La bourgeoisie face à la naissance de la classe ouvrière (1815-1871)

Cette troisième partie est la suite de la Deuxième partie : La stabilisation napoléonienne

A partir de 1815 la bourgeoisie pourra profiter de ses droits dans toute leur étendue et développer ses activités économiques. Le capitalisme se développe, mais en parallèle cela a des conséquences sociales : le capitalisme s’accompagne du développement d’une misère et d’une exploitation encore peut connue, qui touche une nouvelle catégorie sociale : le prolétariat. On appelle cela le paupérisme. Le prolétariat va se constituer en classe sociale, comprendre ses intérêts communs, entrer sur la scène politique et contester la bourgeoisie. La société de cette époque est en plein bouleversement, qui change du tout au tout. On passe d’une société agricole qui a pour base la paysannerie, a une société industrielle basée sur la classe ouvrière. A mesure que la pauvreté s’accrîot, l’antagonisme entre les classes sociales se renforce. On substitue l’ancienne opposition sociale à la nouvelle. C’est en fonction de cet antagonisme qu’éclateront des bouleversements politiques et juridiques. C’est donc le social-économique qui entraîne les changements politiques. Entre 1815 et 1871 on compte 5 régimes politiques différents, deux monarchies deux républiques et un empire. 1815-30 : monarchie, la restauration (Louis 18 puis Charles 10). Entre 1830 et 1848 la monarchie de juillet. Entre 1848 et 1852 la IIe république. Entre 1852 et 1870 le second empire. Et à partir de 1870 la IIIe République. Le cours s’articulera autour de 3 grandes dates : 30 (émergence politique et sociale de la classe ouvrière), 48 (fracture de classe claire) et 71 (la classe ouvrière à Paris prend le pouvoir politique).

 

CHAPITRE 1 – 1830 et l’émergence de la classe ouvrière

Couvre la période de 1815 à la fin des années 1840 (restauration et monarchie de juillet). La classe ouvrière, sous napoléon, reste assez minoritaire et l’économie assez rurale. A partir de 1815, l’économie est dominée par le capitalisme, son moteur est la recherche de profit. La recherche de profit est purement individuelle, l’économie est concurrentielle. La classe ouvrière émerge d’abord quantitativement (socialement), puis émerge sur le terrain politique (penseurs, organisations politiques, manifestations…).

TITRE 1 – L’émergence de la classe ouvrière sur le terrain économique et social

Le capitalisme prend son essor surtout à partir des années 30 avec le développement de l’industrie, et en même temps apparaît cette nouvelle condition sociale des travailleur-euses de l’industrie, le paupérisme.

Section 1 : Le démarrage de l’économie capitaliste

Cet essor du capitalisme découle de l’évolution que connaissent trois domaines qui influent les uns sur les autres.

A – La mécanisation de la production industrielle

Dans ce premier capitalisme, on fait surtout du profit quand on multiplie la quantité vendue. Cette logique a conduit a favoriser le développement des machines mécaniques. On trouve une sortie d’alliance entre le savoir faire d’artisans, de manufacturiers, avec les scientifiques. « Jadis, les découvertes des savants restaient stériles dans leur portefeuille ou dans les mémoires des Académies, sans que le fabricant parût se douter que leur application put être utile à ses opérations. Aujourd’hui les rapports les plus intenses existent entre eux. Le manufacturier consulte le savant. Le premier échange chaque jour les fruits de la pratique contre les lumières et les conseils du second et, appuyés l’un sur l’autre, ils marchent vers la perfection de l’industrie » (Chaptal, chimiste, 1819). Dans ce premier 19e siècle vont être constituées dans institutions qui permettent de réaliser cette alliance : Polytechnique, l’Ecole centrale des mines, le Conservatoire des Arts et Métiers… On voit apparaître des procédés chimiques mais surtout mécaniques, on voit des machines utilisées dans le domaine industriel (notamment calquées sur le système anglais). Par exemple se généralise l’utilisation de la machine à vapeur. On passe de 625 en 1830 à 5000 en 1847. Elles sont également de plus en plus performantes et productives.

B – Le renouveau du commerce

1. Le commerce intérieur

Le commerce se re-développe, le développement de l’industrie dépend du marché intérieur. Il faut une population solvable (qui puisse acheter) mais il faut aussi des infrastructures de transport qui permettent de déplacer les marchandises. C’est dans ce domaine que le pays va connaître une évolution importante. En 1815, les infrastructures routières sont en très mauvais état. L’état va donner une impulsion décisive pour développer ces infrastructures : vont se développer les voies d’eau navigables, le réseau routier terrestre notamment les routes départementales. Mais la grande innovation de la période est le développement des chemins de fer : 2000km de voie construite entre 1830 et la fin des années 40. On organise ces infrastructures, les entreprises qui exploitent les chemins de fer sont restées privées très longtemps. Le commerce intérieur a donc été facilité grâce à ces innovations dans le domaine des infrastructures de transport

2. Le commerce extérieur

La situation est catastrophique, la France a perdu la plupart de ses colonies et les défaites napoléoniens ont fait qu’on a plus vraiment de débouchés européens aux frontières. Mais à partir des années 30 l’état va donner là encore une impulsion à ce commerce extérieur : la France va repartir coloniser de nouveaux territoires. Ce sont les débuts de la colonisation de l’Algérie, sur la papier la bourgeoisie française trouve ça bien. On prétexte un incident diplomatique et les armées envahissent le pays. La colonisation a duré 17 ans avant qu’elle soit réellement une colonie, la résistance de la population a été farouche. Partout où l’armée française passait, elle détruisait tout. « Le lendemain 4, je descendais à Haimda, je brûlais tout sur mon passage et détruisais ce beau village…Il était deux heures, le gouverneur (Bugeaud) était parti. Les feux qui brûlaient encore dans la montagne, m’indiquaient la marche de la colonne. » (Région de Miliana, février 1843). (Maréchal de Saint-Arnaud). C’était une guerre d’anéantissement. « Nous faisons la guerre de façon beaucoup plus barbare que les Arabes eux-mêmes, c’est à présent de leur côté que se situe la civilisation » (Alexis de Tocqueville, De la colonisation en Algérie, 1847). Les colons (anciens soldats ou personnes venus de la métropole) s’installent en Algérie et organisent l’agriculture. C’est une colonisation de soumission mais donc aussi de peuplement. Cette colonisation a un impact direct sur l’industrie : il faut produire outils, machines, matériaux… cela fournit des débouchés à la bourgeoisie.

C – Le développement du crédit affecté à la production (activités financières)

Au début du capitalisme, les capitaux sont familiaux puis investis dans l’industrie. Mais cela va évoluer, les bourgeois vont de plus en plus faire appel aux capitaux extérieurs : l’emprunt pour financer les opérations industrielles. Jusqu’alors, les crédits étaient plutôt affectés à la consommation des états ou des grandes fortunes. Ici les banques vont jouer un rôle dans le développement de la production industrielle. Va se nouer un lien très fort entre le capitalisme industriel et le capitalisme financier, à tel point qu’on ne peut pas les dissocier. Les années 30 sont marquées par le développement de ce qu’on appelle à l’époque la Haute Banque, qui va désigner l’ensemble des établissement bancaires privés souvent fondés par de grandes familles fortunées, intéressées par les affaires commerciales et industrielles. Par exemple la famille Perier, industriels de la toile de Grenoble, créent une banque Perier à Paris, pour à leur tour participer et donc spéculer sur des opérations industrielles en apportant des capitaux. En effet, il y a désormais des capitalistes qui ont besoins de plus de capitaux que ce qu’ils possèdent dans leur famille, il faut prendre des crédits. Ces banquiers comment à prendre une très grande importance et à dominer la vie économique et politique de l’époque. « Je me rends chez le roi que je vois quand je veux, il a toute confiance en moi, m’écoute et tient compte de ce que je lui dis » (James de Rothschild, 1840). A partir des années 30, on assiste à une explosion du nombre de sociétés cotées en bourse : entre 1830 et 1841, le nombre de valeurs cotées en bourse passent de 38 à 260. Les activités financières et industrielles sont à cette époque inséparable, on est à la fois banquier et industriel.

Section 2 : L’apparition du paupérisme

La classe ouvrière, qui produit ces richesses, n’en profite pas et au contraire s’enfonce de plus en plus dans la misère : on parle de paupérisme. C’est un mot qui désigne la situation du ou de la travailleur-euse de l’industrie pour qui la pauvreté n’est pas un état passager mais permanent. Les pouvoirs publics, face à cette situation, choisissent de s’opposer à toute intervention pour corriger cette pauvreté.

A – La détérioration des conditions de vie de la classe ouvrière

Cette classe ouvrière proprement dite est en augmentation numérique conséquente, on passe de 400 000 à la fin du régime napoléonien à 1 200 000 en 1847. Par ailleurs se constituent de grandes villes de concentration ouvrière : Roubaix, qui passe entre 1815 à 1836 de 8000 à 34 000 habitant-e-s (ou encore Saint Etienne…). Les conditions de vie sont assez dures et les contemporains de la période commencent à s’en rendre compte : premiers romans consacrés à la vie ouvrière, on commence à voir des rapports très précis sur les conditions de vie dans les usines par le biais de ce qu’on appelle des enquêtes sociales souvent menées par des médecins. « Vivre, pour eux, c’est ne pas mourir ».

Ce qu’on apprend de caractéristique de la vie ouvrière lorsqu’on lit les enquêtes sociales :

  • la durée du travail, particulièrement longue. Cette période autour des années 1830 est marquée par l’introduction de machines toujours plus performantes et productives, qui ne raccourcissent pas la durée de travail ni ne soulagent pas les ouvrier-e-s mais au contraire aggraves les conditions de travail. En effet, c’est désormais la machine qui créé le rythme de travail, et les ouvrier-e-s doivent s’y adapter. Les machines n’arrêtent jamais de travailler, les ouvrier-e-s essaient de suivre. Conséquence : la journée de travail s’allonge à l’extrême, jusqu’aux limites physiques des ouvrier-e-s. La moyenne es journées de travail est de 15h par jour du fait du machinisme. Non seulement les journées sont longues, mais elles sont intenses. On voit apparaître des usines qui tournent 24h/24.
  • Ce qui caractérise aussi la vie de la classe ouvrière ce sont les conditions, les lieux dans lesquels elle travaille.Les ouvrier-e-s sont enfermé-e-s dans des usines où il fait très chaud, où ils sont tout le temps debout, on y respire de la poussière qui créent de très nombreuses infections pulmonaires (tuberculose…). Les conditions d’hygiène sont aussi déplorables, il n’y a pas de toilettes. Les maladies, les accidents sont très fréquents du fait de ces conditions de travail. La mortalité est forte au sein de la classe ouvrière, d’autant plus que les ouvrier-e-s sont jeunes, on emploi de nombreux enfants, qui meurent jeunes. La mortalité est très forte.
  • La difficulté pour se loger est un soucis majeur, et lorsqu’on trouve un logement il est souvent très étroit et insalubre (en moyenne 8m²/personne). Bien souvent, les ouvrier-e-s s’entassent dans des caves ou dans des greniers. Parfois, les patrons mettent à disposition des dortoirs construits à côté des usines (on « tourne » selon les équipes sur le même lit).
  • Les salaires très bas et qui ont même tendance à diminuer sur la période entre 1815 et 1840. Les femmes sont payées moitié moins pour le même travail, et les enfants encore moitié moins. Le patronnant joue sur cette division entre les ouvrier-e-s pour tirer les salaires vers le bas, les mettre en concurrence.

Ces conditions de vie sont connues à cause des enquêtes sociales, roman etc. Pourtant, il n’y a absolument aucune législation sociale, le patronnant y est très opposé.

B – L’absence de protection de classe ouvrière

Juridiquement, la classe ouvrière est exactement dans la même situation que sous napoléon (présomption de culpabilité, interdiction des grèves…). Il y tout de même une première loi prise pour réglementer le travail ouvrier, celle du 22 mars 1841 « première loi » dans le domaine social qui vient limiter le travail des enfants : interdit pour les enfants de moins de 8 ans de travailler, puis entre 8 et 12 ans 10h maximum de travail et entre 12 ans et 16 ans 12h maxi. Cette loi très peu appliquée a en réalité été prise parce que certaines bourgeois commençaient à voir le problème : à force d’écraser les enfants, on aura plus d’adultes (ni de soldats) car ils meurent ou ne se développent pas. Une seule partie de la bourgeoisie est conscience de cela, les autres y sont opposés.

Exemple : « Violer à chaque instant le domicile d’un fabricant, le soumettre à une surveillance continuelle, inquisitoriale, le rendre responsable d’un enfant, lui imposer des sacrifices de toute espèce, c’est aller loin, bien trop loin. Une fois achetée la main d’œuvre, l’entrepreneur n’a qu’à en disposer loyalement, en bon père de famille et il doit être maître chez lui » (Gay Lussac, député, séance de la chambre des députés des 5-10 mars 1840).

Pas d’aides sociales, pas de protection sociale (tout cela appelé « assistance publique » à l’époque) pour les ouvrier-e-s. La bourgeoisie y est farouchement opposée, ils ne veulent pas que l’état intervienne pour soulager leur misère car cela « nuirait au bon fonctionnement de l’économie ».

  • Thomas Maltus dans « Essai sur le principe de population » dit qu’il ne faut pas intervenir car naturellement les gens vont mourir de faim, il faut les laisser mourir pour réduire le nombre de gens sur terre car on est « trop ». Il ne faut surtout pas aider les pauvres car cela empêche leur élimination naturelle. Son erreur de raisonnement est qu’il refuse de prendre en considération que l’évolution des technologies permet de produire beaucoup plus et de nourrir des milliards de gens. « Celui qui naît dans un monde déjà occupé, s’il ne peut obtenir de quoi subsister de ses parents à qui il est en droit d’en demander, et si la société n’a pas besoin de son travail, n’a pas le moindre droit de prétendre à la plus petite portion de nourriture; et dans le fait il est de trop dans ce monde. Au grand banquet de la nature, il n’y a point de couvert pour lui. La nature lui signifie de s’en aller, et elle ne tardera pas à exécuter son propre commandement » (Thomas Malthus, Essai sur le principe de population, 1798).
  • Tocqueville se demande : si on aide les pauvres, personne n’irait travailler dans ces conditions. « Toute mesure qui fonde la charité légale [c’est-à-dire l’assistance publique, ndla] sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative crée une classe oisive et paresseuse, vivant au dépens de la classe industrielle et travaillante » (Alexis de Tocqueville, Mémoire sur le paupérisme, 1835).
  • « [L’assistance publique] habitue les classes pauvres à recevoir le secours, comme un revenu que l’État leur reconnaît et leur garantit ; et ces classes ne tardent pas à le considérer comme une espèce de prélèvement légitime, auquel elles ont droit sur la fortune sociale. Alors, plus de prévoyance ni d’économie, et bientôt aussi plus de travail » (Charles de Rémusat, Ministre de l’Intérieur, 1840).

L’aide aux pauvres ne doit pas être une obligation juridique, mais tout au plus d’une obligation morale de charité (avoir une société philanthropique, distribuer des vêtements…).

TITRE 2 – L’émergence de la classe ouvrière sur le terrain politique

Progressivement, au cours de cette période (1815-1840) la classe ouvrière va sortir de son silence politique, dans lequel elle était depuis la fin de la révolution, et prendre la parole. Nous allons voir ces premières expression dans ce temps de recomposition politique qui se déroule pendant la Restauration. Puis nous verrons que la classe ouvrière deviendra un acteur à part entière (conscience de classe…) de la vie politique à partir de la Monarchie de juillet.

Section 1 : La restauration : un temps de recomposition des forces politiques

C’est un temps de recomposition des forces politiques car la classe ouvrière fait ses premières manifestations, et d’un autre côté une bourgeoisie qui va devoir contester un dernier sursaut aristocratique.

A – Les prémisses d’un mouvement ouvrier

1 – Les premières manifestations ouvrières

Au cours de cette période, la classe ouvrière n’est pas encore une force politique capable de peser sur les choix politiques. En effet elle n’a pas encore d’organisation, ni de doctrine politique claire qui permettrait de penser une transformation de la société. Comment s’exprime malgré tout cette classe ouvrière ? De deux façons qui marquent la période :

  • Une des premières manifestation d’opposition de la classe ouvrière est une contestation violente des machines. Les ouvrier-e-s pensent que les machines étaient responsables du chômage car elles les remplaçaient. Ce mouvement a un nom : le luddisme, qui vient du nom d’un ouvrier anglais Ludd (puisque le mouvement a démarré là-bas). Au cours des années 17, 18 et toutes les années 20, es ouvrier-e-s font signer des pétitions pour demander la suppression des machines notamment dans les usines textiles. Parfois, ces ouvrier-e-s étaient plus radicaux, ils rentraient dans les usines et brisaient les machines. Ils sont durement sanctionnés. Cependant, leur raisonnement est faux : en faisant ça, ils ne s’en prennent pas au capitalisme mais aux évolutions technologiques. La racine de leur misère n’est pas les machines mais l’exploitation. C’est tout de même une première forme de révolte, spontanée et assez primitive.
  • En même temps, on voit apparaître un phénomène plus porteur d’avenir : les grèves se généralisent. Grève : action collective concertée qui consiste à arrêter de travailler. On généralise la grève comme mode d’action, comme arme pour se faire entendre. Ce mode d’action n’est pas nouveau, mais assez exceptionnel. Là, cela sera de plus en plus régulier. On utilise la grève pour demander des évolutions de salaire, du repos… La grève remplace l’ancien mode d’action, les émeutes pour demander la baisse des prix. On agit pas en tant que consommateur pour demander la baisse des prix, mais en tant que travailleur-euse (producteur de richesse) pour demander la hausse de son salaire, on est pas assez payé pour les richesses produites. Ainsi, on prend conscience qu’il y a deux camps dans la société : les travailleurs-euses, et les patrons qui ne travaillent pas.
2 – Les premiers penseurs socialistes : le socialisme utopique

En même temps que la classe ouvrière commence à manifester, les premiers penseurs socialistes apparaissent et vont réfléchir à une autre façon d’organiser la société. L’exploitation, la misère, les crises économiques.. vont faire réfléchir. Pourquoi socialistes ? Car ils vont commencer à comprendre un problème central : les inégalités sociales; l’exploitation de la classe ouvrière; vient d’un problème principal : la propriété privée des moyens de production.

  • Le premier penseur socialiste est Gracchus Babeuf, originaire de la Picardie paysanne, révolté par ce qu’il voyait dans les campagnes. Il pensait qu’il était possible de faire une société égalitaire et sans pauvreté, c’est pour ça qu’il participera à la révolution française. Mais assez vite, il va se rendre compte que la révolution, la DDHC etc sont des chimères. Il aura une pensée plus élaborée que celle des sans-culottes. Il commence à comprendre que ce n’est pas le mauvais partage de la propriété privée qui est en cause, mais la propriété privée elle-même. Cela créera à nouveau forcément des inégalités. C’est pour ça qu’il va devenir défenseur de l’idée de la communauté des biens. La différence avec les sans-culottes : Baboeuf dans « Le manifeste des égaux » ne s’en prend pas aux riches qu’il faut obliger à partager, mais il s’en prend à la racine de la création de la misère et de la richesse : le système économique, la propriété privée des moyens de production. Il commence à percevoir que la propriété privée des moyens de production donne le pouvoir à celui qui la détient d’accumuler la richesse qui est le produit du travail de millions d’autres ».
    « Nous déclarons ne pouvoir souffrir davantage que la très grande majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir de l’extrême minorité. Assez et trop longtemps moins d’un million d’individu dispose de ce qui appartient à plus de vingt millions de leur semblable, de leurs égaux. La loi agraire ou le partage des campagnes fut le vœu instantané de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la raison. nous tendons à quelque chose de plus sublime et de plus équitable, le Bien Commun ou la Communauté de biens ! Plus de propriété individuelle des terres, la terre n’est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde. » (Gracchus Babeuf et Sylvain Maréchal, Manifeste des Égaux, 1797).
  • Après lui, les idées ont encore évolué et se sont précisées. En plus de cela, ils imaginent des sociétés idéales nouvelles. On les appelle des socialistes utopiques. On va prendre l’exemple de Charles Fourier qui propose une critique précise du système capitaliste. Il est choqué par l’aberration du système commercial : pourquoi une pomme est vendue 100 fois plus cher que ce qu’elle coûte à produire. A partir de là, il mène une critique des effets du droit de propriété. Il raisonne de manière dialectique, il pointe les contradictions du système capitalise, essentiellement trois :
    • plus certaines personnes accaparent de la propriété, plus d’autres en sont privés. Exemple : plus il y a de grandes usines, moins il y a de petits artisans (qui coulent). Plus la propriété grossis plus elle se détruit, la propriété détruit la propriété.
    • on créé énormément de richesses mais en parallèle la pauvreté augmente : de la surabondance né la pauvreté
    • La liberté du commerce entraîne le monopole, la concurrence devient monopole.
  • Il dit qu’à cause de cette propriété privée, pour la majorité de la population le travail est une malédiction. Il se dit qu’il ne faut pas que ça soit le cas, et qu’il faut pouvoir s’épanouir au travail, qu’il s’organise en dehors de la propriété privée. Il faut que les gens travaillent pour des choses qu’ils ont envie de faire. Il sait que dans la nature, il y a des lois d’attraction et pense que dans la vie sociale il y a le même chose. Ce qui fait agir les hommes sont des passions. Il pense qu’il y a douze passions dans l’individus, en fonction de celles-ci peuvent se faire d’innombrables combinaisons : 810. Il voit le travail comme non-spécialisé et en fonction des affinités. Cette société idéale, il lui a donné un nom : le phalanstère. Il a tout imaginé même l’architecture (salle des repas, dortoirs…).
  • Owen, un patron de manufacture de coton, a fait des efforts pour ses travailleurs (salaire, écoles, moins d’heures) mais il se disait qu’ils restaient quand même ses esclaves. Il a imaginé une autre façon de produire et est parti aux USA pour créer une société idéale avec sa fortune.

B – Le dernier sursaut de l’aristocratie

1- Un régime politique de compromis

A la chute de Bonaparte, il y a eu un regain du mouvement royaliste puisqu’un roi a été placé sur le trône, Louis XVIII. Cela a permis aux aristocrates de s’affirmer et de prétendre à pouvoir exercer le pouvoir politique comme avant la révolution. Une fois sur le trône, le roi fait rédiger un nouveau texte constitutionnel, la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814, un texte de compromis. Il proclame le retour de la souveraineté royale (on rappelle la divine providence, le monarque de droit divin) mais en même temps prends bien soin de conserver un système avec des élections et une assemblée. On emploi le terme de sujets et plus de citoyens. Le régime proposé est une sorte de monarchie constitutionnelle comme en Angleterre : le roi possède tout le pouvoir exécutif, et le pouvoir législatif est partagé entre le roi et deux assemblées : la chambre des Pairs (nommés à vie par le roi), et la chambre des députés (élus). Le roi a l’initiative des lois et les deux chambres les votent. En prime, le roi a le pouvoir de dissoudre les chambres. Le roi conserve un pouvoir important mais il est bien inscrit dans cette charte qu’il n’y aura pas de retour à la féodalité, qu’on maintient le code civil, l’égalité civile etc. On conserve donc les institutions de la révolution et de l’Empire, donc le pouvoir économique de la bourgeoisie n’est pas mis en péril.

2 – Une volonté éphémère d’écarter la bourgeoisie de la vie politique

Cependant, ce texte va remettre en selle un parti ultraroyaliste qui veut aller plus loin. Ils souhaitent contester le pouvoir à la bourgeoisie. La vie politique sous la restauration est marqué par les offensives de ce parti qui rejette la totalité des acquis de la révolution française. Leur influence grandira de plus en plus jusqu’au moment où l’un d’entre eux deviendra roi : Charles X, qui va attaquer la bourgeoisie sur le terrain à la fois politique et social. Lui et ses partisans vont tout faire pour limiter l’expression de la bourgeoisie. Tout d’abord ils vont le faire à travers les élections : ils vont placer le cens à un niveau très élevé qui favorise les grands propriétaires terriens contre-révolutionnaires. La liberté de la presse, entravée sous Napoléon puis assouplie sous Louis 18, est à nouveau censurée de façon sévère, il y a des sanctions pénales. On porte aussi atteinte à la liberté de culte puisque la loi du Sacrilège condamne les propos contre la religion catholique. Le parti et Charles X vont tenter de remettre en cause l’ordre social issu de la révolution, et notamment les émigrés (aristocrates qui avaient quitté le pays pendant la révolution puis sont revenus) vont demander à être indemnisés de toutes les possessions perdues pendant la révolution. On passe une loi : la loi du milliard des émigrés (1825). C’est une façon de contester la légitimité de la révolution. Charles X préparait un coup d’état, mais la bourgeoisie va réagir face à cette tentative : elle va faire appel à la classe ouvrière pour combattre l’ultraroyalisme.

Section 2 : La monarchie de juillet : l’entrée en scène politique de la classe ouvrière (1830)

La classe ouvrière va devenir un acteur politique à part entière et peser sur l’orientation du régime politique dans le pays. Cela dit, la nature de cette intervention politique va évoluer très rapidement, en quelques années. D’abord, la mise en action de la classe ouvrière se fait sous l’influence de la bourgeoisie. Cependant, quelques années après, elle va prendre conscience de sa capacité à agir et agir pour ses intérêts propres.

A – Le combat de la classe ouvrière pour les libertés bourgeoises

Pour se défendre face aux attaques des ultraroyalistes, la bourgeoisie fait appel à la classe ouvrière. Le régime va chuter et un autre régime se mettra en place : la monarchie de juillet, bourgeoise.

1 – La révolution de 1830

A partir de 1828, l’opposition à Charles X va gagner de plus en plus de sièges à la chambre des députés : elle voudrait une monarchie plus libérale (ministres responsables…). Cette opposition s’organise autour d’une branche collatérale de la famille royale : la maison d’Orléans. Charles X va réagir de manière brutale. Il prend 4 ordonnances en juillet 1830. La première réduit encore plus la liberté de la presse (autorisation préalable au lieu de la censure). La seconde dissout complètement la chambre des députés comme si l’élection n’avait pas eu lieu. La troisième réforme le droit électoral et notamment le calcul du cens pour exclure la bourgeoisie : pour calculer le cens, on ne prendra en compte que les revenus de la propriété foncière (et pas de l’industrie ou du commerce).

Cela écarte complètement la bourgeoisie de la vie politique. La quatrième fixe de nouvelles élections. La bourgeoisie est réduite au silence. Adolphe Thiers, un des penseurs de ce mouvement libéral, fait appel au prolétariat à se rassembler, prendre les armes etc : il faut se battre contre ce régime qui détruit les libertés. Les patrons ferment leurs usines et disent aux ouvriers d’aller se battre, car ils détestent ce régime aussi. Un mouvement insurrectionnel se fait à Paris à partir du 27 juillet et dure 3 jours. Des enfants de bourgeois aident à faire les barricades. Charles X n’a pas le choix d’être destitué. C’est une révolution qui fit 1800 morts et plus de 5000 blessé-e-s, c’est un lourd tribut qu’a payé la classe ouvrière parisienne. Immédiatement, le pouvoir sera repris par la bourgeoisie.

2 – L’établissement d’une monarchie bourgeoise

La bourgeoise mettra en place un nouveau roi à la place de Charles X : Louis Philippe, duc d’Orléans. Cette monarchie, ce nouveau pouvoir a une très forte identité bourgeoise. Cette charte va redonner toute sa place à la bourgeoisie dans la direction des affaires publiques : elle va réformer la loi électorale, la bourgeoisie va évacuer les nobles de la chambre de députés. Cette chambre verra aussi ses pouvoirs augmenter, elle a le pouvoir d’initiative des lois. La chambre des pairs jouera un rôle plus effacé, verra son poids diminuer. La seule légitimité de Louis Philippe est que la bourgeoisie d’affaire (banquiers, propriétaires de mines, spéculateurs, financiers) l’a choisi et mis au pouvoir.

La classe ouvrière s’est donc fait dépossédé de cette révolution (qui est plutôt une révolte, car au final rien n’a vraiment changé). Elle a vaincu, mais la bourgeoisie n’a aucune envie de se pencher sur son sort. Une petite euphorie s’installe pour quelques temps, mais les représentants de la classe ouvrière se rendent compte dès le 15 août qu’il y a un problème car rien n’a changé. « Qui a vaincu ? C’est la classe pauvre, la classe la plus nombreuse, celle des prolétaires…le peuple, en un mot. Mais la révolte sainte qui vient de s’opérer ne mérite pas le nom de révolution ; rien de fondamental n’est changé dans l’organisation sociale actuelle ; quelques noms, des couleurs, le blason national, des titres, quelques modifications législatives… telles sont les conquêtes de ces jours de deuil et de gloire » (Prosper Enfantin, 15 août 1830). 

Quelques mois plus tard à Lyon éclatera une grande révolte ouvrière, qui se battra elle-même pour ses propres intérêts. C’est la révolte des Canuts.

B – Le combat de la classe ouvrière pour ses intérêts : la révolte des canuts et ses conséquences

La différence avec la Révolution de juillet est que lors de cette révolte des Canuts, la classe ouvrière va découvrir qu’elle forme un ensemble social particulier avec des intérêts spécifiques, propres. La révolution s’étale de 1831 à 1834, il va se cristalliser la conscience d’appartenir à une même classe. Elle marque les débuts, l’acte de naissance du mouvement ouvrier en France.

1 – 1831 et la prise de conscience de la classe ouvrière

Ce grand événement, ce coup de tonnerre révolutionnaire qui va frapper le pays a cette fois lieu à Lyon, grande ville industrielle spécialisée dans le tissage de la soie. Cette activité se réalise autour de différents acteurs : des marchands fabricants (grands négociants) qui distribuent l’ouvrage, la matière premier à tout un ensemble d’ateliers dans lesquels on trouve des chefs d’ateliers et des ouvriers, appelés les canuts. Il se pose un problème en 1831 : le prix d’achat des produits fabriqués (le « tarif ») est trop bas (crise qui fait qu’on vend moins bien les produits de luxe etc). Alors la protestation s’organise, le tarif doit à tout prix augmenter : manifestations, réunions avec les fabricants, on interpelle le préfet etc, et le préfet accepte de poser un tarif plus élevé. Les fabricants acceptent d’augmenter le tarif. Cependant l’euphorie va être de courte durée : une grande partie des fabricants refusent d’appliquer le tarif et ne donnent plus de travail aux ateliers des canuts. Un canut interpelle un patron, qui répond « Si vous n’avez pas de pain dans le ventre, nous y mettrons des baïonnettes ». Le gouvernement intervient, en se rangeant du côté des fabricants, il dit que ce qui a été signé devant le préfet n’a pas force de loi et n’est qu’un engagement d’honneur. C’en est trop pour les ouvriers, le gouvernement de Louis Phillippe qu’ils ont porté au pouvoir un an plus tôt, démontre qu’il n’est pas de leur côté. La colère explose chez les canuts lyonnais et en novembre 1931 la grève sera totale dans la ville. Les barricades renaissent dans la ville, les canuts s’arment comme ils peuvent, et apparaît sur un drapeau noir une inscription souvent reprise plus tard : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Ce qui marque cette insurrection est que toute la classe ouvrière de Lyon se joignent aux canuts qui montent des barricades, pour briser la résistante des grands patrons. Ils mènent ce combat contre l’armée pendant 3 jours, les autorités légitimes de la ville s’éloignent. Les canuts forment leur propre état-major. Dans les faits, ils sont maîtres de la ville, mais pour eux leur objectif n’est pas de faire la révolution, mais juste un meilleur tarif, être payés plus dignement. Effectivement, ils ne vont pas renverser le pouvoir : ils vont rappeler le préfet et le maire. Le préfet et le maire dis oui à tout, ils sont même d’accord pour compenser les pertes de salaires. Ils retireront les barricades puisqu’ils ont atteint l’objectif fixé. C’était sans compter la réaction du gouvernement, qui envoie 30 000 soldats et fait arrêter des milliers d’ouvriers qui ont participé aux révoltes et les expulser de la ville. On fait le vide dans la ville et on déclare le nouveau tarif nul et non avenu. Au final et malgré les nombreux morts tombés dans ces combats, ils n’obtiennent pas ce qu’ils ont demandé.

Cet événement aura un impact décisif, la classe ouvrière en tire des leçons politiques décisives pour le futur. La révolte des canuts et devenu une révolte de l’ensemble de la classe ouvrière, et ils ont pu mesurer le fait qu’ils ne pouvaient compter que sur eux-même étant donné que l’état n’est pas avec eux. Cet événement a pu faire émerger l’idée que la classe ouvrière a une identité propre, et a des intérêts propres contre le gouvernement et les bourgeois. Même dans des journaux bourgeoise on pouvait lire ceci : « Il ne faut rien dissimuler ; car à quoi bon les feintes et les réticences ? La sédition de Lyon a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas.  » (Saint-Marc Girardin, Journal des Débats, 8 décembre 1831). « Ce n’est pas une émeute que vous avez arrêtée, c’est une révolution que vous avez empêchée. 24 heures plus tard nous partions d’ici tout était prêt » (Un député au préfet lyonnais destitué, décembre 1831).

Ce qui manque encore à la classe ouvrière est une politique, inexistante jusque là car elle faisait encore confiance aux autorités. Comment organiser la société de manière à ce qu’elle soit favorable à la classe ouvrière ? C’est en 1834 que cela commencera à prendre forme.

2 – 1834 : l’organisation de la classe ouvrière

Tout cela ne met pas fin à la mobilisation de la classe ouvrière, les grèves et luttes continuent toujours. Ce qui est nouveau est que les ouvriers comment à s’organiser pour pouvoir s’exprimer. Les premières associations ouvrières voient le jour et vont commencer à prendre le nom de syndicats (même si c’est interdit). Des journaux ouvriers commencent à apparaître, pour consciemment exprimer les intérêts du monde ouvrier, s’exprimer en son nom seul. Par exemple « L’echo de la fabrique » est un des premiers à apparaître à Lyon. Dans un de leurs numéros on peut lire « Nous serons le journal de la caste prolétaire tout entière ; à nous donc, artisans de toutes professions, ouvriers travailleurs de toute la France ». « L’écho de la fabrique se suiciderait s’il voulait être autre chose que le journal des ouvriers, le représentant des prolétaires » (extraits de plusieurs numéros de L’écho de la Fabrique, octobre-novembre 1831). On parle ici au nom d’une classe sociale et pas simplement d’un métier (grâce aux ouvriers de l’imprimerie qui savent lire et écrire).

Mais cette classe va aller plus loin : en plus de ça, elle va réfléchir au delà de ses intérêts immédiats (meilleur salaire ou travailler moins), mais elle va se poser la question de changer toute la société, de se demander comment l’organiser différemment. Entre 1831 et 1834, un rapprochement va se faire entre la classe ouvrière et ceux qui se réclament républicains, mouvement existant dans le pays, assez marginal, essentiellement lié à la petite bourgeoisie (artisans, petits commerçants…). Certains républicains, les plus radiaux d’entre eux, commencent à penser que cette république doit avoir pour but l’égalité sociale. « La vraie république c’est le socialisme. Vouloir faire triompher la république en France sans le socialisme c’est absurde » (Pierre Leroux (saint-simonien), 1840). Ces républicains vont vers la classe ouvrière et avec eux fondent des associations politiques ouvrières pour la république. Ces idées prennent : la classe ouvrière va évoluer elle aussi vers l’idée de république, ils espèrent qu’en se battant contre l’état, qui n’était pas de leur côté. Or, cette état est celui de la grande bourgeoisie censitaire. La république est pour eux la solution : le suffrage universel, tous les ouvrier-e-s pourront participer à la vie politique et faire des lois dans le sens de l’égalité sociale. La classe ouvrière veut pouvoir exprimer ses idées via des associations et journaux, afin de transformer l’ordre politique et la société. La bourgeoisie n’acceptera pas ça très longtemps : elle va instaurer des lois d’exception pour brider cette expression ouvrière. On interdit les associations politiques ouvrières. A nouveau Lyon s’embrase, la révolte est à ce moment là beaucoup plus politique : on se bat pour la liberté d’expression, pour la république. Adolphe Tiers, à l’origine de la révolution de 1830 est désormais au gouvernement et ordonne l’écrasement des révoltés de 1834.

3 – Les suites pour le mouvement ouvrier

La répression va s’abattre sur le mouvement ouvrier et républicain dans son ensemble pendant plusieurs mois. Il y aura de nombreux procès, on condamnera à la prison où à la déportation dans des colonies. On prendra à nouveau des lois, celles de septembre 1835 pour bâillonner un petit plus encore la liberté d’expression. Elles imposent en particulier l’aggravation de la censure, et le paiement d’une somme d’argent (une sorte de caution) à l’état pour faire paraître un journal. Il est par exemple interdit de se dire républicain dans les journaux, d’où l’emploi de mots comme radicaux ou démocrates. Il y aura un petit coup d’arrêt du mouvement insurrectionnel à cause de la répression, mais ce qui va progresser malgré tout, ce sont les idées, qui vont se diffuser au sein de la classe ouvrière. Un important mouvement d’idée va se développer dans le mouvement ouvrier, les idées évoluent. Elles vont s’enrichir de deux autres types d’idées qui vont émerger au sein de la classe ouvrière. Les socialistes utopiques sont toujours là, mais ils vont se retrouver à côté d’autres penseurs qui auront d’autres façons de raisonner.

Certains penseurs vont formaliser ce qui se passe dans le mouvement ouvrier et la direction républicaine qu’il prend. Ils vont lier l’idée de démocratie politique avec celle de réforme sociale.  On voit un socialisme qui envisage la transformation de la société comme devant être le résultat d’une transformation de l’organisation économique, mais qui ne le font plus sur des bases utopiques mais sur des bases scientifiques.

  • Louis BLANC, social-démocrate (transformer le régime politique par la voie parlementaire) : c’est en obtenant le pouvoir politique que l’on peut obtenir les changements sociaux. Il pense que le problème essentiel est la concurrence entre les différents industriels. L’état devrait être un organisateur d’ateliers sociaux, qui appartiendraient aux travailleurs. Pour lui, pas la peine de faire la révolution, il suffit de convaincre les capitalistes de la supériorité de ce système de production, et ils abandonneront alors leurs usines. Il compte beaucoup sur le suffrage universel pour faire passer ses idées. Il est très populaire au sein de la classe ouvrière.
  • Auguste BLANQUI (transformer le régime politique par la voie révolutionnaire), ne dit pas trop ce qu’il entend par république. Il dit reconnait l’existence des bourgeois (oisifs, patrons) et qui pillent les masses laborieuses. Pour lui, il y a une guerre entre riches et pauvres. Il pense que la transformation de la société ne se fera pas par la voie parlementaire :  « L’État est le gendarme des riches contre les pauvres. Il faut donc fabriquer un autre État qui soit la gendarmerie des pauvres contre les riches. Ne vous y trompez pas : le socialisme, c’est la Révolution » (Auguste Blanqui, Lettre à Maillard, 1852).. Il pense qu’il suffit qu’un petit groupe de révolutionnaires « professionnels » organisés et prêts à tout, qui prennent les armes pour prendre l’état et le transformer en république populaire. Il pense que toute la classe ouvrière n’a pas besoin de se mobiliser. Blanqui va mettre ses idées à exécution, il organise une société secrète et tente à plusieurs reprises des coups d’état, par exemple il s’attaque à 900 à l’hôtel de ville de Paris en 1839, regardé par une population qui n’est pas solidaire avec ce mouvement. Il sera enfermé plus de la moitié de sa vie pour ses activités politiques d’où son surnom « l’enfermé ».
  • PROUDHON (transformer la société par la voie économique) écrit « Qu’est-ce que la propriété » et est le premier à élaborer une doctrine sociale complète à partir d’un examen plus scientifique de la propriété. « La propriété c’est le vol » car pour lui elle confère à celui qui la détient le pouvoir de percevoir un profit sans travailler. Ici Proudhon met à jour ces mécanismes qui font que  le patron peut s’approprier gratuitement (sans contrepartie) le produit du travail collectif de ses employé-e-s. Il n’a pas payé le résultat de l’effort collectif des travailleurs-euses. « Le capitaliste dit-on, a payé les journées des ouvriers ; pour être exact il faut dire que le capitaliste a payé autant de fois une journée qu’il a employé d’ouvrier chaque jour, ce qui n’est point du tout la même chose. Car cette force immense qui résulte de l’union et de l’harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, il ne l’a point payée. 200 grenadiers ont en quelques années dressé l’obélisque de Louqsor sur sa base ; suppose-t-on qu’un seul homme, en 200 jours en serait venu à bout ? Cependant, au compte du capitaliste, la somme des salaires eut été la même » (Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, 1840). Il commence à percevoir le mécanismes de la plus-value que décrira Marx plus tard. Père de l’anarchisme, Proudhon dit qu’il faut abolir la propriété, mais il reviendra plus tard sur cette conclusion et dira que chacun-e doit pouvoir être propriétaire de ses outils mais pour éviter les problèmes il faudrait enlever à la priorité son pouvoir d’injustice. Il faut rendre impossible l’acquisition d’un revenu sans travailler. Il imagine pour ça de fonder une Banque du peuple : suivant la quantité de travail demandée d’un bien, il pourrait l’échanger contre un autre bien de même quantité de travail derrière. Proudhon est utopiste de ce point de vue là. Il est contre les grèves et insurrections armées, il pense qu’il faut inventer concrètement de nouvelles façons de produire et d’échanger.

Avec ces penseurs on dépasse le stade des utopistes, la classe ouvrière avance dans ses idées. Un nouvel épisode révolutionnaire aura lieu en 1848, qui fera tomber des illusions notamment celles de la république.

CHAPITRE 2 – 1848 et les désillusions de la classe ouvrière

C’est une nouvelle étape qui s’ouvre dans le développement du mouvement ouvrier, elle franchit un nouveau palier : elle va agir pour changer de son propre chef l’organisation politique du pays. Sa ligne politique est républicaine, elle va parvenir à établir la république près de 60 ans après la révolution française. Mais désillusion : il ne faudra pas bien longtemps à la classe ouvrière pour se rendre compte que derrière la république se cachera toujours la bourgeoisie.

Titre 1 – La rupture entre la classe ouvrière et la bourgeoisie : la révolution de 1848

Ce divorce va se faire assez vite : quelques mois après avoir renversé le pouvoir (la monarchie de juillet) en 1848, la période des illusions tombe, et a lieu une rupture entre les deux classes.

Section 1 : Les illusions de février

A- Les causes de la révolution 1848

Il y a en plusieurs qui vont s’agréger et aboutir à cette explosion sociale.

  • La première source de tensions dans la société est qu’il y a une division au sein même de la bourgeoisie. Sous Louis Philippe, la fraction de la bourgeoisie qui domine est la grande bourgeoisie financière. Mais il existe une partie de plus petite bourgeoisie, plus industrielle, presque exclue de la vie politique. L’argent dilapidé dans la finance et la spéculation ne leur sert pas. Cette petite bourgeoisie n’est pas satisfaite de la situation, et est très en colère de la corruption phénoménale au plus haut niveau de l’état.
  • Au cour de l’hiver 46-47 vient se greffer une crise économique venue des mauvaises conditions climatiques qui ont créé de mauvaises récoltes de pommes de terre (maladies) dans toute l’Europe. Il y a une disette, et donc il y a des explosions de colère dans le pays, notamment contre les grands propriétaires terriens. On y crie « A bas Louis Philippe, à bas le gouvernement ! ».
  • C’est un grand moment révolutionnaire en Europe, liées à la transformation des sociétés féodales en sociétés capitalistes. La révolution bourgeoise se fait donc un peu plus tard qu’en France. On a donc un climat de transformation politique qui va impacter la vie des travailleurs-euses.
  • L’élément principal déclencheur est la campagne des banquets républicains. On ne pouvait toujours pas défendre d’idées républicaines avec la censure ; on va contourner cela par l’organisation de banquets à l’issue desquels sont prononcés des discours politiques où vont être exprimées des revendications républicaines. Ces banquets se multiplient au cours de l’année 47. Le roi, inflexible, sent la pression mais n’est pas prêt à libéraliser son régime. Le 22 février 1848, il va décider d’interdire un de ces banquets à Paris. Une manifestations va se former autour de ça, c’est le début de la révolution de 1848.

B- Une révolution ouvrière pour la République

1- Une révolution d’initiative ouvrière

La classe ouvrière a fait ici une révolution politique, de sa propre initiative. Entre le 22 et le 24 février se montent des barricades dans Paris, tous les quartiers populaires se joignent à la révolution et Louis Philippe abdique le 24 et tous les députés quittent le Palais Bourbon : le pouvoir est vacant. Cette révolution d’initiative ouvrière rencontre la sympathie de nombreuses autres catégories sociales : une partie de la bourgeoisie industrielle, la petite bourgeoisie… Immédiatement, un gouvernement provisoire se met en place en attendant qu’on écrive une constitution. Dans ce gouvernement se trouve des représentants de toutes ces catégories sociales (mais seulement deux ouvriers sur une dizaine de membres). Les barricades sont encore en place et les ouvriers dessus. La classe ouvrière va maintenir une pression continue sur le gouvernement, ce qui lui permettra d’avoir certaines mesures politiques et sociales favorables, mais qu’ils n’auraient pas adoptées sans cette pression.

2- L’établissement de la République sous la pression populaire

Ces mesures sont politiques dans un premier temps : la classe ouvrière est méfiante, elle s’était fait avoir en 1830, elle remarque qu’il va falloir de la menace pour arriver à proclamer la République (détachement d’ouvriers en arme menaçants). Le gouvernement provisoire s’incline et le 5 mars sera proclamée la République et institué le suffrage universel masculin. En même temps, dans les premiers jours de son existence, toutes les entraves à la liberté d’expression vont être levées, on sent un souffle de liberté. Mais il fallait que ça aille mieux en terme de conditions de vie, et la principale revendication de la classe ouvrière était le droit au travail. Des délégations d’ouvriers vont demander au gouvernement une législation qui va garantir le droit au travail. Un décret va être signé le 25 février, le droit au travail n’y apparaît pas, mais son principe est à peut près formulé et garantit.

3- Un équilibre fragile entre les différentes classes sociales

Il faut comprendre que ces mesures se sont obtenues parce que les ouvriers mettaient la pression au gouvernement provisoire, mais l’équilibre est fragile. La classe ouvrière a chassé l’ancien gouvernement, mais c’est une autre fraction plus large, un peu moins riche, de la bourgeoisie, qui est à la tête de ce gouvernement et ne prend des mesures que sous la pression. Le gouvernement provisoire est bien conscient de tout ça, et va multiplier les symboles qui vont permettre de créer l’illusion des mêmes intérêts, pour effacer les distinctions de classes sociales. Le but du gouvernement serait de suspendre ce « malentendu » entre les classes. Par exemple le drapeau bleu blanc rouge (rouge = ouvriers). Les ouvriers y consentent. Le mot fraternité apparaît en 1848 pour masquer les différences de classes. Cela dit l’esclavage sera aboli le 27 avril 1848. La classe ouvrière ne s’est pas fait subtiliser la révolution comme en 1830, elle a maintenu a pression, mais cela va réduire avec le temps notamment à cause des illusions. Mais ces illusions ne vont pas tarder à tomber car la bourgeoisie va se montrer de plus en plus dure avec cette classe ouvrière qui se satisfait de ce qu’elle obtient.

Section 2 : La déchirure de juin

La bourgeoisie a pris des mesures de conciliation mais en même temps elle prendra tout un cas de mesures pour encadrer et neutraliser la classe ouvrière, qui va se rendre compte de la supercherie lors des premières élections d’avril.

A- La neutralisation de la classe ouvrière

1- L’encadrement de la classe ouvrière

La bourgeoisie va manœuvrer intelligemment pour encadrer le prolétariat dont elle se méfie : le calme ne durera qu’un temps. Elle va le faire en créant les Ateliers nationaux : on emploie des ouvriers pour leur faire faire des travaux de terrassement, de nettoyage de routes à Paris…Cette mesure a été présentée comme la réalisation du droit au travail. Mais l’objectif était ailleurs et politique : ce que le gouvernement cherchait à faire c’était encadrer les ouvriers et les soustraire à l’influence des idées socialistes rependues partout dans la ville et dans le pays.

2- La chute du mythe du suffrage universel

Cette neutralisation va se faire également à travers l’usage du suffrage universel lors des premières élections qui auront lieu : c’est au cours de ces élections que vont tomber les illusions sur la république de 1848. Le gouvernement provisoire va utiliser les élections, très rapidement il va organiser une élection au suffrage universel masculin, pour élire une assemblée chargée d’écrire une constitution. Cependant il y a un enjeu politique très important derrière ces élections car tout le monde est bien convaincu que c’est n’est pas à Paris que se joueront le sort des élections, mais dans tout le reste du pays. Le gouvernement provisoire pense qu’il faut organiser des élections tout de suite, dès mars alors que la révolution a eu lieu en février. Mais les révolutionnaires ouvriers socialistes qui ont participé à la révolution de février demande d’attendre plusieurs mois avant d’organiser les élections. En effet ils avaient conscience que si les élections avaient lieu tout de suite, elles seraient réactionnaires, on voterait pour les notables ou des républicains modérés, et pas pour les révolutionnaires. Pour cela, il aurait fallu que les militants aillent propager leurs idées dans les campagnes. Les élections ont lieu en avril, et effectivement le résultat des élections est conservateur, la majorité de l’Assemblée est constituée de républicains modérés sans objectifs de réformes sociales, et même des monarchistes. Les notables font voter les paysans à la sortie de la messe.

Cette élection a été un choc pour les républicains socialistes car ils attendaient du suffrage universel un changement de société ; mais l’Assemblée était très conservatrice composée de la bourgeoisie riche. Il y a eu une désillusion dans le suffrage universel et dans la République. Cette désillusion aura pour conséquence de déchaîner la lutte entre le prolétariat révolutionnaire et la bourgeoisie qui vient à nouveau de reprendre le pouvoir. Mai-juin, à nouveau, la révolte de la classe ouvrière se manifeste à nouveau mais sera sévèrement écrasée par la bourgeoisie.

B- L’écrasement de la classe ouvrière

1- La défaite de juin

Les illusions tombent, la république n’est qu’un nouvel habit dont se pare la bourgeoisie pour diriger. Le prolétariat parisien refuse de se faire à nouveau voler sa révolution et va se révolter en juin 1848. Cette nouvelle révolte sera déclenchée par la bourgeoisie, car le 22 juin 1848 la bourgeoisie décide de fermer les ateliers nationaux qu’elle avait ouvert en février. En effet le but étant de neutraliser la classe ouvrière, mais ils sont devenus des foyers d’agitation politique jugés dangereux. La conséquence de cette fermeture est que tous les travailleurs qu’il y avait à l’intérieur se retrouvent sans rien.

On érige à nouveau des barricades et le combat s’engage contre le gouvernement provisoire. C’est un véritable combat entre classes sociales, tout à fait conscient dans la tête des insurgé-e-s. C’est la première fois que ce sera aussi clair. Le gouvernement provisoire arrivera à l’écraser, le ministre de la Guerre Cavaignac dirigera les troupes pour écraser les insurgé-e-s, il y aura des milliers de morts à Paris (entre 4000 et 15 000 morts).

2- La République réactionnaire

Une fois la révolte matée et le prolétariat calmé, les bourgeois républicains vont pouvoir construire leur République. Cette deuxième république aura un caractère antidémocratique affirmé.

a. La réaction juridique : « Silence aux pauvres »

Ils vont notamment écrire une constitution, le 4 novembre 1848. Tout l’objectif de cette constitution, l’organisation des pouvoirs qu’elle réalise, est de faire en sorte de pouvoir se prémunir de toute réaction de la rue, construire un pouvoir qui puisse résister à des mobilisations populaires. Dans cette constitution on rappelle des droits fondamentaux de la DDHC, des principes de la République comme liberté égalité fraternité. Mais en même temps, on trouve écrit que la Constitution a pour base la famille, le travail, la propriété et l’ordre public, soit les principes bourgeois de stabilité sociale. La constitution de 1848 ne contient pas les valeurs pour lesquels le prolétariat avait lutté, on ne trouve qu’une vague référence à un devoir d’assistance très peu contraignant. En ce qui concerne l’organisation des pouvoirs, c’est assez simple : le pouvoir législatif est confié à une assemblée unique élue au suffrage universel, et le pouvoir exécutif est confié pour la première fois à un président de la république lui aussi élu au suffrage universel. La séparation des pouvoirs est stricte, aucun n’a de pouvoirs sur l’autre.

La république va aussi prendre tout un ensemble de lois qui ont un caractère anti-ouvrier assez clair. On referme ce qui avait été ouvert en février : fin de la liberté de la presse (cautionnement, délits de presse…), le gouvernement permet de dissoudre les clubs et réunions politiques jugés subversifs. « Silence aux pauvres » fut le titre de l’article de Henri Guillemin. Au fil des années sont prises tout un ensemble de lois destinées à entraver, contrôler l’état d’esprit de la classe ouvrière. On peut citer la loi Falloux du 15 mars 1850 qui supprime le monopole étatique de l’instruction publique dans le primaire comme dans le secondaire. Cela va profiter à l’église (pas du tout socialiste) qui va pouvoir organiser beaucoup d’écoles, le but étant de soustraire tout un tas d’enfant à l’influence d’instituteurs « soupçonnés » d’être socialistes. La loi du 31 mai 1850 réforme le droit de vote, on ne supprime pas le suffrage universel mais on va y mettre une limite : ne pourrons être électeurs que les personnes qui justifient d’un domicile d’au moins 3 ans dans le canton où ils souhaitent voter. C’est une mesure profondément anti-ouvrière car les ouvriers doivent se déplacer beaucoup, les travailleurs doivent se déplacer pour trouver du travail : ainsi on évacue du droit de vote plusieurs millions d’ouvriers.

b. La réaction politique : le retour de Bonaparte

A partir de juin 1848, la vie politique va changer d’orientation, les idées vont évoluer. Jusqu’à présent, les débats se centraient sur le pour ou contre la république, et maintenant ce sera sur pour ou contre le socialisme. Ceux qui sont contre sont nommés le parti de l’ordre (républicains conservateurs, monarchistes… ont peur que la classe ouvrière reprenne le dessus), et le parti socialiste. C’est le parti de l’ordre qui va l’emporter, leur victoire se manifeste lors de la première élection du président de la République au suffrage universel, c’est un de représentants du parti de l’ordre qui est élu : Louis Bonaparte, appelé Louis Napoléon Bonaparte. La République n’a fait qu’imposer aux paysans des impôts supplémentaires très lourds pour eux. Bonaparte représentait pour les paysans une partie prestigieuse de l’histoire de France etc. Quelques années plus tard, afin de conserver le pouvoir, il va organiser un coup d’état et se déclarer Empereur. Grande leçon pour la classe ouvrière : la république n’est pas une baguette magique, et même si tout le monde voulait la république, ouvriers et bourgeois n’ont pas les mêmes objectifs.

CHAPITRE 3 – 1871 et la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière

Section 1- La montée de l’exaspération populaire à Paris

En juillet 1870 Napoléon 3 va déclarer la guerre à la Prusse. Cela suscitera un mécontentement populaire dont le centre est à Paris. Cela déstabilisera toute la politique du pays.

A- La proclamation de la République

Napoléon décide de déclarer la guerre à la Prusse car il y a un contexte économique et social perturbé, et notamment un climat de peur sociale à la fin des années 1860. Les ouvriers, malgré les interdictions de manifester, reprennent le chemin des luttes sociales. La classe ouvrière commence à avoir des revendications politiques : l’idée commence à germer qu’il faudrait des listes intégralement ouvrières qui se présentent aux élections. Napoléon, pour les calmer, prend des mesures sociales (assistance, logement ouvrier…). Une petite ouverture se fait : la loi Le Chapelier est abrogée par une loi de 1864 : la grève est très encadrée mais légale. Les grèves puissantes se font notamment au Creusot, grande ville industrielle, les grèves se multiplient à la fin des années 60 malgré les quelques mesures prises. La bourgeoisie est craintive face à la classe ouvrière qui continue à se battre malgré tout ce qu’elle a pu subir. De plus, les affaires de la bourgeoisie ne vont pas très bien à cause de la dépression économique (premiers cracks et faillites bancaires…). Une partie de la bourgeoisie pense que la guerre serait un bon moyen de résoudre les problèmes : ça fait repartir l’économie, et on peu embrigader les masses pour les faire combattre un nouvel ennemi. Cela tombe bien car il y a un nouvel ennemi tout désigné à l’époque : l’Allemagne. L’industrie allemande démarre, elle a fait son unification territoriale (juridique et administrative), c’est un état moderne avec un capitalisme qui se développe vite : c’est un pays concurrent qui commence à avoir des prétentions territoriales. La France décide alors de déclarer la guerre à l’Allemagne qui menace la puissance du capitalisme français.

Mais l’Allemagne bat à plate couture les armées françaises, ce qui déclenche une insurrection à Paris en septembre 1870. On s’en prend à Napoléon et on manifeste aux cris de « Vive la République! ». Les principaux chefs d’insurrection formeront un gouvernement provisoire de défense nationale, qui va proclamer le 4 septembre 1870 la IIIe République et donc la déchéance de Napoléon III.

B- Les trahisons des premiers républicains

Cependant la guerre continue. A la fin du mois, les armées prussiennes ont encerclé Paris, c’est cette défaite qui va monter la population contre le gouvernement et révéler la nature bourgeoise de cette République. Le siège de Paris par la Prusse est dur, la vie matérielle et morale y est dure. Les généraux, censés être républicains, ne sont pas très combatifs et ne mènent pas la guerre comme ils devraient. Beaucoup capitulent. Les capitulations s’enchaînent et le 1er mars 1871 un traité de paix sera signé, les conditions en sont très dures. L’Alsace et la Lorraine sont perdues, les indemnités sont très lourdes. La population parisienne est révoltée, elle assimile cette défaite à une trahison du gouvernement et des généraux. En mars 1871 on manifeste contre la Prusse et contre le gouvernement : « vive la république sociale », « vive la commune », « vive la République universelle ». La haine contre les prussiens se double d’une haine contre son propre gouvernement. Alors une opposition naît à nouveau entre la classe populaire parisienne et son gouvernement. Cette opposition s’accentuer au fil des jours. Une nouvelle assemblée sera élue en 1871, une assemblée majoritairement monarchiste, ils vont se donner comme chef du gouvernement… à nouveau Adolf Thiers. Il appris au fil des années depuis 1830 les dangers que représente la classe ouvrière pour les bourgeois. Le gouvernement déplacé à Bordeaux lors de la guerre pour éviter les attaques de Prusses, ne rentrera pas à Paris mais à Versailles. Ils prennent tout un tas de mesures qui affecte la vie quotidienne de la population parisienne : baisse de la solde de la garde nationale. Si les insurgés décidaient d’utiliser l’artillerie contre le gouvernement, ce sera un sacré danger. Il décide d’envoyer une troupe prendre les canons à la population parisienne, or pour les parisiens ces canons étaient vraiment les leurs, fabriqués à partir de leur argent. Quand la troupe arrive dans Paris, c’est l’émeute : la population parisienne se met face à l’armée, et en particulier les femmes se mettent face aux baïonettes pour aller faire se rendre les soldats à leur cause « vous allez tuer des prolétaires comme vous ». Cela se déroule le 18 mars 1971. Les généraux donnent l’ordre de tirer, et les soldats ne tireront pas : ils refuseront d’obéir à leurs généraux, les capturent et les fusillent. La classe ouvrière parisienne se retrouve seule à Paris, elle a le pouvoir dans les mains, elle n’a pas le choix : elle doit l’organiser.

Section 2 – L’établissement d’un pouvoir ouvrier

Toute l’organisation politique, économique et sociale va être réalisée dans l’intérêt exclusif de la classe ouvrière. C’est l’exact inverse des régimes politiques précédents. Ce pouvoir allait conduire à l’émancipation politique et sociale de la classe ouvrière.

A- Le pouvoir politique sous la Commune : l’émancipation politique de la classe ouvrière

Les classes populaires sont maîtresses de la ville à partir du 18 mars 1871 et c’est à l’Hôtel de Ville de Paris (où il n’y a plus d’état) que s’organisera le pouvoir. Il faut reconstruire un nouvel état, on organise des élections le 26 mars, le conseil général de la Commune sera élu. La ville se couvre d’affiches, de journaux, de réunions politiques : la vie politique est très intense, il y a des tas de courants politiques (Proudon, Blanci, Association internationale des travailleurs, communistes, socialistes…). Tout le monde avait bien conscience que ce sont les travailleurs qui allaient gouverner. Le conseil général de la commune a tout d’une nouvelle conception de la démocratie, ouvrière. Ce conseil est composé de 85 membres, la plupart sont des travailleurs manuels (ouvriers et artisans). Edmont de Goncourt, membre de la bourgeoisie des lettres, a bien compris et annonce que la classe ouvrière a pris le pouvoir.

La démocratie ne ressemble à aucune autre organisation politique précédente : suffrage universel bien sur, mais ce qui est très nouveau c’est que ces élus étaient responsables devant leurs électeurs, révocables à tout moment. Ces élus disposent d’un mandat impératif, on leur donne un mandat qu’ils doivent respecter à la lettre. Ces élus ne sont payés qu’au titre d’un salaire ouvrier et pas plus. C’était un organisme ou législatif et exécutif étaient confondus. Il n’y a pas d’armée permanente, tout le monde faisait partie de l’armée : la force armée de la commune c’était la population en armes.

Deux pouvoirs se font face : le pouvoir de Versailles et le pouvoir parisien. L’opposition est très forte. Exemple : « On ne traite pas avec les assassins : si l’Assemblée est à Verseilles c’est pour combattre l’émeute ». En province, quelques villes essayent de faire comme à Paris (Lyon, Toulouse, Narbonne, Saint-Etienne…) et tentent des communes. Elles ne dureront que quelques jours mais ils auront essayé. Rien n’est vraiment préétabli dans la ligne politique de Paris : on est pour la République sociale, on ne veut plus que ça soit la classe ouvrière qui supporte sur ses épaules tout le poids de la société. La particularité de cette commune, dans sa composition et ses idées, est qu’en plus d’être socialiste, c’est l’internationalisme qui ressort. Il y avait beaucoup d’étrangers dans cette commune, qui est une République Universelle. Les nationalités ne divisent pas les travailleurs et travailleuses.

A propos de la place des femmes dans la Commune, elles avaient un rôle fondamental, les armes à la main et des clubs politiques. Elles étaient à égalité avec les hommes, dirigeaient même leurs propres ateliers.

B- Les réalisations de la Commune : vers l’émancipation sociale de la classe
ouvrière

Cette commune a duré deux mois et n’a donc pas pu mettre en oeuvre tout ce qu’elle avait prévu de réaliser. Néanmoins, au cours de ces deux mois, elle n’a embauché plus de mesures qu’aucun autre gouvernement ne l’a fait en faveur de la classe ouvrière (avant comme après elle).

1- Les mesures sociales

Si on qualifie ce gouvernement d’ « ouvrier », ce n’est pas simplement parce qu’il y a à l’intérieur des membres de la classe ouvrière, mais aussi car toutes les mesures qu’ils prennent sont dans l’intérêt exclusif de la classe ouvrière. Exemples : mesures d’urgence, immédiates, vont protéger les travailleurs : assurer un logement à tous et toutes les parisiennes. On prend les logements des bourgeois et ont loge les gens qui n’ont pas de logements. La plupart sont vides car les bourgeois sont partis dans leurs autres maisons ailleurs en France. On interdit les retenues sur salaire des patrons sur les travailleurs-euses, les dettes des petites entreprises aux grands fournisseurs sont suspendues… La commune ne s’est pas contenté de simples mesures d’urgence, elle a aussi commencer à ébaucher une nouvelle façon d’organiser la production, différente du capitalisme. Le décret du 16 avril 1871 dit que les ateliers abandonnés par les patrons appartiennent désormais à des associations ouvrières. C’est un système auto-gestionnaire dans lequel les ouvriers décident de l’organisation de la production. L’assemblée des représentant-e-s de l’atelier décident comment on travaille, qui on embauche, etc. Ces représentant-e-s, comme dans le domaine politique, sont révocables. Une ébauche de nouvelle société était en train d’être réalisée par les communard-e-s.

2- La réorganisation des services publics

Ils vont réorganiser tous les services publics désertés par les hauts fonctionnaires. Ils ont construit une nouvelle forme d’état beaucoup moins bureaucratique. Par exemple le service de la Poste : un ouvrier ciseleur s’est occupé de sa réorganisation, Theisz. Il va organiser toute une procédure de recrutement avec des examens de capacité pour recruter du nouveau personnels. Le statut des agents publics changent, ils sont élus et révocables, ils ont un salaire d’ouvrier. Les employé-e-s avaient leur mot à dire. De plus, l’instruction publique a été totalement démocratisée et rénovée. La première chose sera de proclamer la séparation de l’Eglise et de l’état, ce ne sont plus les curés qui font les écoles. Les instituteur-ice-s sont laïques, et en plus de ça la Commune impose qu’on utilise comme méthode d’apprentissage la science expérimentale et non pas les dogmes religieux, la science sera la base de la source des connaissances à acquérir. Ils ont aussi réorganisé enseignement technique pour les futur-e-s ouvrier-e-s, ils devaient également avoir une très solide culture générale, qu’ils aient la capacité de réfléchir sur le monde en plus d’être des travailleur-euse-s.

Mais la commune n’a duré que 72 jours car les forces d’Adolf Thiers se sont réorganisées pendant ce temps

Section 3 – L’écrasement de la Commune

La Commune a maintenu une défense mais n’a pas attaqué le gouvernement. Les Républicains ont fait de la propagande anti-communards dans tous le pays. Exemple d’une lettre le 23 avril 71 « une dictature qui a inauguré son règne par l’assassinat ». C’est une vraie guerre menée contre les parisien-ne-s. L’armée de la commune n’était pas assez organisée pour être disciplinée et efficace, et avaient refusé de toucher à la Banque de France « argent du peuple » mais derrière Thiers s’en servait…

Le 21 mai 1871 les troupes Versaillaises entrent dans Paris et c’est le début de la Semaine sanglante. La répression a été impitoyable, 20 000 morts en une semaine (sur des critères arbitraires : tous les étrangers, tous ceux qui semblaient avoir porté une arme, tout le personnel médical…). 36 000 personnes arrêtées, une partie mise en prison et une autre déportée en Nouvelle Calédonie.

La bourgeoisie s’est donc vengée de « l’audace » de la classe ouvrière. C’est un épisode très marquant mais dont on parle très peu, toute l’Europe avait les yeux rivés sur Paris et cet épisode a marqué toute la IIIe République. La bourgeoisie sera à partir de là vraiment sur ses gardes.

Troisième partie : Essor et contestation

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