I. La société est une nécessité pour l’espèce humaine et une contrainte pour l’individu

C’est par sa relation à autrui et par le langage que l’homme peut se rapporter à un monde humain, hors duquel l’existence ne saurait avoir pour lui de signification véritable. Le rapport de l’homme au monde et à la nature doit être médiatisé par la société. Pourtant, cette coexistence originaire ne va pas de soi : la résistance que chacun oppose secrètement aux contraintes collectives, ou tout simplement le désir de solitude montrent que l’individu réclame pour lui-même le droit d’exister aussi selon ses intérêts propres. Quels sont donc les rapports de l’individu à la société ?

II. L’individu est un produit de la société

En dehors de la société, l’individu n’est qu’une abstraction ; héritier des générations qui le précèdent, tout homme reçoit de la société les conditions de son épanouissement. L’homme ne peut donc pas sans injustice se désolidariser du corps social. On pourrait même affirmer avec Auguste Comte que les hommes ont surtout des devoirs envers la société. Mais s’il est vrai que l’espèce humaine est nécessairement sociale, on peut douter de la sociabilité naturelle des hommes qui la composent. C’est en évoquant cette contradiction que Kant, dans Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique pose le principe de l’insociable sociabilité, mais pour en souligner aussitôt la fécondité. La société est différente de la communauté : la communauté s’enracine dans un patrimoine et dans une histoire commune. C’est un sentiment naturel et presque animal de solidarité qui unit ses membres. Dans la société au contraire, les liens sont plus économiques que sentimentaux et aussi plus abstraits. Les rapports sont fondés sur l’échange et sur la division du travail, qui parfois mettent en péril la solidarité.

III. L’individu, la communauté et l’état

A. Les contraintes et les règles sociales ; la naissance de l’état

L’organisation de la société suppose des règles qui s’imposent à l’individu. Quand la société se confond encore avec la communauté, c’est le cas des sociétés primitives, les régles émanent de la collectivité elle-même. Chacun veille à ce qu’elles soient respectées et le pouvoir politique n’est pas séparé de la société. On peut alors dire que ce sont des sociétés sans états. En effet, l’état, c’est l’ensemble des institutions politiques, juridiques, militaires, administratives et économiques qui organise une société sur un territoire donné.

  • La notion d’état suppose d’abord la permanence d’un pouvoir et l’état n’apparaît que lorsque le pouvoir s’institutionnalise, c’est à dire qu’il cesse d’être incarné dans la personne d’un chef.
  • En second lieu, l’état suppose la « res publica », la chose publique : si le pouvoir n’appartient plus à un chef, c’est qu’il définit un espace public, commun à tous ; on peut dire en ce sens que tout état est une république.

Longtemps, l’autorité de l’état s’est enracinée dans la monarchie de droit divin, et y a trouvé sa légitimité. Au XVIIIème, les théoriciens du contrat vont montrer que l’état ne peut se légitimer que dans le cadre du pacte social, accord entre tous les hommes pour reconnaître une autorité choisie, consentie, et non pas imposée. C’est à partir de cette nouvelle conception de l’état que la justice va prendre un nouveau visage.

Les hommes naissent libres et égaux en droit ; par conséquent, aucun pouvoir n’est fondé s’il ne repose sur leur libre consentement. Par le pacte social, les hommes vont renoncer à agir de leur propre chef, renoncer à leur liberté instinctive et pulsionnelle, qu’ils subissent et dont ils sont victimes les uns et les autres. Ils acceptent donc de se soumettre à l’autorité de l’état, qui en échange doit leur garantir paix civile, liberté dans le cadre de la loi, justice civile : c’est l’état de droit. Pour parler d’état, il faut qu’un organe de pouvoir émerge du corps social et se situe au dessus des groupes et des individus. Pour être efficace, il nécessite la force, « le monopole de la violence physique et légitime » dira Auguste Comte. L’état se présente alors comme un instrument nécessaire de l’ordre social au service de l’intérêt de tous, c’est à dire de la société dans son ensemble.

B. Le pouvoir de l’état

Cf. la justice et le droit. Le pouvoir de l’état est donc un pouvoir fort, capable de briser les résistances qu’on lui oppose. Il contient donc lui-même un élément de violence. Son origine est donc problématique : n’est-il pas l’expression pure et simple du droit du plus fort ? Pourquoi les hommes acceptent d’obéir ? Comment un tel pouvoir peut-il s’établir durablement ?

Le pouvoir de l’état est nécessaire et les hommes acceptent l’obéissance car elle est dictée par la raison. Mais ces explications sont insuffisantes pour ceux que l’on nomme les théoriciens du contrat (Hobbes, Locke, Rousseau, Spinoza) : aucun pouvoir n’est fondé s’il ne repose sur le libre consentement des hommes : c’est à dire le renoncement volontaire et réfléchi au droit naturel qui lui permet d’agir selon son propre chef.

Un tel renoncement n’est possible que s’il comporte quelques avantages : il est plus facile de s’en remettre à un pouvoir commun que de tenter seul de faire appliquer la loi. Il s’agira donc d’établir le pacte social ou contrat qui garantira la sûreté et la liberté des individus en garantissant les lois. Les individus ne devront obéissance à l’état que si celui-ci leur garantit en échange liberté et sécurité, si donc il respecte ses devoirs.Pour Rousseau, par exemple, l’état doit se fonder sur la liberté, et doit être l’expression de la volonté générale : le peuple, à travers l’état, n’obéit qu’à lui-même.

Conclusion

Une question reste posée : quelles sont les limites possibles ou souhaitables du pouvoir de l’état ? Si la revendication d’un droit de l’individu au respect de sa liberté et de son existence privée peut parfois être comprise négativement comme l’expression d’un égoïsme naturel, elle exprime aussi le fait que la dignité et la valeur des personnes ne sauraient être subordonnées à quoique ce soit d’autre.

Chapitre 13 – La société, le pouvoir, l’état

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