. Les politiques d’allègement et de flexibilisation peuvent permettre de lutter contre le chômage structurel/classique

A. Allègement du coup du travail pour lutter contre le chômage classique

Les néo-classiques considèrent au contraire des keynésiens, et en accord avec la logique de marché, que le chômage trouve sa source dans le trop haut niveau des salaires réels qui encourage les demandeurs d’emplois à se présenter sur le marché du travail, et réduit l’offre de travail des employeurs pour un niveau donné de productivité.

Pour lutter contre le chômage, il faudrait donc supprimer toutes les barrières institutionnelles qui empêchent ou limitent les fluctuations du salaire réel (le SMIC -barrière basse-, les syndicats de travailleurs, les charges sociales, etc.). Cela est d’autant plus difficile qu’en période de ralentissement de l’inflation, cela signifie qu’il faut stabiliser ou diminuer le niveau nominal des salaires. La diminution des couts salariaux réels peut aussi être obtenue par la voie des allègements de charges sociales (mais l’Etat doit ensuite trouver un moyen de compenser la perte de recettes et de cotisations sociale pour le système de Sécurité Sociale française, d’inspiration Bismarckienne) qui peuvent être ciblés sur les populations vulnérables (non qualifiés, femmes…).

FRIEDMAN dit que le chomage est trop généreux et désutile et donc qu’il faut flexibiliser

Limites des politiques néoclassiques

L’un des problèmes de ce type de politique d’abaissement du coût du travail (par exemple, menée en Allemagne par le gouvernement Schröder de 1998 à 2005, et accentué par les lois Hartz en 2003-2005) est qu’il amène au développement du phénomène des « Workings Poors », une frange croissante de la population, à la lisière de l’exclusion sociale, occupe un emploi dont le revenu ne suffit plus à échapper à la pauvreté. De surcroit ce type de politique pose des problèmes de débouchés internes (en Allemagne, cela ne s’est pas produit car les exportations –notamment vers la France- prennent le relais. D’une certaine manière, l’Allemagne de cette façon, exporte son chômage).

Le lien entre flexibilité accrue du marché du travail et faible taux de chômage est loin d’être mécanique. Par exemple, entre 2000 et 2007, la Norvège et l’Irlande ont des taux de chômage structurel inférieurs à 5 %, alors que la rigidité de l’emploi y est maximale (document 2). Les allègements de charges en France qui dépassent les 18 milliards d’euros dans les années 2000 (document 4) n’ont pas empêché le taux de chômage de passer de 7 % à 9 % environ entre 2001 et 2006 (document 1).

Les mesures de flexibilisation du marché du travail peuvent générer des effets pervers incitant les entreprises à maintenir de bas salaires ou à créer des emplois à durée déterminée. En Allemagne, le dynamisme du marché du travail tend à occulter la dégradation des conditions de vie des actifs les moins qualifiés. Par ailleurs, quand les allègements de charges patronales sont compensés par de la TVA sociale, les ménages les plus pauvres qui consacrent une partie plus importante de leur revenu disponible à la consommation vont voir leur niveau de vie diminuer. Au final, la diminution de la demande globale induite par ces politiques peut nuire à l’emploi.

B. Politiques de formation et de flexibilisation pour réduire la composante structurelle du chômage

1. Le chômage incompressible

Une autre façon de lutter contre le chômage consiste à flexibiliser le marché du travail. Il existerait un niveau de chômage quasiment incompressible (composante structurelle du chômage, ou chômage frictionnel), qui correspond aux mouvements normaux d’une économie en croissance (le délai de passage des employés des secteurs en déclin vers les secteurs en expansion, voir plus haut). Il peut donc y avoir un décalage entre l’offre de travail et la demande de travail qui demande un temps d’ajustement : différences géographiques, différences de qualifications, rigidités juridiques (les syndicats d’employeurs expliquent que des entrepreneurs hésitent à embaucher en raison de la peur de ne pas pouvoir se séparer facilement d’un employé sous contrat), etc.

2. Il faut donc appliquer des politiques centrées sur une plus grande flexibilité du marché du travail

Ajustements de la population active

On peut agir sur cette composante structurelle en facilitant les ajustements de la population active, d’une part :

  • encourager à la mobilité géographique et à la mobilité professionnelle,
  • accentuer les efforts de formation et de reconversion des individus pour les mettre en conformité avec les attentes qualitatives des employeurs
  • et, de façon plus controversée, inciter les personnes à sortir de la situation de chômage plus rapidement et à modifier leur arbitrage loisir/travail qui conduit à une « trappe à inactivité » (diminution des allocations chômage compensatrices, mise en place de revenus incitatifs comme le RSA en 2009…).

Ajustements de la production

Et en facilitant l’ajustement quantitatif et qualitatif de la production des entreprises aux variations et fluctuations de la demande, d’autre part :

  • Bernard Brunhes distingue 5 types de flexibilité : flexibilité quantitative interne (temps de travail annualisé et flexible, temps partiels, heures supplémentaires…), flexibilité qualitative/fonctionnelle interne (postes polyvalents et tournants, reconversions en interne…), flexibilité quantitative externe (contrats courts, assouplissement des conditions de licenciements…), flexibilité qualitative externe (intérim, sous-traitance, externalisation de services, délocalisations partielles…), et enfin flexibilité salariale (qui de fait, constitue un transfert des risques de l’activité entrepreneuriale vers le salarié, pourtant juridiquement subordonné).
    Flexibilité du marché du travail : Pour les entreprises, capacité d’adapter rapidement le volume (flexibilité quantitative), le prix (flexibilité salariale) et la qualité (flexibilité fonctionnelle) de la main d’oeuvre utilisée, aux variations du marché des biens et services (évolution de la demande de la clientèle et de l’offre des concurrents).
  • Développement de la Flexisécurité, système d’inspiration scandinave (Danemark), où l’Etat et les entreprises proposent une sorte de « contrat d’inactivité transitoire » avec des droits sociaux et à la formation garantis et financés, pour le chômeur transitoire. Le principe est de ne pas protéger le contrat de travail (la sortie est facilitée, mais l’entrée aussi) et de renforcer les actions pour rendre profitable les périodes d’inactivité transitoires (formation, période familiale, etc.). Par analogie, on passerait d’un monde où le mariage est stable (on s’engage pour la vie) à un monde d’expériences conjugales répétées et diversifiées. La rupture ne serait alors, plus alors un échec définitif et individuel, mais simplement une étape positive et acceptée socialement, vers autre chose.

Facteurs de la flexibilité

La progression des logiques de flexibilité signe (apparemment) la fin du fordisme, dans la mesure où ce système de production, était plutôt fondé au contraire sur une logique d’adaptation de la demande à l’offre (filière inversée, création de stock, standardisation des produits). Les facteurs de développement de la flexibilité sont nombreux :

  • L’incertitude croissante des marchés (instabilité et variabilité plus grande de la demande, demande de diversification)
  • La concurrence accrue entre entreprises (mondialisation et ouverture des frontières, déréglementations)
  • Les nouvelles technologies qui facilitent le développement de la flexibilité
  • L’évolution des rythmes sociaux qui entraîne une demande de flexibilité des horaires (travail féminin à temps partiel)
  • Les pouvoirs publics qui facilitent le développement de la flexibilité pour lutter contre le chômage (mais cette politique d’aide se heurte à l’effet d’aubaine)
  • Le chômage qui fragilise les salariés et les conduit à accepter des emplois plus flexibles

Limites de la flexibilité

Le problème des politiques de flexibilisation du marché du travail est qu’elles conduisent à même temps à l’accentuation de la précarisation de la population (incertitude professionnelle permanente qui décourage la consommation et l’investissement), à la progression des inégalités, de la pauvreté et des « Working poors » (emplois très peu payés, voir plus haut, l’exemple des réformes Hartz en Allemagne, 2003-2005).

II. Mais ces politiques ne sont pas suffisantes : encore faut-il que le chômage soit lié au coût du travail. Politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale pour lutter contre le chômage keynésien.

Selon les économistes keynésiens (de John Maynard Keynes, 1883-1946), le marché du travail n’existe pas, car l’offre de travail n’en est pas une au sens théorique du terme. Seuls les entrepreneurs demandeurs de travail, décident exclusivement du niveau d’emploi dans une économie, car les offreurs de travail sont réduits à ne prendre que ce qu’on leur propose.
Quels sont donc les critères de décision des entrepreneurs ? Selon Keynes, les entrepreneurs sont beaucoup plus sensibles au niveau de demande globale attendue (demande effective) qu’aux conditions de financement de leurs investissements (comme le soutient le courant néo-classique).

A. Contre le chômage conjoncturel ou keynésien, il faut relancer

1. Le chômage keynésien trouve sa source dans l’insuffisance de demande effective

L’économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946) remet en cause la théorie du chômage volontaire développée par les néo-classiques. En effet, pour Keynes, le marché du travail n’est pas un marché comme les autres et il n’existe aucun mécanisme permettant, sur ce marché, le retour à un équilibre de plein emploi. Au contraire, la situation la plus courante est un équilibre de sous-emploi dû à une insuffisance de la demande anticipée (ou demande effective pour les keynésiens). Dès lors, il ne peut exister qu’un chômage involontaire lié à une mauvaise conjoncture économique.

Edmond Malinvaud, avec sa « théorie du déséquilibre », met en évidence un chômage keynésien : l’insuffisance de la demande sur le marché des biens provoque une insuffisance de la demande sur le marché du travail car les entreprises, par manque de débouchés, n’augmentent pas leurs capacités de production et ne créent pas d’emplois, provoquant un chômage involontaire.

D’un point de vue global et macroéconomique, les entreprises sont sensibles selon Keynes, aux perspectives d’évolution de leur clientèle, c’est-à-dire au niveau global de consommation des ménages (qui conditionne les ventes et le niveau de profit), et au niveau des investissements des autres entreprises (achat de biens de production, qui constitue donc un flux de consommation pour les entreprises intervenant dans le secteur des biens de production) ce qui entraine des processus cumulatifs.
Quand la demande attendue (effective) augmente en situation de sous-emploi, les entrepreneurs lancent de nouveaux projets d’investissements (de capacité et de productivité), et donc augmentent le niveau de production et leurs embauches. Cela de fait, aboutit à distribuer du revenu supplémentaire à la population, qui consomme davantage (les plus pauvres ont une propension à consommer plus forte), ce qui permet ensuite de valider les prévisions optimistes sur l’évolution de la demande.

Demande anticipée : Demande globale de biens de production (investissement) et de biens de consommation anticipée (prévue, évaluée ex ante) par les entrepreneurs, et qui conditionne leurs décisions de production et d’embauches actuelles.

A l’inverse, une situation de crise comme en 1929 ou 2008, a toutes les chances de se maintenir et de s’amplifier (équilibre de sous-emploi), les remèdes néoclassiques (diminution des salaires réels) ne faisant qu’accentuer la récession en réduisant les débouchés selon les Keynésiens. On rappelle néanmoins, que les théoriciens néoclassiques, dans la lignée de la loi de JB Say, considèrent d’une part, que les entreprises ne peuvent connaitre de problèmes globaux de débouchés puisque chaque paiement de facteur de production devient automatiquement un revenu à plus ou moins long terme, et d’autre part, que les entrepreneurs sont plus sensibles aux conditions de financement de leurs projets sur le marché des fonds prêtables, et donc au niveau d’épargne dans un pays (c’est l’exact contraire de la théorie keynésienne).

2. Il faut donc appliquer une politique de relance, grâce au rôle de l’Etat

La solution Keynésienne consiste principalement à redonner un rôle fort à l’Etat. La dépense publique doit être conçue comme un appoint et un stimulant de la dépense globale privée : quand les perspectives macroéconomiques (cf. Carré magique de Kaldor) ne sont pas bonnes, l’Etat doit dépenser directement en projets d’investissement, redistribuer du pouvoir d’achat ou réduire les impôts (politique budgétaire de relance) et favoriser les dépenses privées (politique monétaire de bas taux d’intérêt encourageant les investissements et la consommation à crédit).

La crise financière qui a touché l’ensemble de l’économie mondiale a contracté l’activité économique, provoquant une montée du chômage que l’on peut assimiler à un chômage keynésien. Les pouvoirs publics ont réagi en mettant en œuvre des plans de relance destinés à soutenir la demande. Ceux-ci se sont traduits par une hausse des dépenses publiques correspondant à 5 % du produit intérieur brut (PIB) mondial (document 1).

Les mesures de relance ne concernent pas seulement la hausse des dépenses publiques mais également la baisse des impôts sous forme de réduction de la TVA ou de crédits d’impôts. L’objectif est d’accroître le revenu disponible des agents économiques pour atténuer la récession en limitant la baisse de la consommation et de l’investissement.

B. Le chômage peut être lié à une inadaptation structurelle entre les évolutions de main d’oeuvre et les emplois proposés

Nouveaux secteurs, nouveaux besoins

Limites des politiques keynésiennes

Les politiques Keynésiennes sont globalement moins efficaces que pendant les « Trente glorieuses », et les années 1970 (échecs des plans de relance de 1975, de 1982), car elles se heurtent aujourd’hui à quatre grandes difficultés (même si la relance mondiale de 2008-2009 a relativement bien fonctionné) :
– la mondialisation économique et l’ouverture des économies nationales (avec le pouvoir d’achat supplémentaire les consommateurs peuvent par exemple, acheter des produits importés, ou encore, les entreprises nationales financées par des capitaux internationaux, doivent mieux rémunérer ces capitaux ce qui complique le partage de la valeur ajoutée et peut déprimer la demande nationale),
– le comportement variable des entreprises (confrontées à une hausse de la demande, les entreprises non concurrencées peuvent simplement augmenter leurs prix provoquant de l’inflation, tandis que les entreprises concurrencées peuvent demander une augmentation de la production à effectif constant –gains de productivité- ou délocaliser) et des ménages (le revenu supplémentaire distribué peut être épargné plutôt que dépensé, pour des motifs de précaution).
– les contraintes de financement des Etats (les déficits budgétaires accumulés accroissent le montant total de la dette et la charge de la dette, créant un effet boule de neige) rendent difficiles toute nouvelles dépenses publiques.
– La difficulté de diagnostic et le délai d’action des remèdes. En effet, un pays peut connaitre une situation de chômage classique dans certains secteurs (salaires manifestement trop élevés, au regard de la productivité moyenne du secteur) et de chômage keynésien dans d’autres secteurs (insuffisance de la demande avec un niveau d’épargne trop élevé), ce qui complexifie l’intervention publique, d’autant que les mesures prises mettant en moyenne 6 mois à agir, peuvent agir à contretemps à ce moment-là.

 

 

Politiques de l’emploi et rôle du travail et de l’emploi dans l’intégration sociale

Le chômage massif est d’abord un gaspillage de ressources économiques (une main d’oeuvre disponible non employée, alors que les besoins sont importants). C’est aussi un problème social important (voir plus haut). L’Etat peut alors conduire des politiques sociales de l’emploi, qui ne visent pas à éliminer les causes économiques du chômage, et se contentent simplement de soulager temporairement les populations victimes pour rendre la situation supportable.

A. Formes actives et formes passives

Les formes de cette politique sociale sont nombreuses et variées, pour un résultat ambigu (il ne s’agit que d’un pansement) :

  • Politique dites « actives » : allègements de charges ciblés ou non (qui est pragmatiquement une forme de subvention à l’embauche pour permettre le recrutement), création d’emplois subventionnés pour des populations ciblées (emplois aidés comme le Contrat d’Avenir pour les jeunes sans qualifications, femmes isolées, personnes âgées), programmes de formation et de reconversion financés publiquement
  • Politiques dites « passives » : allocations spécifiques pour les chômeurs de longue durée, programmes publics de chômage technique et de retrait d’activité (pré-retraites), etc.

B. La fragilisation du lien entre travail et intégration sociale

Le travail était un élément important de l’intégration sociale (processus d’affiliation à un groupe social) pendant les « Trente Glorieuses ». La population se définissait d’abord par rapport à la place dans le monde professionnel, et les individus construisaient leur estime de soi dans le travail.
Historiquement, c’est d’ailleurs de la classe ouvrière, et salariée, que sont venues des avancées sociales qui ont ensuite été étendues à l’ensemble de la population. Plusieurs auteurs (déjà étudiés) soulignent la transformation et la disparition progressive de cet ancien modèle d’intégration par le travail.

Salariat : Système d’organisation juridique du travail dans lequel l’employé reçoit une rémunération forfaitaire (le salaire, en général sur une base mensuelle) en échange du travail fourni (location de la force de travail) et d’une subordination (obligation de suivre les instructions de l’employeur).

C. L’effritement de la société salariale

Le sociologue Robert Castel évoque un effritement de la société salariale à partir de la fin des années 1970, suite aux transformations de l’emploi. La multiplication des formes de flexibilité laisse progressivement l’individu seul dans sa relation au travail, sans garanties collectives, face à de multiples employeurs successifs, pour lequel il n’y a plus de relation d‘attachement. Castel identifie trois problèmes : la déstabilisation des stables, l’installation dans la précarité d’une partie importante de la population, un déficit d’emploi produisant des « surnuméraires ». En croisant un axe d’intégration par le travail et un axe d’inscription dans les réseaux familiaux et de sociabilité, Castel va proposer une analyse du processus de passage progressif entre :

  • la zone d’intégration (travail stable, réseau relationnel solide),
  • la zone de vulnérabilité (précarité de l’emploi et fragilité relationnelle),
  • la zone d’assistance (absence d’emploi et de lien compensée par l’assistance collective)
  • la zone de désaffiliation (absence d’emploi et isolement social).

Cette analyse récuse une approche simple en termes d’exclusion/inclusion.

Précarité : Situation d’une personne ou d’un groupe ne disposant pas d’un emploi stable (cumulé souvent avec un logement fragile et des revenus aléatoires), ce qui empêche de se projeter de façon certaine dans l’avenir.

D. Le contrat implicite générationnel

Jean Paul Fitoussi parle par ailleurs, d’une rupture du contrat implicite générationnel en matière d’avancement à l’ancienneté et de productivité, les « jeunes » financent par compensation la perte d’efficacité relative des « vieux » en acceptant des salaires moindres. Aujourd’hui, le jeune formé aux compétences rares et demandées, veut tout de suite, une rémunération alignée sur sa productivité réelle, au risque de devoir souffrir à un âge plus avancé (dans un contexte de taux d’intérêt élevés, les agents raccourcissent leur horizon temporel, ce qui entraine une dévalorisation de l’avenir, et donc une préférence plus forte pour les revenus présents).

E. L’intégration disqualifiante

Le sociologue Serge Paugam complète l’analyse de Castel, à la suite d’un travail d’enquête, en croisant deux variables (satisfaction au travail et stabilité dans l’emploi) pour identifier 4 types d’intégration sociale par le travail :

  • intégration assurée (le modèle du CDI des « Trente glorieuses »)
  • intégration laborieuse (où l’on dispose d’un emploi stable mais peu satisfaisant, comme un emploi bureaucratisé)
  • intégration incertaine (où l’on dispose d’un emploi satisfaisant mais peu stable), et intégration disqualifiante (emploi précaire, et non satisfaisant). L’intégration laborieuse et l’intégration disqualifiante progressent. Le travail sous l’effet du chômage de masse croissant et des logiques de précarisation, ne remplit donc plus aujourd’hui sa fonction d’intégration sociale.

Caractère dynamique du marché du travail

Chaque jour en France, de l’ordre de 10 000 emplois sont détruits et crées dans des secteurs différents (cf. travaux de Pierre Cahuc). Les médias nationaux tendent à surévaluer les destructions d’emplois, en négligeant le processus parallèle et continuel de créations d‘emplois dans les secteurs dynamiques (cf. destruction créatrice de J. Schumpeter, et tertiairisation qui s’explique notamment par les gains de productivité).

A. Stock et flux

L’ensemble des chômeurs est donc perçu comme un stock de personnes en situations difficiles, qui ne parviennent pas à retrouver un emploi. Or, il s’agit surtout d’un flux : il y a bien 3-4 millions de personnes au chômage, mais chaque jour ce ne sont pas les mêmes (avec un rythme de 10 000 jour, en 3 mois, 1 million de personnes retrouvent un emploi, en un an, l’ensemble du « stock » est théoriquement renouvelé).

Taux de chômage : Nombre de chômeurs divisé par le nombre d’actifs (comprenant la population occupée et les chômeurs).

B. Chômage structurel

Les véritables problèmes sont les problèmes de reconversion et de requalification, le chômage de longue durée (chômeurs de plus d’un an), et le chômage répétitif (alternances de périodes de petits emplois et de chômage). Ces types de chômage entrainent un effet d’hystérèse : plus la personne s’installe dans le chômage et moins elle a de chance de s’en sortir (les employeurs sont très sensibles à l’effet de signal négatif d’un chômage prolongé). Ainsi un individu au chômage par insuffisance de qualification peut rester en situation de chômage et devenir inemployable, alors même qu’il a éliminé cette cause en se formant.

C. Taux d’emploi et taux de chômage

Rappelons qu’il ne faut pas confondre le taux d’emploi (rapport actifs occupés/personnes en âge de travailler 15 à 64 ans, y compris donc les inactifs) et le taux de chômage (actifs non occupés/actifs disponibles, excluant donc les inactifs). Le taux d’emploi traduit la capacité d’une économie à mobiliser ses ressources en main d’oeuvre et ses compétences, et permet d’observer l’évolution du comportement de la population (femmes qui désirent travailler, recul de l’âge de scolarisation, etc.).

Taux d’emploi : Rapport entre la population ayant un emploi et la population totale en âge de travailler (en général de 15 à 64 ans). Cet indicateur permet d’évaluer par comparaison internationale, le potentiel de main d’oeuvre disponible d’un pays.

Par exemple, on peut observer qu’en moyenne en 2011, 12 240 000 femmes de 15 ans ou plus ont un emploi, soit 46,7 % de l’ensemble des femmes âgées de 15 ans ou plus. Le taux global en France est de l’ordre de 64%.
En 2011, le taux d’emploi des jeunes de 15-24 ans (30%) et des personnes âgées de plus de 55 ans (41,5%) est anormalement bas en France comparé aux autres pays OCDE.

D. Structure des emplois

Par ailleurs, la structure des emplois se modifie constamment sous l’effet du progrès technique, de la concurrence internationale, et des variations parfois brutales de la demande des consommateurs (qui se porte sur des secteurs variés).

  • D’une part, les offreurs de travail (= demandeurs d’emplois) sont confrontés à une demande croissante de travail qualifié et à une diminution progressive de la demande de travail non qualifié (= emplois non qualifiés). Cette progression des qualifications dans l’emploi nécessite un effort accru de formation pour augmenter les niveaux de qualifications individuelles, et accentue les conséquences négatives d’un échec de la formation initiale (exclusion scolaire, sentiment de responsabilité individuelle, déclassement social, paradoxe d’Anderson) ou continue.
  • D’autre part, les emplois se concentrent aujourd’hui dans le secteur tertiaire, secteur des services (près de 80% de la population active en France en 2012, contre 35% en 1945), et on assiste à une désindustrialisation.

Qualifications : L’ensemble des aptitudes ou capacités attestées (savoir être, savoir-faire, savoirs) pour un individu, ou l’ensemble des aptitudes nécessaires pour occuper un poste.

Chômage et processus d’exclusion : difficultés économiques et sociales

Les individus qui connaissent des périodes de chômage répétitif et/ou prolongé, font face :

  • à des difficultés économiques nombreuses qui expliquent la progression récente de la pauvreté en France mesurée par un seuil de pauvreté relatif fixé en Europe à 60% du revenu médian pour une personne (perte de revenu du travail que ne compensent pas les revenus sociaux de substitution –RSA, allocations familiales, allocations spécifiques-, diminution du niveau de vie et situation de pauvreté, impossibilité de constituer un patrimoine et disparition de l’épargne…)
  • qui amplifient et/ou donnent naissance à de très nombreuses difficultés sociales (perte de repère et d’identité professionnelle, dévalorisation du soi, divorces et difficultés conjugales, conflits familiaux, éloignement des amis et appauvrissement des relations associatives, déménagements répétitifs et isolement social, problème de logements et d’insalubrité des logements, mauvaise alimentation, problèmes de santé, problèmes de transports, diminution de la sociabilité, conflits de voisinage, délinquance, etc.). Le sociologue Robert Castel parle d’un processus de « désaffiliation sociale » pour désigner ce processus de dégradation régulière et par étapes, et qu’il faut opposer à une vision trop brutale en termes d’exclusion/inclusion.

Pauvreté : Situation de manque des ressources jugées légitimes dans un espace social donné. C’est une situation relative, et multidimensionnelle (cumul de handicaps sur les conditions de vie, les revenus, le réseau social) Elle se mesure monétairement, généralement, à partir d’un seuil correspondant à 60% du revenu médian par unité de consommation.

Chapitre 12 – Politiques pour l’emploi

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