeoisie. Leurs revenus et donc orientations politiques sont fluctuantes. Cela comprend les paysans, petits patrons…

  • La paysannerie est encore une part importante de la population, même si elle connait une phase de déclin qui se fait lentement et progressivement au fur et à mesure de l’exode rural. Chaque année, entre 1880 et 1914 environ 200 000 paysans qui quittent la campagne pour aller dans les villes. Les crises économiques sur les céréales mettent les paysans en grande difficulté ; et le phylloxera qui a ravagé tous les pieds de vigne français, cela a été source de grandes protestations. On a importé nos pieds de vigne actuels des USA.
  • Des petits commerçants et petits artisans. On en compte entre 1880 et 1914 environ 4 millions, notamment des patrons de bistrots (500 000 en France en 1911). Ils travaillent beaucoup et parfois ne vivent pas bien de leur petite boutique. Cette classe est vaste et ses membres peuvent être riches comme pauvres.

Chapitre 2 – Le mode de gouvernement de l’impérialisme : la IIIe République

La bourgeoisie organise sa domination politique en fonction du grand problème de l’époque : l’affrontement prolétariat / bourgeoisie, un antagonisme qu’ils veulent contrôler.

SECTION 1 – L’organisation du mouvement ouvrier face à la bourgeoisie

La fin du 19e/début 20e c’est vraiment le moment où le mouvement ouvrier se dote de ses organes de fonctionnement, les grandes institutions sociales du mouvement ouvrier se construisent, la classe ouvrière se structure. Une lutte collective se met en place avec les syndicats, et la classe se doute d’organisation politiques, de partis à elle

A. Le développement et l’action de l’organisation collective

C’est la période où l’on assiste à un phénomène de poussée des grèves, cessation collective du travail. Elle devient la grande arme des travailleurs. En 1880 on compte 190 grèves et 110 000 grévistes et en 1906 on compte 1309 grèves et 440 000 grévistes. Ces grèves durent longtemps. Elles touchent les ouvriers, employés de services et employés agricoles… On fait grève pour les augmentations se salaire, contre les conditions de travail et la dictature disciplinaire qui règne dans les entreprises, mais surtout on voit une revendication constante : la diminution du temps de travail, la journée de 8h. Cela se passe dans tous les pays capitalistes.

Ces grèves sont souvent victorieuses. Elles sont dures et âpres, violentes, la répression de l’Etat est souvent forte face à ces grèves, on hésite pas à envoyer l’armée qui va occuper les lieux de grève, encadrer les grévistes et n’hésite pas à tirer. La fusillade la plus marquante est celle du 1er mai 1891 à Fourmies qui a fait 10 morts. Il y a des syndicats patronaux anti-grèves qui font la chasse aux leaders ouvriers, appelés les jaunes. Le « lock-out » est pratiqué : les patrons ferment l’usine et interdisent l’accès aux travailleurs pour pas qu’ils ne puissent faire grèves, dans le but de monter les travailleurs non-grévistes contre les grévistes. Le patronat établit des listes noires de grévistes et de les passent, pour qu’ils ne soient plus embauché-e-s. Une des grandes grèves du 19e est celle menée par les mineurs de Decazeville en 1886, qui ont fait 108 jours de grève, l’armée occupait les lieux mais les travailleurs se sont organisés pour mener leur grève : comité central de grève « état major », des assemblées générales… Très démocratique. Cette grève a été très soutenue mais a coûté cher : de très nombreuses interpellations et des peines de prison, des violences…

Un grand mouvement populaire a eu lieu parmi les viticulteurs du midi touchés par le phylloxera et la baisse des prix et des ventes. Entre 1905 et 1907 il y a eu un grand mouvement social qui a touché le midi et notamment le Languedoc : Narbonne, Carcassonne, Béziers voient des rassemblements de centaines de milliers de personnes (600 000 à Montpellier), toute la région s’est soulevée avec les viticulteurs, même une partie des troupes armées s’est mutinée pour passer du côté des protestataires en 1907. Ce genre de mouvement étaient fréquents mais très encadrés par l’état qui n’hésitait pas à user de la violence pour les briser.

Pour contrer les répressions la classe ouvrière s’est organisée en syndicats. Jusqu’à la fin du 19e le mouvement ouvrier était encore embryonnaire, là il se structure dans des organisations de lutte, c’est la naissance des syndicats.

La naissance des syndicats

Ce sont des organisations de lutte dont la classe ouvrière s’est dotée jusqu’au début du 20e siècle. En 64 000 en 1880, en 1895 436 000 et 1913 plus d’un million de syndiqués. Tous les secteurs ne sont pas touchés par ça. On est toujours jusque dans les années 1880 on était sous l’autorité de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, et ces syndicats vont être autorisés à partir de la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884, prise sous la pression de la classe ouvrière. L’état cherche à encadrer ce syndicalisme naissant. Le développement du syndicalisme en France s’est fait de manière variée en ce tout début de 20e, diverses structure émaillent sont histoire. Au départ, les premiers syndicats sont plutôt de métiers, sur une base corporative et locale. Assez vite, on se dit qu’il faudrait organiser cela sur une base nationale : on créé des fédérations nationales de métier. Cela divise les travailleurs en beaucoup d’organisations et c’est un affaiblissement au final. On le remet en question et commence à naître, dans les années 1880, des ouvriers de différents métiers.

Les premières à naître sont les Bourses du travail, la première naît à Paris en 1887. Les ouvriers peuvent s’y réunir sans y être surveillés par la police (d’habitude on se réunit dans des cafés, cabarets… souvent remplis de mouchards de la police). Ces bourses avaient une fonction de placement des ouvriers, de coordination des actions syndicales, mais cela devient aussi des centres d’éducation ouvrière : bibliothèques, cours, conférences… (éducation populaire). Un des fondateurs du mouvement est un militant anarchiste du nom de Fernand Pelloutier « il faut donner au prolétaire la science de son malheur ». Va émerger l’idée que pour affronter le patronat il faudrait une organisation unique qui permet d’organiser les grèves et mener le combat. En 1896, la Confédération Générale du Travail (CGT) réuni les bourses du travail dans une organisation unique, et se donne un texte, la Charte d’Amiens, sur les principes et buts que se donne le syndicalisme. L’objectif est un projet révolutionnaire : il y a deux objectifs intrinsèquement liés les uns aux autres : le but du syndicat ne peut pas pas se limiter à l’amélioration immédiate (des conditions de travail, du salaire…) ; le syndicalisme doit préparer à l’émancipation intégrale du travailleur (la suppression du salariat et du patronat, l’expropriation des capitalistes). La CGT progresse nettement et atteint 700 000 membres en 1912.

La classe ouvrière va également se doter de partis politiques.

B. L’organisation politique du mouvement ouvrier

Les deux courants qui marquent la vie politique du cette fin 19e seront les anarchistes et les socialistes.

1. Les anarchistes

C’est un courant qui a eu une place très importante dans le mouvement ouvrier français, le premier penseur de l’anarchisme est Proudhon, qui vécu au tout début du 19e siècle. L’ethymologie du mot anarchisme signifie une société sans pouvoirs. Pour eux, on pourrait constituer une société libre, égalitaire où les individus seraient débarrassés l’asservissement (à l’état, au patronat, à l’église…). Il est difficile de quantifier le nombre de militants, il y avait peu de partis, mais ils étaient présents dans l’Association internationale des travailleurs qui date de 1864 (première internationale) parmi d’autres. Ils ont participé à la grande révolte de 1871, ils ont participé à l’élaboration des premiers partis socialistes mais en sont vite sortis car étaient opposés au marxisme. Ils ont une méfiance vis à vis des organisations politiques collectives qui pour eux porteraient atteinte à la liberté de chaque membre. Ils se retrouvent entre eux plutôt dans des groupes de discussions plutôt que de véritables organisations, ce sont souvent des groupes formés autour de penseurs qui généralement diffusent un journal (Kropotkine journal « Le Révolté », Louise Michel qui fonde « Le Libertaire »). Il y a beaucoup de tendances chez les anarchistes, qui ont quand même des choses en commun : ils sont tous révolutionnaires, anti-capitalistes, contre tout ce qui asservi. Ce qui les sépare, c’est la façon dont on peut émanciper les individus :

  • les insurrectionnels : ils pensent que pour faire en sorte que la révolution advienne le plus rapidement possible, il faut de la propagande par le fait, c’est à dire qu’il ne faut pas employer les méthodes classiques/légales comme les manifestations et grèves, il faut mener des actions plus illégales et radicales, il faut provoquer un affrontement direct avec les forces d’oppression de la bourgeoisie, ils pensent qu’il faut organiser notamment des attentats à la bombe, on détruit des édifices publics religieux, des usines, des hommes d’état. Ils pensent qu’en détruisant cela ils détruisent les fondements de la société capitaliste. Dans les années 1890 des vagues d’attentats anarchistes sont commis par des bandes ou des individus isolés, comme par exemple Auguste Vaillant qui lancera une bombe dans la chambre des députés et ne fera que des bléssés legers et sera condamné à mort. En 1892 Caserio assassine Sadi-carnot, président de la République, à Lyon d’un coup de poignard et sera condamné à mort.
  • les anarchistes syndicalistes : ils ne partagent pas l’idée d’actions violentes, pour eux militer c’est faire prendre conscience aux travailleurs qu’ils ont la capacité de se substituer au patronat et à l’état pour diriger l’économie et la politique en général. Il faut pour eux organiser les travailleurs dans des groupes pour mener le combat et favoriser cette prise de conscience, soit les syndicats. Pelloutier était de ce courant là.
  • les éducationnistes : ils sont contre l’action violente, la violence révolutionnaire est pour eux artificielle et inutile, mais sont aussi critiques de l’organisation syndicale car ils pensent que dans un syndicat les ouvriers se soumettent encore à l’autorité du syndicat. Pour eux le changement doit d’abord s’opérer chez l’individu, les transformations ne doivent pas se faire en groupe. Pour eux, il ne faut pas attendre une révolution générale et une transformation de la société, mais qu’on peut mettre ces idéaux tout de suite en pratique (mettre en accord sa vie avec ses idées). Ils cherchent à réaliser des sociétés alternatives sur des bases différentes du capitalisme. On créé des coopératives où des écoles libertaires pour éduquer les enfants autrement. Par exemple Faure créé une école qu’on appelle La Ruche où l’enfant est laissé libre de construire son propre apprentissage en faisant des expériences etc. L’idée est de démontrer qu’on peut apprendre, travailler, consommer et se divertir autrement que dans les cadres imposés par la société bourgeoisie.

Cette période est marquée par la répression du mouvement anarchiste en réponse aux actions violentes que certains ont mené. Des lois notamment contre la liberté de la presse et de l’opinion ont été prises dans les années 1890 en plus du fichage et de l’arrestation de nombreux militants.

2. Les socialistes : entre réforme et révolution

1880-1914 est la période de formation du mouvement socialiste qui ne va cesser de s’imposer dans l’opinion populaire. En 1880 on a 1 député socialiste, 74 en 1906, 126 en 1914. Ce mouvement est marqué par une grande division, avec un objectif commun : l’anticapitalisme. Il faut pour eux que les moyens de production doivent être socialisés et appartenir à tous les ouvriers collectivement, pas à une minorité. Comment arriver à cela?

  • les réformistes pensent que cette socialisation des moyens de production peut se faire par des réformes, par la démocratie, par les lois : ils ont confiance dans la loi, dans le suffrage universel, qui peut permettre d’aboutir au socialisme. Ce sont les réformistes, on peut réformer le capitalisme et au fur et à mesure des lois l’éliminer.
  • les révolutionnaires pensent que cette expropriation de la bourgeoisie ne se fera pas par des lois mais par une action collective des travailleurs, qui part leur combat s’emparent de la propriété, à l’issue de luttes collectives

Ces deux tendances sont cristallisées autour de deux personnalités :

  • Jules Guesde : journaliste parisien pendant la Commune, qui a été condamné à de la prison et pour y échapper s’est exilé en Angleterre, où il découvrira le Marxisme (encore peut connu dans les années 1870) et en deviendra un propagateur ; il va fonder le premier parti ouvrier de France en 1879, la fédération du parti des travailleurs socialistes de France. Il pense que les syndicats ne sont pas suffisants et que les ouvriers devraient être fédérés dans un parti qui puisse fédérer les idées socialistes, mener le combat politique, participer aux élections pour pouvoir s’exprimer et être visible. Marx lui-même rédigera les statuts du parti. Ce parti va très vite éclater en différentes tendances et Gueste va se retrouver à la tete du Parti ouvrier Français qui naît en 1882. Mais l’incarnation de cette perspective révolutionnaire, Guesde va également la traduire et l’incarner au niveau international puisqu’il sera un acteur important de la reconstruction internationale du mouvement ouvrier. Il faut une organisation internationale puisque chez les marxistes l’idée est de mettre en commun l’appareil de production au niveau mondial. Avec le parti social-démocrate allemand notamment, il va construire la Deuxième internationale, qui décidera par exemple de l’organisation d’une journée d’action internationale le 1er mai avec les mêmes objectifs (ici journée de 8e), le premier 1er mai aura lieu en 1890 et c’est la première action de travailleurs coordonnée à l’échelle mondiale, qui exprime la communauté d’intérêts
  • Jean Jaurès : à la base enseignant de philosophie originaire du sud-ouest à Castres, est à la base républicain mais va changer au contact des grèves de mineurs dans le Tarne dans les années 1890, de plus en plus il sera convaincu qu’il faut le socialisme (mais n’est pas dans un parti). Il a toujours foi en les institutions démocratiques, il pense qu’on peut y aller progressivement.

Un problème politique se poser chez les socialistes : est-ce qu’on rentre au sein du gouvernement bourgeois ou pas ? Un ministre qui a pour but de renverser le capitalisme ? La question s’est posée au moment de l’affaire Dreyfus, qui a cristallisé les oppositions au sein de la société française. Pour protéger la république face aux anti-dreyfusards, l’idée a été de constituer un gouvernement rassemblant tous les républicains. Effectivement un premier socialiste rentre au gouvernement en 1999, Millerand, et Guesde n’est pas d’accord car cela fait renoncer au principe de la lutte des classes, c’est de la collaboration de classe avec les bourgeois. Ils se divisent en parti socialiste français (Jaurès) et parti socialiste de France (Guesde) ce qui affaibli le mouvement. La 2e internationale intervient et donne raison à Guesde. Ainsi Millerand accepte de renoncer à cette position, et Jaurès s’y rallie, ainsi le mouvement est quelque peu réunifié et rassemble tous les socialistes au sein de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière) constitué en 1905, c’est le premier grand parti politique ouvrier. Son journal est l’Humanité, le journal de Jaurès fondé un an avant. Cette alliance est très bénéfique pour le socialisme, leur nombre d’adhérents et leur audience grossissent et ils gagnent des places en tant que députés (pour diffuser leurs idées).

SECTION 2 – L’organisation politique de la Bourgeoisie : le choix de la République

La bourgeoisie s’organise politiquement au sein de l’état en une République, pourquoi ce choix ? La mise en place de la république est assez chaotique et sera remise en question dès ses débuts.

A. L’établissement de la République

1. Le choix de la République

Il ne faut pas s’arrêter aux textes. Elle est en théorie proclamée le 4 septembre 1870, Bonaparte est déchu. Cela dit, la forme de ce nouveau régime est encore très provisoire, la guerre contre la Prusse n’est pas terminée. La Commune de Paris éclate en mars 1871. Il faut attendre 1879 presque 10 ans, pour être certain qu’on sera dans une République. Après la proclamation en septembre, des élections législatives sont organisées en février 1871, et les monarchistes y obtiennent la majorité, le chef de l’exécutif est Adolphe Tiers républicain très conservateur, qui très vite (il ne restera que 3 ans) sera remplacé par un monarchiste, Mac-Mahon à partir de 1873. La République est aux mains des monarchistes (car les monarchistes étaient pour la paix et les républicains pour poursuivre la guerre, donc les gens ont voté pour la paix). La commune de paris a été un traumatisme pour les bourgeois et la répression était à la hauteur de ce traumatisme, sa crainte était une nouvelle révolte, et elle voulait donc stabiliser l’ordre social.

Deux options s’offrent à elle : une restauration monarchiste, où une république conservatrice. Une parte de la bourgeoisie est favorable à un pouvoir autoritaire et concentré dans les mains d’un roi, appuyé par l’Eglise catholique. Cela dit toute une partie de la bourgeoisie est très opposée à la monarchie, sont attachés à l’héritage de 1789 et des lumières, croyant en la science et au progrès, parfois athée… Tous les bourgeois pensent qu’il faut soumettre la classe ouvrière, mais certains pensent que cette soumission ne passe pas seulement par la manière forte. Il faut mettre en place des institutions qui laissent croire à la population qu’elle peut améliorer son sort. Cette bourgeoisie fait donc la promotion d’une démocratie sans égalité sociale mais qui peut donner à chacun-e la chance d’améliorer son sort. Il faut intégrer les classes populaires dans la République. Cette idée convient très bien à beaucoup de « couches moyennes » (professions libérales, employé-e-s, petits patrons…) qui a des aspirations à l’ascension sociale. La paysannerie est également assez attachée à cette idée de République, car même si les paysans sont très croyants encore, ils craignent le retour à la royauté et à la féodalité (taxes…tout se dont ils se sont libérés avec la Révolution). Pour le prolétariat, même si c’est la République qui a écrasé la Commune, malgré la répression, l’idée de République est encore très favorable (ennemie des aristocrates, le souvenir de la Révolution…).

Au bout de 10 ans, on conservera la République car elle suscite beaucoup plus l’adhésion de la population et c’est donc finalement un meilleur moyen pour la bourgeoise de garantir l’ordre social plutôt qu’un pouvoir fort qui créera des révoltes. Les républicains battent les monarchistes aux élections.

Organisation des pouvoirs sous la IIIe république

Cette organisation porte les traces de cette hésitation entre monarchie et république. Il n’y a pas de texte constitutionnel, seulement trois lois constitutionnelles prises au cours de l’année 1875 et forment la « constitution ». Ce sont des lois très prudentes, elles ne proclament pas officiellement que la France est une République, ce sont des textes très juridiques. Elles organisent un régime parlementaire dans lequel la souveraineté du peuple est très limitée.

  • Le pouvoir législatif est partagé entre deux assemblées, toutes les deux ont l’initiative des lois et le vote, une chambre de députés élue au suffrage universel pour 4 ans et pour contrebalancer l’influence du cette chambre on trouve le Sénat, élu au suffrage universel indirect (par les assemblées de notables, très conservateurs), les sénateurs sont élus pour 9 ans et un quart d’entre eux sont nommés à vie par la Sénat lui-même. L’Assemblée nationale est la réunion des deux chambres.
  • Le pouvoir exécutif : le président de la République représente l’élément monarchique de la IIIe République, il n’est pas élu au suffrage universel mais par l’Assemblée Nationale. Il est irresponsable (ne peut pas être déchu), nomme des ministres, signe les traités internationaux, dispose du droit de grâce. Il a l’initiative des lois et peut dissoudre la chambre des députés. Il a des pouvoirs importants mais reste dépendant, dans l’organisation politique, de la majorité des chambres.

La vie politique va être rythmée par les élections qui ont lieu aux assemblées.

2. La vie politique sous la IIIe République

Elle va s’organiser autour du rapport entre deux catégories d’hommes qui naissent à cette époque là : les électeurs et les hommes politiques. La politique devient un métier.

a. Le suffrage universel masculin

Pas nouveau mais peu utilisé (deux fois : 1793 et 1848 seulement) il devient la clé de voûte du système politique à partir de la IIIe République. Mais il faut quand même comprendre que ce suffrage universel a une fonction bien particulière : l’organisation économique et sociale du pays profite essentiellement aux membres de la bourgeoisie car ils contrôlent l’économie. Les changements de majorité ont lieu mais l’organisation générale de la société ne change pas, il y peu d’impacts. C’est pour cela que le suffrage universel doit être beaucoup moins vu comme un moyen pour le ou la citoyen-ne de peser sur l’orientation politique économique et sociale, que comme un moyen de discipline sociale. Il permet de canaliser les oppositions qui s’expriment dans la société et peuvent parfois éviter des luttes violentes imprévisibles. Il va permettre de donner à ces oppositions une forme réglée et codifiée. Le suffrage universel ne donne pas plus de pouvoir aux citoyens, il apaise simplement les tensions, d’éviter le chaos social et de permettre de s’exprimer sans changer les choses.

Les républicains vont définir qui peut être électeur :

  • les colonisés de l’Empire français : non
  • les femmes : non (ce qui correspond à leur exclusion d’une partie de la vie sociale)
  • il faut être formé pour aller voter (formation à la citoyenneté faite pour les (futurs) citoyens, notamment en direction des enfants donc. Le vote est considéré comme un devoir plutôt que comme un droit, il y a un côté solennel, on doit être sobre (tout un tas de préceptes moraux), refuser les tentatives de corruption (pression, intimidation…). Il y avait une sorte d’instruction civique faite à l’école, vis à vis des futurs électeurs. C’est un moyen de faire la promotion de la république, de leur montrer qu’elle leur est favorable et d’engager les électeurs à voter pour les républicains (par pour des monarchistes ni pour des socialistes). C’est un moyen de discipline sociale
b. La professionnalisation de la politique

Apparaît le métier d’homme politique; avant cela elle était le fait de notables qui ont le moyen d’en faire (pas besoin de travailler). A partir de 1880 une nouvelle catégorie d’élus va faire de la politique son métier. Les évolutions économiques et sociales vont faire que la bourgeoisie moyenne va se mettre à faire de la politique (professions libérales, professeurs, ingénieurs…) et va acquérir un peu d’indépendance vis à vis de grands propriétaires terriens, notables etc. Le développement de la société et notamment des transport permet à cette catégorie de se déplacer plus facilement et de concurrencer les notables locaux, également grâce au développement de l’imprimerie. Cela entraîne plusieurs évolutions : les indemnités parlementaires, pour leur permettre de se passer de travailler afin de faire de la politique. L’enjeu est d’être élu à tout prix pour conserver son travail, alors ils vont se rendre compte qu’on est plus forts groupés, et forment les partis politiques pour mettre en commun des moyens et rationaliser la lutte politique. Les partis ouvriers naissent dans les années 1880, tout un tas vont naître au tout début du 20e (organisés presque tous de la même manière : comités locaux, fédérations départementales, congrès annuels nationaux). La SFIO naît en 1905. Le parti qui va dominer la vie politique jusqu’en 1914 est le parti radical. La plupart sont des républicains farouchement anticléricaux (d’où leur nom) très attaché à l’héritage de la révolution, mais aussi farouchement opposés au marxisme et au socialisme. C’est un peu le « parti de l’ordre » (Clemenceau…). Leurs principaux adversaires seront les partis ouvriers et quelques partis de droite.

La politique s’établit, mais assez vite, cette république va en plus devoir faire face à sa remise en question, dès le début, par tout un courant. On remet en question la forme d’exercice du pouvoir politique, pas le capitalisme.

B. La remise en cause de la République

Dans les premières décennies de son existence, le régime républicain est remis en question à l’occasion de différentes crises économiques et sociales, notamment les idées nationalistes qui vont se développer à partir de la lutte contre la République. Cela n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier, qui ne conteste pas la république mais le capitalisme.

1. Les causes de l’anti-républicanisme

Plusieurs causes vont cristalliser des critiques de la république :

  • les crises économiques des années 1880-1890, période de dépression (surproduction et baisse des prix, ralentissement industriel, chômage qui s’accroît), premier crack boursier au début des années 1880 (concessions de chemin de fer…), ce qui a créé des grèves etc.
  • la corruption, succession de scandales qui minent la république, elle frappe tout un tas d’hommes politiques, députés sénateurs et ministres achetés par des industriels pour favoriser telle ou telle affaire. Par exemple le scandale de Panama, Ferdinand de Lesseps a creusé le canal de Suez et va entreprendre de créer celui du Panama qui permet de rejoindre l’Atlantique et le Pacifique. Il fonde la « compagnie du canal interocéanique », les dépenses sont très importantes, il recourt à l’emprunt dans les années 1880, il fallait pour cela une loi, pour l’obtenir il va acheter des parlementaires, des ministres. Il fait son emprunt, une année passe, mais la compagnie fait faillite. Le problème c’est qu’une grande partie de l’argent emprunté a servi à acheter les parlementaires, faire de la pub, mais pas à construire. Tout un tas de petits épargnants se retrouvent donc ruinés. Scandale alors contre la république corrompue etc. Ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Campagne contre la république. L’affaire Dreyfus va cristalliser toutes les oppositions, des secrets militaires sont passés à l’Allemagne et les soupçons se portent sur le capitaine Dreyfus, il est accusé de trahison et déporté à perpétuité en Guyane. Il n’y a en réalité pas de preuve et a été condamné car la hiérarchie militaire est antisémite. Mais on découvre le véritable traître, on a des preuves, on fait en 1898 un procès en révision, Ezterazi est acquitté et la condamnation de Dreyfus maintenue. Zola, mène de combat et dénonce que les droits de l’homme sont bafoués par l’armée, il accuse l’armée d’avoir sciemment condamné un innocent dans « J’accuse » (lettre au président) paru dans le Journal l’Aurore. Zola sera condamné à un an de prison et s’exilera. La France se coupe en deux entre les anti-dreyfusards (il vaut mieux condamner un innocent (« en plus un juif c’est pas grave » plutôt que de porter atteinte à l’armée, garante de la grandeur de la partie etc etc). Puis pour les dreyfusard justice doit être faite peut importe les considérations sur l’honneur de la patrie, on doit respecter les libertés individuelles. Cela dure un certain temps. Pendant longtemps le gouvernement refuse de réviser le procès, un colonel de l’armée avoue même avoir falsifié des preuves… Les preuves s’accumulent et le gouvernement n’a plus le choix : il faut réviser l’affaire, nouveau conseil de guerre en 1899… et l’armée refuse encore d’acquitter Dreyfus et adoucit sa peine (10 ans de prison) et le condamne pour trahison avec circonstances atténuantes. Cette situation est absurde et le président finira par gracier Dreyfus. On devra encore attendre plusieurs années pour reconnaître son innocence.

Cette idéologie qui justifie l’anti-républicanisme est le développement du nationalisme.

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