Les problèmes du développement capitaliste de la France (ressources…) ont aussi touchés tout un tas de pays : Hollande, Russie, Japon, Belgique, Allemagne, Russie, Angleterre, USA… Au bout de quelques décennies, ces grandes puissances ont mis la main sur la quasi-totalité de la planète. En 1914 le capitalisme est le monde de production qui a conquis toute la planète. A cette époque le monde est complètement partagé entre ces grandes puissances, il n’y a plus rien à conquérir. Il est donc difficile de trouver des nouveaux débouchés coloniaux, pas encore occupés. C’est dans le problème du partage du monde que se nichent les racines de la crise de l’impérialisme que va connaître le monde entier. La concurrence entre les puissances est de plus en plus fortes et les tensions montent pour conquérir de nouveaux territoires. Les puissances doivent s’affronter. Puisque c’est difficile de trouver des débouchés, la bourgeoisie va exploiter encore un peu plus le prolétariat de métropole et des colonies. C’est cette situation qui sera à l’origine de la guerre de 14, une guerre entre puissances coloniales pour le re-partage du monde. La première guerre va transformer la société, et la seconde finira de régler ce qui ne l’avait pas été, elle était « nécessaire ».

Chapitre 1 – Le repartage du monde et la première guerre mondiale (1914-1920)

SECTION 1 – Les circonstances de l’entrée en guerre

A. Les origines économiques du conflit : les oppositions entre impérialismes

La guerre de 14 s’est déclenché par les intérêts coloniaux, pas seulement un nationaliste serbe qui a assassiné un duc d’Autriche… Notamment l’Angleterre, qui était loin devant tous les autres avec son empire colonial : elle contrôlait le quart des terres du monde, 450 millions d’habitants. D’autres puissances comme la Belgique, les Pays Bas, le Portugal… Au final très peu de terres n’étaient pas colonisées. Mais tous les pays européens n’y participaient pas : notamment  les banquiers/industriels allemands et les italiens n’ont participé que tard à ces conquêtes et leurs territoires étaient très petits. Pourtant le développement économique de ces pays et notamment de l’Allemagne (industrie très puissante) avait aiguisé la soif de conquête des industriels dans les années 1910 (comme en France en 1870-80) pour avoir des débouchés et des matières premières et main d’oeuvre pas chères. Les industriels italiens et surtout allemandes sont allés contester le partage colonial, et donc dès la fin du 19e début 20e des tensions apparaissent entre les anciens pays impérialistes et ces nouvelles puissances émergentes. Par exemple entre 1905 et 1911 s’est ouvert un conflit entre l’Allemagne et la France pour le contrôle de la France et cette rivalité a failli dégénérer en conflit armé (finalement la France a accepté de céder une partie du Congo en contrepartie du maintient de sa domination sur le Maroc). Des alliances ont commencé à se monter : à la fin du 19e une triple alliance est montée entre Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie (pays qui ont besoin d’avoir des colonies). Face à eux se créer en 1907 la Triple Entente qui regroupe les anciens pays coloniaux (Angleterre, France, Russie). C’est en Europe centrale que les tensions sont les plus fortes, dans les Balkans (Serbie, Kosovo, Monténégro…) notamment. L’Empire Ottoman éclate en 1908 et le territoire qu’il contrôlait va faire l’objet de convoitises donc de rivalité, notamment le territoire qui borde la méditerranée. L’Italie ouvre les hostilités en décidant de conquérir l’actuelle Libye. C’est le point de départ de tout un tas de guerres pour le contrôle de ce territoire : ce sont les guerres balkaniques (à partir de 1912). Elles opposent différents pays proches de cette région : Italie, Grèce, Bulgarie, Autriche-Hongrie, Serbie… Chacun de ces pays se bat soit pour son indépendance soit pour les conquérir. Ces guerres balkaniques seront le prélude à un embrasement généralisé. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres survient le 28 juin 1914 avec l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand héritier de la couronne d’Autriche-Hongrie par une jeune nationaliste serbe, en rétorsion l’Autriche-Hongrie va mener une camapagne de répression de toute la minorité serbe qui vivait dans son pays et adresse un ultimatum à la Serbie avant de lui déclarer la guerre. Par le jeu des alliances cette déclaration va engager tous les pays européens. Tous les gouvernements dont la France entre en guerre, ils y sont préparés.

B. La préparation à la guerre

Avant le déclenchement du conflit toutes les grandes puissances ont bien conscience que cette lutte pour le repartage du monde allait se mener sur les champ de bataille. La préparation à la guerre s’est faite de manière intense dans la décennie précédant 1914 :

  • matérielle:
    • les dépenses militaires s’accroissent de 15 à 25% chaque année à partir de 1910, course aux armements
    • augmentation des effectifs militaires : en 1913 la France prend une loi qui va allonger le service militaire de 2 à 3 ans (proposée par Louis Barthou), qui a fait l’objet de grandes mobilisations dans la société
  • psychologique :
    • propagande patriotique qui s’intensifie pour faire accepter à l’opinion qui faut faire la guerre, faite par les ligues nationalistes qui ont beaucoup milité, mais aussi la presse, l’école, intellectuels « c’est l’heure de la revanche ». On apprenait aux écoliers la chanson de Péchard, on fait comprendre que l’ennemi est l’allemand. La presse parle du désarroi des populations annexées par l’Allemagne.
    • même les sports, l’aviation, les associations, des meetings, on vente la vie de caserne (discipline et vie collective…) qui fait l’éducation morale des jeunes… la propagande se diffuse dans toute la société, même dans les familles la pression sociale pour être patriote est très forte
    • l’expression anti-militariste et contre la guerre était strictement surveillée, depuis la fin du 19e le gouvernement français a mis en place le « carnet B » qui listait tous les contestataires, qu’il fallait arrêter immédiatement en cas de mobilisation pour faire la guerre (militants syndicalistes divers, socialistes, anarchistes). L’opposition qui se manifeste dans le camp socialiste ne va pas résister à la pression et va se rallier au final à l’Union sacrée et à la guerre déclenchée en août 1914.

C. De l’opposition à la guerre à « l’Union Sacrée » : la capitulation des dirigeants du mouvement ouvrier

La guerre était dans toutes les têtes depuis des années, on savait qu’elle allait arriver. Dans ce contexte le mouvement socialiste et syndical n’a pas cessé de dénoncer les rivalités entre grands états industriels, tous les congrès de l’internationale dénonçaient la guerre depuis 1907 : une guerre impérialiste, au profit des capitalistes. Les travailleurs devaient tout faire pour empêcher la guerre, tout le monde savait que ce serait une boucherie, ainsi dans les congrès on parlait de renverser le capitalisme avant que la barbarie arrive. Tout le monde n’était pas sur la même ligne mais cette campagne antimilitariste et antipatriotique était menée par la CGT et le SFIO, elles s’opposaient à la guerre, à l’armée (qui réprimait les grèves, armée du capital dans laquelle on ne veut pas s’enrôler). Les organisations ouvrières syndicales ou politiques dénoncent l’idée de patrie, comme dit Marx « les ouvriers n’ont pas de patrie » (pas de communauté d’intérêts entre exploiteurs et exploités d’un même pays). En cas de déclenchement de conflit les organisations appelaient à faire la grève générale.

Cependant en réalité ces appels restaient surtout des appels et les dirigeants du mouvement ouvrier n’organiseront pas la grève générale. Malgré tout ce qu’ils ont fait, au moment où il faudrait s’opposer à la guerre, les directions des organisations vont se rallier à ceux qu’elle prétendaient combattre, le gouvernement bourgeois de leur propre pays, dans l’Union sacrée en août 1914. Elles ont mis de côté la lutte des classes au nom de la défense nationale contre l’agression allemande. Les parlementaires socialistes votent les crédits de guerre et permettent ainsi la mobilisation générale. En plus de cela, certains socialistes rentrent au gouvernement alors qu’ils s’y opposaient auparavant, par exemple le virulent Jules Guedes.

L’humanité, journal de Jaurès, va avoir des positions nationales (6 août : guerre ethnique…). La direction de la CGT appelle à combattre l’impérialisme allemand, l’ouvrier serait d’abord dans son propre pays… Au final ils ont imposé la guerre à la classe ouvrière et se sont rendus complices des massacres, ils ont reculés au même où il fallait s’opposer. Au final le carnet B n’a pas été nécessaire puisqu’il y avait peu d’opposants à la guerre. Les partis socialistes européens ont quasiment tous eu cette politique, à quelques exceptions (qui ont sauvé l’honneur du mouvement ouvrier) : le parti social-démocrate russe (mencheviks et bolcheviks) a refusé de voter les crédits de guerre, position courageuse conforme aux revendications de la 2e internationale, qui leur a valu la prison.

Plusieurs militants se sont retrouvés dans la ville Suisse de Zimmerwald en 1915, sous l’impulsion de Lénine et Trotski notamment, qui ont rédigé une déclaration qui rappelle les idées nationales et que cette guerre n’est pas celle du prolétariat. Ils réaffirment les idées internationales bafouées par tous les autres partis ouvriers. Les militants Rosmer et Monatte de la CGT française se sont désolidarisé de la décision et ont rejoint les russes à Zimmerwald.

Les dirigeants ouvriers se sont intégrés au jeu parlementaire et se sont éloignés de l’idée de révolution, et poursuivaient leur carrière en profitant du confort du poste de député, sous une pression sociale forte de l’acceptation de la guerre. Ils ne voulaient plus risquer leur poste, risquer la prison, pour maintenir leurs idées, et se sont alignés sur la politique de la république (en justifiant qu’il fallait préserver les libertés de l’agression allemande…). Mais le résultat est là : ils ont envoyé à la mort des millions de travailleurs pour satisfaire les appétits des industriels.

SECTION 2 – La transformation de la société française en guerre

Les impératifs militaires vont avoir des répercussions sur tout le fonctionnement de la société. Le régime politique va un peu changer, les libertés civiles vont céder la place à un pouvoir hors de contrôle des gouvernements. Ce qui va aussi être caractéristique de cette société c’est une grande agitation, des mouvements de protestation qui vont gagner l’armée mais aussi le pays notamment au cours de l’année 1917, à cause des privations des soldats comme des populations, la violence du front…

A. La suspension de la démocratie

Dès les débuts de l’entrée en guerre le gouvernement suspend la démocratie et on assiste à une militarisation de la société française. L’idée était que les gouvernements, les états-majors, entendaient limiter au maximum les espaces de liberté d’expression, de contestation, autant au front qu’à l’arrière. Cela s’est traduit par la casi-disparition des libertés élémentaires, et en parallèle un accroissement de pouvoir de l’armée dans l’organisation sociale.

1. La disparition des libertés élémentaires
  • La première liberté atteinte est le droit de vote, principal droit politique de la population : toutes les élections sont ajournées jusqu’à la fin de la guerre (députés, communes…tout)
  • La liberté d’expression, particulièrement visée, notamment d’abord la presse, dès le jour même le 4 août 1914 une loi sera prise en même temps que le vote des crédits de guerre : on interdit dans les journaux la publications d’informations sur les opérations militaires qui pourraient favoriser l’ennemi, avoir un effet démoralisateur sur les troupes… Le Bureau de la presse contrôle les articles au préalable. Tous les jours des tas de journaux se voient censurés, des plus anodins à ceux des plus grands éditoriaux de la presse de l’époque (carrés blancs visibles). Les lettres des soldats étaient filtrées, déjà afin d’avoir une indication sur le moral des troupes, ensuite afin de déceler les contestataires. Elles pouvaient être censurées. La censure touchait également la totalité de la production littéraire et artistique : théâtre, chansons populaires, cinéma…On interdisait tout ce qui pouvait « faire atteinte à la défense nationale ».
2. Le renforcement du pouvoir militaire

L’armée prend une place de plus en plus importance dans la surveillance, la répression de la population. Le renforcement se manifeste d’abord au front, au niveau du pouvoir disciplinaire de fer qui règne au sein des troupes. On connaît bien aujourd’hui l’enfer vécu par les soldats : non seulement ils subissaient l’horreur de la mort, mais ils étaient soumis au bon vouloir des officiers, qui les envoyez à la mort dans des opérations vouées à l’échec, seulement pour la gloire des officiers. Les soldats le voyaient, donc il fallait faire régner l’obéissance, l’armée a alors mis en place une discipline de fer. La forme la plus brutale est celle de l’exécution, notamment les « fusillés pour l’exemple » (accusé d’avoir tourné le dos à l’ennemi…), parfois des régiments entiers (films longtemps interdit « les sentiers de la gloire »).

Le poids de l’armée était très fort au front mais il l’était également à l’arrière, l’armée allait être maîtresse du gouvernement dans sa totalité, elle gouvernait le pays. La France était sous le régime de l’état de siège, un régime d’exception dans lequel le pouvoir politique est confié à l’autorité militaire. Les préfets et maires remettent leurs pouvoirs de police aux officiers locaux, qui en plus de ça ont des pouvoirs spéciaux (perquisitions, expulsions…). L’extension du pouvoir militaire a eu des conséquences sensibles dans le domaine judiciaire : c’était les conseils de guerre qui avaient juridiction sur l’ensemble du territoire, pouvait se saisir de n’importe quelle affaire. La procédure des conseils de guerre était très simplifiée, expéditive, on peut être arrêté jugé et condamné en 24h. En théorie l’état major devait être sous contrôle des institutions civiles mais en pratique ils ne l’étaient pas. Cela va entraîner les modifications importantes dans l’organisation de la production : renforcement de l’intervention de l’état dans l’économie.

B. Le renforcement de l’intervention de l’état dans l’économie

Cette militarisation de la société et ce concentration des pouvoirs de l’armée, a pour contrepartie l’intervention massive de l’état dans l’économie. L’initiative privée si on la laisse faire seule ne permet pas de satisfaire les besoins de l’armée. Alors l’économie s’est militarisée et l’état d’une certaine façon s’est mis à planifier l’économie. Il ne prend pas en charge la production lui-même. Le rôle de l’état a été de mobiliser et d’orienter la production privée. Pour cela l’état fournit des avances, des prêts, passe des contrats de marché public.. pour financer la construction de nouvelles machines, l’argent public est mis à disposition des industries privées. Il organisait la répartition des matières premières entre les industries, s’occuper du recrutement de la main d’oeuvre, notamment féminine, infantile, coloniale (asie…). Pour financer tout ça, il a fallu augmenter les impôts, faire des emprunts auprès des banques. Ces dépenses étaient décidées discrétionnairement par le ministère de la guerre sans vote parlementaire. On compte 1 500 000 ouvrièr-e-s employé-es dans 17 000 entreprise de l’industrie de l’armement, alors qu’auparavant il n’y en avait que 50 000. Au total l’industrie a produit 300 M d’obus, 6 milliards de cartouches, 2 500 000 fusils, 51 000 avions de guerre, 40 000 tonnes de gaz de combat, plus tous les équipements, la nourriture… Toute l’économie s’est dirigée vers la guerre. On a modernisé et transformé toutes les usines pour fabriquer du matériel de guerre (Michelin…). L’organisation de cette économique de guerre a été très profitable aux grands groupes industriels. Avec ces commandes de guerre, cet argent public, les entreprises vont pouvoir s’agrandir, notamment les grands noms de l’automobile : Michelin, Renault, Peugeot, Citroën, ont fait des profits gigantesques à l’issue de la guerre, car l’état finançait largement sans compter les dépenses. Les profits étaient d’autant plus colossaux qu’à l’intérieur des entreprises les travailleurs étaient soumis à la discipline militaire, d’ailleurs pas mal d’entre eux étaient considérés comme des soldats mobilisés, ils avaient le statut de soldat et portaient un brassard pour les identifier parmi les autres. Ils n’avaient pas le droit de faire grève ni de protester, ce qui rendait plus simple pour les patrons de leur imposer des cadences infernales. Cette guerre a été une aubaine pour les grands groupes, qui ont eu une main d’oeuvre militarisée dont ils pouvaient tirer le maximum sans protestation. Au cours de l’année 1917 des protestations commenceront jusqu’à conclusion de l’armistice.

C. Les protestations de l’année 1917

Elles ont eu lieu aussi bien au front qu’à l’arrière. D’abord les soldats ne partaient pas la fleur au fusil, bien qu’on leur dise que la guerre serait rapide, la dernière etc. Cela marchait pour certains mais en réalité une grande partie des soldats y allaient à reculons. Influencés puis abandonnés par les partis socialistes, l’absurdité de la guerre leur a rapidement sauté aux yeux. On note les premières fraternisations entre soldats allemands et français pour Noël 1914, qui ne comprenaient pas pourquoi ils se tiraient dessus. Dans les lettres contrôlées par l’administration militaire, notamment en 1915, il commençait à s’exprimer que la guerre était dure à vivre, mais pas pour tout le monde car certains en profite pour faire des affaires à l’arrière. Ce sentiment a été manifesté dans la chanson de Craonne, sortie en 1917 suite à la violence des combats de verdun, la somme, le chemin des dames… Le choc moral qui résulte de ces combats fait que des mouvements de mutinerie ont lieu dans de nombreux régiments et dureront plusieurs semaines. Les soldats parlaient de grèves aux armées, de plus obéir, les régiments au repos refusent de repartir au front. Pour éviter la contagion l’armée va à nouveau utiliser la répression et va faire arrêter des milliers de soldats, déportés dans les colonies ou encore plusieurs centaines seront condamnés à mort. La pauvreté générale augmente dans le pays, la révolution russe a lieu en même temps, massacres au front… tous ces facteurs entraînent un regain de la contestation ouvrière, les grèves se multiplient notamment dans les usines d’armement (300 000 grévistes, essentiellement pour de meilleurs salaires).

SECTION 3 – La France à la sortie de la guerre

D’abord un bilan matériel et humain, les conséquences politiques (radicalisation, création du parti communiste…).

A. Le bilan de la guerre

L’armistice du 11 novembre 1918, est une suspension de la guerre mais pas une paix. C’est un soulagement pour toute la population. Le bilan de la guerre est très lourd : humain d’abord, en France 1 350 000 tués, 10% de la population active masculine, et 2 800 000 blessés parmi les lesquels 600 000 invalides. Cela a causé un déficit démographique important, c’est une perte quantitative mais aussi qualitative (jeunesse…) il y aura un affaiblissement de la natalité après cette première guerre. Certains historiens parlent d’un « immense suicide collectif des européens ». En plus de ces conséquences physiques il y a des conséquences psychologiques lourdes, le retour à la vie normale sera difficile pour bon nombre d’hommes très affectés par les horreurs vécues.

La situation des femmes ne s’est pas amélioré après la guerre, bien qu’elles aient remplacé les hommes dans les usines et dans les champs, elles ont à la fin de la guerre été massivement licenciées et contraires à retourner au foyer ; elles n’ont obtenu aucun nouveau droit. La France était en retard par rapport aux autres pays européens, après la guerre il y a eu une très forte pression politique pour que les femmes soient les reproductrices qui repeuplent le pays (propagande étatique et cléricale). Entre les années 1920 et 1923 plusieurs lois ont été prises pour interdire la contraception et l’avortement (ce n’était pas autorisé auparavant mais pas explicitement interdit).

Le bilan humain se double d’un bilan matériel assez lourd, les destructions ont été massives et ont touché essentiellement les régions les plus riches du bassin parisien (mines, terres cultivables, infrastructures ferroviaires et routières…). La production agricole et industrielle va drastiquement chuter entre 1913 et 1919, par exemple la production de charbon est divisée par deux (de 40 à 26 millions de tonnes). Les pertes seront largement compensées par les gains du traité de Versailles de 1919. La France récupère l’Alsace et la Lorraine, régions très riches en métaux ; mais le traité organise aussi le partage de certains territoires, notamment l’ancien empire ottoman, la France va recevoir un mandat international sur le Liban et la Syrie, et aura aussi quelques concessions pour exploiter du pétrole en Irak. L’Angleterre aura la Palestine, la Jordanie et une partie de l’Iran. Il y aura donc une redistribution entre les puissances victorieuses.

La France sort très abîmée de ce conflit mais on voit se profiler pour les industriels de nouvelles sources de profit. Mais la guerre transforme aussi le pays politiquement…

B. La révolution russe et la naissance du parti communiste

La vie politique française de l’immédiate après-guerre est marquée par la poussée du mouvement révolutionnaire en Europe, cette transformation commence en mars 1917, grèves massives qui aboutissent à l’abdication du tsar, et la population ne s’arrêt pas là puisqu’elle réclame « le pain, la paix et la terre ». La classe ouvrière se rend compte que le gouvernement qui suit le tsar ne répond pas à ces aspirations là (la russie est à 95% rurale). Donc la classe ouvrière va prendre tout le pouvoir en russie en novembre 1917 sous la direction du parti bolchevik. Cette révolution russe va déclencher une vague révolutionnaire qui va déferler sur toute l’Europe entre 1918 et 1920 (Italie, Allemagne, Autriche, Finlande, Hongrie…). Les travailleurs ont subi de la répression ; en Italie le fascisme a été la conséquence de l’échec de la révolution prolétarienne. Le fascisme a été installé pour les mater, idem en Allemagne. Les révolutions ont échoué mais on sérieusement fait tanguer les pouvoirs économiques et politiques. En France la vague révolutionnaire a été moins forte mais la France a connu une mise en mouvement des masses et une certaine radicalisation du mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier français tourne son regard vers la Russie révolutionnaire, qui suscite l’espoir, où on dit que l’ouvrier a pris la place du bourgeois, qu’on oppose à la situation de l’ouvrier français qui s’aggrave (explosion du chômage lors de la démobilisation, hausse des prix…). Le mouvement ouvrier français est durement frappé mais se radicalise, notamment à partir d’avril 1919 où il y a des manifestations monstres dans le pays. A tel point que le gouvernement a peur de ce mouvement revendicatif, notamment du 1er mai où il a peur d’une révolution. Ainsi le 23 avril 1919 le gouvernement prend la loi emblématique sur les 8h de travail pour toutes les professions, revendication historique du mouvement ouvrier. Le salaire est rehaussé de 25%. Dans la réalité l’application de la loi est très relative, peu d’ouvriers ne travailleront que 8h par jour, car il y a tout un tas de dérogations. Le mouvement syndical se renforce : plus d’un million de membre de la CGT en 1919, et jusqu’à 1M600k membres dans les années 20. De nouveaux syndicats naissent à côté de la CGT : CFTC…

Le mouvement est combatif et il se radicalise, même si la situation n’est pas révolutionnaire elle est marquée par une radicalisation. Elle se traduit par la naissance d’un nouveau parti, le parti communisme en 1921, scission de la SFIO (ancien parti socialiste) qui fait suite à la naissance de la IIIe Internationale construite en 1919 sous l’impulsion du parti bolchevique au pouvoir en URSS. L’idée est que la IIe Internationale a capitulé, rallié l’union sacrée et envoyé le prolétariat à la mort. Il faut en reconstruire une nouvelle sur des bases révolutionnaires pour pouvoir hâter la révolution mondiale. La SFIO va envoyer des délégués au congrès de création de la IIIe Internationale à Moscou, Frochard et Cachin. Ils disent qu’il faut être sûr que la IIIe ne sera pas polluée par des réformistes, et doit être fondée sur des bases uniquement révolutionnaire. La IIIe a pour idée d’être une sorte d’état major de la révolution mondiale, capable de donner des directives à tous les travailleurs révolutionnaires de la planète. Ainsi pour en faire partie il faut respecter 21 conditions très strictes : par exemple les décisions prises doivent être appliquées sans discussion, les partis nationaux membres ne sont considérés que comme des sections de l’internationale qui en sont dépendantes. Ainsi les élus et la presse de ces partis ne doivent pas dévier de la ligne fixée, le but étant d’éviter qu’on retombe dans les dérives du passé. Ces délégués reviennent en France et au sein de la SFIO tout le monde n’est pas d’accord avec cette façon de voir la construction de la IIIe Internationale. Ainsi la SFIO se coupe en deux lors du Congrès de Tours du 30 décembre 1920, la majorité accepte les conditions de la IIIe et fondent la section française de l’internationale communiste, la SFIC, qui deviendra le parti communiste PC (et pas tout de suite PCF car se considère comme membre d’un parti mondial, pas comme un parti national). D’autres resteront membres de la SFIO comme Léon Blum.

La montée du communisme fait peur au gouvernement, les gouvernements mis en place après la première guerre seront tous des gouvernements d’union nationale destinés notamment à contrer le communisme (Bloc national…) au cours des années 20. Le PC mène une politique anti-impérialiste assez vigoureuse, et il va notamment soutenir les mouvements de décolonisation qui apparaissent dans les différentes colonies françaises. Par exemple Abd El Krim au Maroc, Messali Hadj au Maroc, Indochine également… Le PC depuis la France milite pour l’indépendance. De même la France occupe la Ruhr en Allemagne, le PC s’oppose à cette occupation militaire en disant qu’ils sont contre leur propre impérialisme et défendent la situation des travailleurs allemands (internationalisme). Ce PC a une certaine audience au sein de la classe ouvrière dans les années 20.

L’économie se transforme et va connaître une éphémère prospérité.

C. L’éphémère prospérité des années 20

Les dix années qui suivent 1919 sont parmi les années les plus prospères du pays, surtout au niveau industriel qui connaît une progression spectaculaire entre 1921 et 1929 : automobile de 40k voitures en 1920 à 254 000 en 1929 (x6, et les bénéfices triplent). Cette prospérité est due à la reconstruction du pays, qui se fait sous l’impulsion de l’état : distribution de crédits, mise en place d’une législation qui stimule la production des groupes industriels, dégage 25 milliards de Francs pour les dommages de guerre, qui sont en soi des subventions aux industries privées, pour par exemple reconstruire les réseaux routiers, ferroviaires, téléphoniques, hydroélectriques… Mais il intervient encore plus directement dans la politique économique du pays et notamment avoir un rôle prépondérant dans l’organisation de l’exploitation du pétrole dans les zones du Moyen Orient attribuées à la France après la guerre. Il va créer la Compagnie Française des pétroles (qu’il détient à 30% et le reste est partagé entre grandes banques et distributeurs de pétroles ; grand ancêtre de Total) pour contrer l’influence des grandes compagnies pétrolières anglo-saxonnes de la fin du 19e (Standard Oil, L’Anglo-persianne (BP)) et avoir un système indépendant. De même l’état s’engage dans le développement du secteur aéronautique civil, 80% des ressources affectées à celà sont des financements publics (création d’entreprises, achats d’avions), par exemple Airbus à Toulouse vient de cette impulsion. L’état fait toutes ces avances car le Traité de Versailles dispose que ce sera à l’Allemagne de payer les dommages de guerre, elle doit des dizaines de milliards. Et l’occupation de la Ruhr permet de gagner de l’argent. Mais ce contrat sera remis en cause par les USA, qui a peur de l’appauvrissement de ce pays partenaire. Ainsi la France ne pourra que peu compter sur la dette allemande.

Toutes ces entreprises vont en profiter pour moderniser leur appareil industriel. L’industrie se mécanise pour pouvoir organiser une production de masse à un coût le plus faible possible, on remplace l’ouvrier par la machine. On généralise l’organisation scientifique du travail, le Taylorisme, on va organiser une fabrication très standardisée. Pour cela on va utiliser des ouvriers aux très faibles qualifications qui exécutent un travail très précis et sont au service de la machine. Associée à une autre manière le Fordisme : travail à la chaîne, postes de travail dans l’ordre de la fabrication… (surtout dans l’industrie automobile).

La recherche se développe, les entreprises se dotent de laboratoires de R&D. La modernisation de l’industrie passe par le commencement de la R&D.

Tout cela aboutit à la concentration des industries, et les petites entreprises ont tendance à disparaître. Renault, des entreprises de chimie, métallurgie, automobile, se développe et se concentrent. La condition de la classe ouvrière ne s’améliore pas, mais il y a de plus en plus d’ouvriers. Les travailleurs non salariés sont écrasés par la concurrence, et deviennent des ouvriers en usine. On a un déclin des commerçants et artisans indépendants qui ne peuvent pas faire face à la production standardisée plutôt qualitative. Les effectifs ouvriers industriels et agricoles atteignent 7 millions soit 1/3 de la population active.

La composition de la classe ouvrière évolue, notamment face à la saignée démographique, le manque de main d’oeuvre, le patronat requiert massivement à la main d’oeuvre étrangère. On recrute de façon organisée, des agents recruteurs sont envoyés dans des pays étrangers avec des médecins. On les ausculte, on les trie, comme pour le bétail. Ils sont ensuite envoyés vers la France par trains commerciaux, où ils arrivent dans des états déplorables. On les prend beaucoup dans les pays limitrophes (sud de l’Italie, Espagne, Belgique…) mais aussi en Pologne et en Algérie. Entre 1921 et 1931 la France connaît le plus fort taux d’immigration mondial, le nombre d’étrangers va doubler, la population étrangère en France va quasiment doubler (1.5M à 3M), en 1931 la classe ouvrière va être composée de 15% de travailleurs étrangers contre 6% avant la guerre. Ils sont affectés aux travaux les plus durs, les moins payés et plus dangereux. Mais ils sont en situation particulière, ils ne sont pas libres d’exercer le métier qu’ils veulent, le lieu et la nature de leur travail sont fixés par l’administration. (on leur demandera de repartir avec la crise de 29…). Les conditions de travail sont toujours aussi dures pour tous et ont même tendance à s’aggraver sous l’effet de l’organisation scientifique du travail (OST). Les lois protectrices (journée à 8h) sont bafouées très régulièrement (tas de dérogations possibles et même sans ça elles n’est pas respectée ; elle n’est respectée que si les ouvriers imposent un rapport de force). La journée fait en moyenne 10h de travail par jour, plus le temps de transport depuis les banlieues… Et le travail est toujours aussi dangereux (bruit chaleur poussière risques…). Par exemple dans les mines du Pas-de-calais on compte 135 morts en 1935. Les ouvriers sont toujours sous la domination d’un patronat qui a des pouvoirs très peu limités, les délégués syndicats sont très peu protégés. Le patronat édicte son propre règlement intérieur dans chaque entreprise (temps mesurés, déplacements codifiés, amendes sur salaire si retard…). Ces patrons exercent un véritable pouvoir de police et parfois même de véritables polices privées, des agents qui vont essayer d’identifier les meneurs, placent des mouchards, fichent les ouvriers… Une pression quotidienne est mise par l’encadrement de l’entreprise pour pousser à une rentabilité maximum du travail de ses employés, on voit du harcèlement dans les usines… Tout cela produit énormément de profit et peu d’amélioration sur la vie de classe ouvrière, les difficultés en dehors de l’usine ne changent pas par rapport à avant la guerre, malgré la prospérité économique. La nourriture représente toujours 60% du revenu. Les profits patronaux augmentent de 50% et le salaire moyen n’augmente que de 12%, qui ne suffit pas à avoir un mieux-être sur 15 ans.

Cette prospérité économique éphémère, masque une fragilité, des contradictions économiques fortes qui vont éclater dans la crise de 1929 qui va conduire à la 2e Guerre mondiale.

CHAPITRE 2 – Crise du capitalisme et marche vers la seconde guerre mondiale (1929-1940)

La crise est un événement périodique dans l’économie, celle de 29 sera particulièrement dure. Pourquoi cette crise, et quelles en ont été les conséquences politiques et sociales, qui sont allées jusqu’à la guerre ?

SECTION 1 – La crise économique de 1929 en France

La crise s’est d’abord déclenchée aux USA. Les années 20 étaient une période de prospérité dans le monde, les USA sont peut-être celui qui en a le plus profité (reconstruction de l’Allemagne par les industries américaines. Les salaires augmentent, la durée de travail a tendance à baisser, le chômage est bas… le tableau est idyllique mais masque une autre réalité : une inégalité de revenus. Les revenus des ouvriers augmentaient mais restaient relativement faibles, et surtout il y avait un décalage énorme entre l’augmentation des profits et celle des salaires. On arrive à une situation qui explique toutes les crises du capitalisme : la surproduction, on a une capacité de production que les consommateurs ne peuvent pas absorbé. D’où la colonisation, sauf que là il n’y a plus rien à coloniser. La demande stagne. La spéculation notamment boursière prend des proportions gigantesques. Pour susciter l’achat on ouvre les vannes du crédit, on espère que la demande va augmenter et qu’on pourra écouler les produits (demande artificielle). Ce crédit en réalité ne va pas servir à acheter des biens mais à spéculer car c’est très rentable. Les petits comme très gros investisseurs prennent des crédits et achètent des titres en bourse. Les cours de la bourse augmentent de 300 entre 1921 et 1929. Mais la production augmente de 50% seulement, la valeur ne correspond donc pas du tout à la réalité des biens produits. Tant que les acheteurs croient en l’augmentation des prix ils achètent et le système tient, jusqu’au signe qui fait dire que les titres vont baisser. En octobre 1929 la banque d’Angleterre remonte les taux d’intérêt. Conséquences en cascade, panique boursière car certains titres commencent à baisser car ne trouvent plus d’acheteurs, certains investisseurs commencent à vendre massivement. Les titres se dévalorisent (ils atteignent en fait leurs valeurs réelles), les épargnants se retrouvent ruinés incapables de dévaloriser leurs dettes. Entre le 24 octobre et le 15 novembre l’indice de Jones passe de 469 à 220 ce qui équivaut à 30 milliards de $ de perte. 2 ans plus tard il plongera a 42. Les actions de la banque Goldman Sax passent de 104 dollars à 1.75 dollar entre 1929 et 1932. La crise boursière va se transformer en une crise bancaire, les crédits ne sont plus remboursés, les épargnants retirent tous leur argent des banques, et plein de banques sont en faillite. Les banques ne peuvent plus assurer de crédits à la consommation, les gens n’empruntent plus pour consommer et les entreprises n’empruntent plus pour investir, les fermetures d’entreprises se multiplie, le chômage et baisses de salaires arrivent… Entre 1929 et 1933 le nombre de chômeurs passe de 1.5M à 15M, 25% de chômage, 85 000 fermetures d’entreprises. L’entreprise Ford, symbole de l’expansion du capitalisme américain et de l’économie florissante, employait 128 000 personnes à Detroit, en 1931 il n’y en aura plus que 37 000.

Cette crise est donc liée à la surproduction, loi du capitalisme. Cette crise s’est propagée en Europe et donc en France, et surtout en Allemagne très liée avec les USA. La France sera touché dans les années 30 et un peu moins brutalement, car la société était encore très paysanne et était donc un peu moins dépendantes des crédits bancaires, et surtout la France avait des colonies qui étaient un amortisseur de la crise. Dans les secteurs du textile et de l’acier, transport, banque, l’économie sera très touchée par ce krach mondial, on voit des faillites…En France aussi le chômage augmente fortement, entre 1931 (très peu) et 1935 (800 000). Le chômage n’est à l’époque pas vraiment indemnisé. Les premières victimes du chômage seront les ouvriers étrangers, immédiatement campagne xénophobe contre les étrangers accusés d’être responsables du chômage : c’est systématique à chaque crise. Exemple Coty dans la parfumerie qui possède un journal dans lequel il écrit en 1933 « il suffirait de rendre à leur patrie 1/10 des étrangers pour restituer à nos chômeurs leur travail et leur salaire). Ainsi les pouvoirs publics et le patronat organisent des expulsions collectives. On interdit parfois l’emploi d’étrangers. On vire aussi les femmes qu’on veut remettre au foyer. Ce chômage est un peu inédit en France. Pour ceux qui restent en poste le patronat profite de la pression du chômage pour mener une nouvelle offensive contre les salaires et les conditions de travail. La crise ne donne pas lieu à révolte. On vire les militants syndicaux. Chez Renault les salaires diminuent de 15% alors que le coût de la vie a plutôt tendance à augmenter.

Le gouvernement va s’orienter vers une politique protectionniste, de rempli vers son marché intérieur et son empire colonial. Il relève considérablement les tarifs douaniers, contingente la quantité de certains produits. Tous les pays le font, il y a des ripostes, au final c’est une guerre économique qui se met en place au début des années 30, qui annonce les prémices de la guerre tout court. Mais la France (et l’Angleterre) ont beaucoup de colonies, ce qui a été décisif pour que la France soit moins touchée, elles seront la chasse gardée de la bourgeoisie française et permettront un peu de compenser le rétrécissement du marché mondial. La métropole impose un exclusif douanier, seuls les produits français métropolitains peuvent être importés dans les colonies. Cela a permis d’écouler certains produits qu’on arrivait plus à vendre. Pour compenser on fera payer les habitants des colonies, on augmente leurs impôts drastiquement.

Mais cette situation ne va pas durer car les années 34-36 vont connaître consécutivement à cette crise une très grande mobilisation populaire en France (mais aussi USA, Espagne…) qui va ouvrir un espoir de changer de société. Ce sont les conséquences sociales de la crise. Mais aucune révolution n’est allée jusqu’au bout ; la punition sera le fascisme et la guerre.

SECTION 2 – Les conséquences sociales de la crise : la mobilisation populaire de 1934-1936

Juste après la crise il y a eu assez peu de réactions de la population, quelque peu assommée par la crise économique qu’elle a subi. Il faut attendre 1934 pour assister à une réaction spectaculaire de la classe ouvrière, en France mais aussi partout dans le monde (USA, Espagne…). En France cette remontée des luttes ouvrières est très liée à la montée du fascisme, lui même lié à la crise économique. Ce qui est notable est que cette riposte n’est pas juste contre le fascisme, mais un grand mouvement de grèves politiques de contestation du pouvoir bourgeois sur la société.  C’est cela qui va aboutir aux grandes conquêtes sociales de mai-juin 1936.

A. Mobilisation fasciste et riposte ouvrière

Les années 20-30 en Europe voient la montée des partis fascistes en Europe (Italie après la 1ere guerre, Allemagne après la crise de 1929 Hitler chancelier en 1933…).

1. Caractéristiques communes des partis fascistes
  • composition sociale des partis : les membres/électeurs de ces partis ne se recrutent pas dans n’importe quelle catégorie sociale, la plupart sont surtout de la classe moyenne, petit bourgeoisie. Ceux sont eux qui ont le plus perdu après la guerre (leur situation, baisse de leurs traitements de fonctionnaires, faillite des artisans et commerçants, ingénieurs et médecins au chômage…). Ils perdent de l’argent et une certain positions sociale, des gens bac+8 vivent aussi mal que des ouvriers d’usine. Pour eux c’est dégradant. Ainsi ils sont réunis du point de vue des idées, ils ont une grande colère qu’ils dirigent contre les partis traditionnels qui sont au pouvoir et ont été usés par le pouvoir, incapables de résoudre la crise ; mais aussi contre les syndicats et partis ouvriers. Ils pensent que les responsables de la crise sont les ouvriers qui font grève et manifestent, car cela paralyserait le pays. Juste avant les fascismes il y a eu la guerre mais surtout des années de révolution (le biennio rosso, les deux années rouges en Italie) où la classe ouvrière contrôlait la production mais n’ont pas renversé le pouvoir ; idem en Allemagne (1918, 1920, 1923) avec les conseils ouvriers… Mais dans les deux cas les révolutions ne sont pas allées jusqu’à renverser le pouvoir ; le fascisme est alors le retour de bâton, la « punition » pour ne pas être allé jusqu’au bout. Les classes moyennes étaient très opposées à ces révolutions. Ainsi ils ont tout perdu (prestige et confort) mais retrouvent leur fierté dans le nationalisme (grande nation italienne ou race supérieure), associé au culte du chef qui représente les vertus de la race supérieure ou de la grande nation conquérante. Ils ont pu laisser libre cours à leur haine via cette idée. Ils ne sont pas que des partis politiques puisqu’ils disposent de milices paramilitaires pour mener des agressions physiques (chemises brunes en Italie), recrutées parmi les gens déclassés, les marginaux, les chômeurs et bandes de jeunes désocialisés qui commettaient des délits…De plus en plus nombreux après la crise. Ils détruisaient les organisations ouvrières, patrouillent dans les rues, et das un second temps s’attaqueront aux juifs et aux étrangers. Ainsi les grands bourgeois ont décidé de financer ces groupes fascistes afin de mettre au pas la classe ouvrière, lui reprendre tout ce qu’elle avait essayé de lui arracher avec la révolution allemande, et ainsi ils ont amené les fascistes au pouvoir. En France également le régime parlementaire a connu un important discrédit, partis traditionnels incapables de faire face à la crise économique, et parce qu’il y a eu une multiplication des scandales policito-financiers qui ont touché la troisième république (parlementaires, ministres), par exemple l’affaire Stavisky. Une partie de la petite bourgeoisie va donc aussi grossir les rangs des ligues nationalistes (qui existaient déjà au début du siècle), qui vont prendre les traits du fascisme (Action Française, les plus actifs Croix de Feu du colonel De la Rocque fondés en 1927 ; à la base un groupe d’anciens combattants qui deviendra politique et qui sera associée à un groupe paramilitaire, les Volontaires nationaux). Ces groupes étaient importants, les Croix de Feu comptent 240 000 membres en 1935 (le PC 80 000). Les ligues nationalistes comptaient des dizaines de milliers de membres et représentent une vraie force politique…même s’ils n’iront pas aussi loin qu’en Allemagne ou en Italie, ils n’auront jamais l’appui total des classes moyennes et la grande bourgeoisie ne les financera pas pour les amener au pouvoir. En effet en France la présence de colonies a été un amortisseur, on a fait les sacrifices sur les colonisés plus que sur les ouvriers métropolitains comme en Allemagne. Ces ligues n’ont donc jamais pris le pouvoir en France mais vont sérieusement le déstabiliser. L’espace d’une journée le 6 février 1934 le pouvoir fut déstabilisé, l’affaire Stavisky symbole de la corruption et de l’impuissance du régime parlementaire. Ainsi une importante émeute fasciste est organisée devant le Palais Bourdon (AN), on compte plusieurs morts, elle aboutit à la démission du premier ministre et qui a fait trembler la République. Electrochoc pour la classe ouvrière dont la réaction fut immédiate, sa combativité qui était au plus bas dans les années trente remonte avec la prise du conscience du danger fasciste et elle se remobilise. Le 12 février 1934 mobilisation massive de centaines de milliers de travailleurs pour protester contre le danger fasciste. On observe une unité entre socialistes et communistes (déchirés au Congrès de Tours). La classe ouvrière reprend la lutte collective mais le PC va déplacer le plus possible cette volonté d’action sur le terrain électoral, puisqu’il cherche à s’allier avec a SFIO (PS) et le vieux parti radical (bourgeois) complètement discrédité à l’époque. Ce regroupement électoral porte le nom de Front populaire. Il rassemble donc des partis aux idées très larges. Le PC stalinisé a eu une position très tiède et ne pousse pas à la révolte, la politique du PC est très liée à la politique stalinienne. En effet vient d’être passé le pacte Laval-Staline, pacte d’alliance contre Hitler, ainsi Staline avait tout intérêt à ce que le pouvoir français ne soit pas renversé. Le Front Populaire remporte haut la main les élections législatives et un nouveau gouvernement est fondé, à sa tête Léon Blum un des dirigeants de la SFIO, très modéré, juriste ancien conseiller d’état, qui souhaite être un « gérant loyal du capitalisme ». La classe ouvrière a des aspirations bien plus ambitieuses que celle du front populaire.

B. La mobilisation de la classe ouvrière en mai-juin 1936

Le succès électoral du Front Populaire n’était qu’un reflet de la combativité de la classe ouvrière en train de se renforcer, qui a commencé à s’exprimer quelques années plus tôt. La classe ouvrière n’attends pas la formation du nouveau gouvernement pour continuer à s’exprimer. Début mai un puissant mouvement de grève est déclenché, aux usines Bregay du Havre. Des ouvriers sont licenciés pour avoir participé à la grève du premier mai, en réponse à cela des grèves vont se déclencher dans l’usine ; même situation aux usines Laécoère de Toulouse. On revendique aussi des augmentations de salaire et la reconnaissance de droits syndicaux supplémentaires. Les grèves se démultiplient partout et sont gagnées. Le mouvement s’amplifie encore, le 24 mai commémoration de la fin de la Commune de Paris avec une manifestation de 600 000 ouvriers à Paris, qui renforce encore le mouvement de grève. Elle touche des catégories de personnes qui faisaient rarement grève (employés de grand magasins, de restauration, concierges, personnels de ménage, agents d’assurance…). On compte 11 000 grèves en un mois, qui ont mobilisé au total 2M de personnes. Ces grèves se traduisent pour la première fois de l’histoire du mouvement ouvrier, par des occupations d’usine, ce qui a fait très peur au patronat car leur propriété est remise en cause. Le patronat était très conscient de ce qui était en jeu : la remiser en cause du pouvoir de la bourgeoisie. Ainsi il était prêt à faire d’importantes concessions à ces travailleurs très combatifs sur le chemin de la révolution. On accorde des salaires très hauts et en contrepartie les ouvriers évacuent les usines, l’initiative vient du patronat. En juin sont signés les accords de Matignon sous l’arbitrage du gouvernement : droits syndicaux, conventions collectives, création de délégués du personnel élus par les salariés, et 2 semaines de congés pays, 40h de travail par semaine. Cependant ces acquis sociaux sont quand même un problème, la politique du parti communiste et de la CGT (organiquement liée à lui) a été de mettre tout son poids dans la balance pour faire arrêter ces grèves, très célèbre phrase du dirigeant du PC Maurice Thorez au moment des accords de Matignon « il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». Ces grèves avaient un potentiel révolutionnaire important mais le PC et la CGT ont tout fait pour que ces grèves ne se développent pas, à cause de la politique stalinienne. Grandes avancées sociales sur le coup mais immédiatement après la fin de la grève le patronat a riposté et est parvenu à revenir sur les concessions réalisées en 1936. Une politique de dévaluation de la monnaie (augmentation des prix donc annihilation des augmentations de salaire) et personne ne respectait les 40h par semaine car il a fallu organiser la production de guerre et ainsi on accorder énormément de dérogations au nom de l’effort de guerre. Les congés pays ont duré deux ans avant la guerre où ils ont disparus.

Dès 1939 une nouvelle guerre mondiale est déclenchée, continuité de la première qui n’a rien réglé puisque les nécessités de débouchés des capitalistes sont toujours là, et il y a eu la crise en plus, ce qui aggrave la situation. Derrière cette seconde guerre mondiale encore les raisons profondes sont le partage du monde (l’Allemagne veut conquérir une partie de l’Europe de l’Est et conteste le fait que l’Afrique du Nord appartienne à la France). La France n’a fait que défendre ses possessions, ce n’est pas la République contre le Fascisme, au contraire au départ le gouvernement français ne détestait pas Hitler car il faisait marcher au pas les ouvriers.

Il y avait en 1936 une occasion de révolution, le mouvement été pré-révolutionnaire et en juin 36 l’Espagne est aussi en révolution.

Partie 2 – L’impérialisme français et ses crises

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