I. L’intégration européenne

A. Les 5 degrés d’intégration (Bela Belassa, 1961)

L’intégration européenne est un cas particulier d’un phénomène plus large de régionalisation des économies, caractérisé par la mise en place d’accords régionaux entre pays d’une même zone géographique. L’économiste hongrois Bela Belassa décrit dès 1961 (The theory of economic integration, 1961), les cinq degrés d’intégration économique (constitution d’une espace économique commun) :

  • 1 : LCB = ZLE
    Dans une zone de libre-échange (ZLE) les pays membres éliminent entre eux les droits de douane de façon à permettre la libre circulation des biensd’un pays à l’autre (ce qui devrait stimuler la concurrence à l’échelle de la zone). Mais chaque pays membre conserve sa propre politique douanière vis-à-vis des pays hors zone. Exemple : L’Europe depuis 1957, l’ALENA depuis 1992.
  • 2 : ZLE + DC = UD
    L’union douanière
     admet comme la ZLE, la libre circulation des produits mais propose en plus, la pratique d’une politique commerciale commune à travers l’instauration d’un tarif douanier extérieur commun, envers les pays hors zone (DC, douane commune) pour éviter que certains pays aux tarifs douaniers faibles soient des plateformes d’entré à bas prix dans l’UE.
  • 3 : UD + LCCH = MU
    Le marché unique
     en plus de la libre circulation des biens, admet celle des capitaux financiers et des hommes. Par ailleurs, il établit une harmonisation de la réglementation en vigueur dans les différents pays (droit de la concurrence, droit fiscal…). Exemple : L’Europe depuis 1993.
  • 4 : MU + HPE = UE
    L’union économique
     ajoute aux principes du marché unique, l’harmonisation des politiques économiques (les chefs d’état se rencontrent régulièrement). En effet on ne peut pas mener des politiques différentes selon les endroits, sinon la population migrerait vers les pays à politique sociale avantageuse. 28 membres de l’UE.
  • 5 : UE + MC = UEM
    L’UEM (union économique et monétaire), enfin, a pour objectif la mise en place de politiques économiques communes (complexe en pratique), d’un taux de change commun et d’une monnaie commune. Exemple : L’Europe depuis 1999 (zone euro) 19 membres. Libre circulation des biens + douane commune + libre circulation capitaux/hommes + harmonisation des politiques + monnaie commune= UEM

Union économique et monétaire : dernière étape du processus d’intégration économique de l’Union européenne, caractérisé par l’introduction d’une monnaie unique (l’euro géré par la banque centrale européenne)

B. Les objectifs de l’intégration européenne

L’intégration (= assemblage dans un ensemble plus grand) des pays européens s’est d’abord fondée sur des logiques économiques. Elle vise fondamentalement deux objectifs généraux doubles, présents dans l’article fondateur du Traité de Rome :

– Un double objectif politique :

  • profiter d’une proximité géographique et culturelle qui facilite naturellement les échanges économiques, pour créer un nouvel acteur international de premier plan mondial dans un contexte de Guerre Froide (l’utopie des Etats Unis d’Europe, formulée en 1848 par Victor Hugo, puis en 1948 par Churchill, que l’on encourage par un processus d’homogénéisation et par la fabrication de normes communes, par des échanges culturels, des échanges d’étudiants…)
  • et surtout, éliminer pour l’avenir, les risques d’affrontements et de guerres entre pays européens (souvenir de la seconde guerre mondiale), en utilisant l’interdépendance économique et le croisement des intérêts, pour rendre la guerre sans objet (cf. Montesquieu : le doux commerce).

– Un double objectif économique attendu du marché unique européen :

  • agrandir la taille des marchés pour permettre la réalisation d’économies d’échelle pour les entreprises européennes, qui peuvent alors renforcer leurs tailles, capables ensuite de conquérir des marchés extérieurs à l’UEM (avantages comparatifs et gains de productivité nés de la spécialisation)
  • accentuer la pression concurrentielle sur les entreprises européennes de la zone pour les obliger à des efforts de modernisation et de productivité(compétitivité structurelle obtenue par des dépenses privées de R&D, et des innovations) et à la diminution des prix (compétitivité prix obtenue par la rationalisation de la production et la disparition des rentes de situation), au bénéfice des consommateurs (progression des pouvoirs d’achats). Objectif de rattraper les USA beaucoup plus productifs que l’Europe à l’époque.

Article 2 du Traité de Rome, 1958 (qui met en place le marché commun) : « La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, et par le rapprochement progressif des politiques économiques des Etats membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie, et des relations plus étroites entre les Etats qu’elle réunit ».

L’UE se voudrait un « cocon » protecteur : plus le monde est dangereux, plus elle veut s’unir.

Intégration économique : processus par lequel plusieurs économies nationales constituent un même espace économique au sein duquel les obstacles aux échanges tendent à être abolis.

C. Les étapes historiques de la construction européenne

  • 1951 : BeNeLux, la RFA, l’Italie et la France créent la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui établit la libre circulation de ces produits.
  • 1957 : le traité de Rome, signé par les 6 états de la CECA, créent la Communauté économique européenne (CEE) qui instaure la ZLE.
  • 1962 : la Politique agricole commune (PAC) est mise en place.
  • 1972-1973 : 1er élargissement : Irlande, Danemark et Grande-Bretagne (Europe des 9). + serpent monétaire (abandon de la convertibilité du dollar en or > passage des taux de change flottants dans le monde > passage aux taux de change fixes en UE)
  • 1975 : le Fond européen de développement économique et régional (FEDER). Tatcher « I want my monet back! » (l’UK paye plus qu’elle ne reçoit)
  • 1979 : serpent approfondi, devient le Système monétaire européen (SME) (chaque monnaie est alors définie avec un taux quasi fixe avec une marge de 2.5%, par rapport à une monnaie fictive commune, l’ECU : European Currency Unit ; si la valeur de la monnaie fluctue plus de 2.5% au dessous ou au dessus de l’ECU, les BC interviennent)
  • 1981 : entrée de la Grèce, 2e élargissement
  • 1986 : entrée de l’Espagne et du Portugal, 3e élargissement. Et l’Acte unique européen, le Marché unique débute (suprression des barrières non-tarfiaires, harmonisation des règles, principe de subsidiarité = l’UE ne peut intervenir dans tel domaine (loi…) que si elle y est plus efficace que l’état, elle ne doit pas bouleverser le pays).
  • 1992 : éclatement du SME à la suite d’attaques spéculatives (élargissement des marges dans l’espoir de sauver les apparences de stabilité…). Le seul moyen d’éviter les problèmes de change est donc la mise en place de la monnaie unique et d’une BCE casi inattaquable. Le traité de Maastricht prévoit l’UEM pour 1999, et ses 5 critères de convergence économique (inflation, déficit (3% PIB) et dette publique (60% PIB), taux d’intérêt, taux de change).
  • 1995 : 4e élargissement, entrée de l’Autriche, Finlande, Suède. Europe des 15.
  • 1997 : pacte de stabilité et croissance PSC, et création de la BCE indépendante.
  • 1999 : 11 pays sur 15 adoptent l’Euro (« réussi le défi »), Suède Danemark et UK refusent, Grèce n’est pas retenue
  • 2004 : 5e élargissement, aux PECO (qui amène 100M de consommateurs en plus (peu de PIB) mais rendent certains systèmes, comme le vote à l’unanimité, inutilisables).
  • 2007 : 6e élargissement, entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, UE à 27
  • 2013 : élargissement à la Croatie, UE à 28
  • 2008-2010-2011 : crise financière, crise Grecque, mise en place du MESF (mécanisme européen de stabilité financière)
  • 2019 : BREXIT, sortie prévisionnelle du Royaume Uni de l’UE.

II. L’union monétaire et le SFI (système financier international)

A. État des lieux

L’UE à 28 (union douanière à ne pas confondre avec l’UEM, ou zone euro comportant 19 Etats après 2015), est la première zone économique mondiale en 2014-2015 (avec un PIB estimé à 18400 milliards de $ courants en 2014, et environ 37 000$ par habitant), et représente environ 510 millions d’habitants (8% de la population mondiale) et 25% du PIB mondial en volume (2011). Elle effectue environ 16% des échanges mondiaux nets des échanges intra-européens (70% des échanges de l’UE se font à l’intérieur même de l’UE, chiffres 2008) contre environ 16% pour la Chine et 10% pour les USA, et est la zone n°1 de point de départ et d’arrivée des IDE.

Il existe d’autres regroupements : AELE association européenne de libre échange (étapes 1-2). Espace Schengen, concernant 22 pays de l’UE + 4 pays de l’AELE. De cette complexité territoriale avec imbrication, découle une complexité décisionnelle.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b7/Supranational_European_Bodies-fr.svg/500px-Supranational_European_Bodies-fr.svg.png

Les critères de validation sont comptabilisés dans une marge, par rapport à une moyenne :

5 principales institutions européennes, actuellement :

  • Conseil Européen des chefs d’Etats présidé actuellement par M. Donald Tusk, et définissant des orientations générales,
  • Conseils de l’Union européenne des ministres (pouvoir exécutif) à l’origine des décisions,
  • Commission européenne (pouvoir législatif) avec actuellement 28 commissaires, présidée par Jean-Claude Juncker, et qui prend l‘initiative des textes: avis, règlements, directives, décisions…
  • Parlement européen (pouvoir législatif) de 751 députés élus pour 5 ans (suffrage universel direct), donnant des avis et votant les dépenses du budget (des pouvoirs relativement limités dès le début)
  • Cour de justice européenne (pouvoir judiciaire) capable de donner des amendes aux pays ne respectant pas les directives (qu’elle interprète en produisant de la jurisprudence).
  • cour des comptes européenne chargée de repérer les anomalies dans les comptes des institutions

La régionalisation des échanges : le commerce international progresse largement en raison de la mise en place d’accords de libres-échange régionaux entre pays d’une même zone géographique. Cela aboutit à une intégration économique plus ou moins forte entre ces pays, c’est-à-dire la création d’un espace économique commun. La construction de l’UE relève-t-elle d’une logique de mondialisation, en se régionalisant en attendant d’ouvrir le monde entier ? Ou au contraire est-ce une logique de régionalisation et de formation d’un bloc, comme une forteresse ? On trouve un peu des deux actuellement…

B. Les attentes sur l’euro : avantages microéconomiques

Euro : Monnaie unique pour 17 pays européens depuis 1999 (depuis 2002 sous la forme fiduciaire), dont l’émission est contrôlée par la BCE (banque centrale européenne).

La mise en place de la monnaie unique (zone Euro à 17 Etats, avec 322 millions d’habitants, tous sauf 10 : Bulgarie, Danemark, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Royaume Uni, et Suède) devait fournir des avantages microéconomiques et des avantages macroéconomiques(un rempart économique contre les fluctuations mondiales) selon la théorie des zones monétaires optimales.

La mise en place de l’euro € procure d’abord des avantages microéconomiques liés à l’espace économique plus grand :

  • Spécialisation (une seule activité pour bénéficier d’un effet d’apprentissage) et économies d’échelle (réduction du coût unitaire de production en raison de l’étalement des coûts fixes)
  • Concurrence (avec impact sur la compétitivité prix et hors prix) accentuée par la transparence accrue (prix libellés en €, facilitant les comparaisons inter-pays)
  • Diminution des coûts de transaction ou de conversion, et de l’incertitude sur les prix (pas de prime nécessaire pour couvrir le risque de change, pas de commission de change)

Ces trois mécanismes débouchent sur la baisse générale des prix qui devait entraîner une progression du pouvoir d’achat, de la demande, et donc de l’investissement et de la croissance.

C. Les attentes sur l’euro : avantages macroéconomiques

L’euro € procure ensuite des avantages macroéconomiques, en donnant une moindre sensibilité de l’UE à l’instabilité financière :

1. Réaffecter l’outil taux d’intérêt aux questions internes en mettant fin à la spéculation sur le change

Les spéculations sur les devises (cf. épisodes pré- Maastricht, où les déséquilibres commerciaux entre pays et les différences de taux d’intérêts nationaux, incitaient à faire des paris spéculatifs sur les dépréciations de change attendues) disparaissent au sein de la zone euro (et elles sont réduites entre l’euro et les autres devises). Il n’est plus nécessaire aujourd’hui, d’utiliser le taux d’intérêt pour défendre la valeur externe d’une monnaie, notamment quand elle subissait une attaque spéculative voulant vérifier la capacité des banques centrales à respecter leurs accords de change au sein du SME (système monétaire pré-monnaie unique, SME). L’outil taux d’intérêt géré par la BCE, est donc en principe, libéré pour atteindre des objectifs internes sur la zone(une relance ou un freinage, par exemple). Si la BCE baisse les taux pour relancer l’activité des emprunteurs (crédit, puis consommation et investissement), elle ne craint pas la fuite des capitaux des prêteurs (le taux bas n’est pas rémunérateur) et un changement de valeur de l’euro, puisque l’euro est en change flexible.
Dans un monde de capitaux mobiles, les capitaux ont tendance à aller vers le pays où le taux d’intérêt est le plus élevé (ex : USA 2% et UE 3%). Pour cela, les capitaux en $ doivent être vendus pour acheter des €. La valeur du $ baisse alors sur le FOREX. Donc, plus un taux d’intérêt est haut dans un pays, plus la valeur de la monnaie du pays en question augmente, ce qui fait varier les exportations/importations.
De plus, faire varier le taux du crédit influe sur l’activité économique interne du pays (plus ou moins d’investissement, de demande, de production, donc de croissance etc). L’objectif de la BCE est d’augmenter le taux d’intérêt pour réduire l’inflation, mais il ne peut se faire sans influer sur les affaire externes et internes < paradoxe du triangle de Mundell à voir plus bas.

2. Monnaie forte qui attire les capitaux internationaux

Au niveau international, l’euro, monnaie forte (perçu d’emblée comme une monnaie de référence et de réserve à l’échelle mondiale, ¼ des réserves mondiales en 2011) handicape les exportateurs (puisque leurs produits sont vendus plus chers), mais attire les capitaux internationaux (la zone euro unifiée monétairement est un élément attractif pour les IDE et les placements financiers), et donc diminue encore la contrainte externe sur le taux d’intérêt (on peut donc en théorie, le baisser pour favoriser l’investissement, sans crainte de faire fuir les capitaux internationaux), tout en favorisant l’investissement. Par ailleurs, la monnaie forte contraint les entreprises exportatrices à viser la compétitivité structurelle (effet éducatif de l’€ fort) et réduit le coût des importations (notamment du pétrole). Il faut néanmoins surveiller les variations de l’€ vis à vis du $ (donc du Yuan chinois) et du Yen japonais, pour ne pas trop pénaliser les entreprises européennes.

3. Intensification des échanges et interdépendance

L’intensification des échanges commerciaux internes (puisqu’il n’y plus de risque de change) accentue l’interdépendance économique, de sorte que par exemple, les importations de la France depuis l’Allemagne sont devenus un élément important de la demande globale adressée aux entreprises allemandes. Comme il en va de même en sens inverse, un ralentissement dans un pays entraine automatiquement un ralentissement dans l’autre. Les économies sont donc de plus en plus intégrées, et les conditions de financements des dettes (taux d’intérêt) devraient s’aligner et converger. (et cela devrait forcer les pays à appliquer des politiques économiques communes).

D. Un bilan nuancé

Le problème est que les résultats économiques de la monnaie unique observés, sont inférieurs aux attentes.

1. Création ou détournements d’échanges ?

On se demande d’abord, s’il y a bien eu création d’échanges nouveaux ou simple détournement de trafic commerciaux existants (Viner) (on détourne le flux France-étranger en France-UE). Avant les accords régionaux, les pays et entreprises avaient des échanges commerciaux donnés. A la suite de ces accords, les entreprises et les économies peuvent avoir de nouveaux partenaires commerciaux et au contraire abandonner des anciens partenaires. Cela peut poser problème en affectant la rentabilité (hausse des coûts de transports, détérioration des avantages comparatifs, si l’efficacité n’est pas meilleure / avoir un client assuré en zone euro ne pousse pas à l’amélioration de la compétitivité…dans la zone il n’y a que peu de concurrence, la vraie est extérieure) et en constituant une discrimination vis-à-vis des tiers, hors zone (on avait peut-être plus d’intérêt à avoir des échanges avec des pays plus éloignés, le recours à l’extérieur est parfois plus efficace. Les dernières recherches montrent que dans une zone économique avec union monétaire, il y a désindustrialisation des pays périphériques et concentration dans le pays central (l’Allemagne), ce qui est insoutenable à long terme.

2. Passagers clandestins et dumping fiscal et salarial

La régionalisation peut aussi provoquer l’effet du moins-disant au sein de la zone : c’est le problème du dumping salarial ou fiscalLa construction européenne a engendré l’existence de passagers clandestins.

  • Si une seule entreprise, voire une seule économie nationale (comme l’Irlande ou la Slovaquie), pratique une politique non coopérative d’austérité et de réduction des coûts salariaux (diminution de la protection sociale) pour obtenir une compétitivité-prix (que l’on ne peut plus obtenir par dévaluation ou dépréciation compétitive = baisse volontaire de la valeur de la monnaie pour faire augmenter les exportations), il y a une forte incitation à la convergence des politiques vers le bas, chaque pays cherchant à défendre ses positions.
    De plus, les petits pays sont incités structurellement à ce type de politiques, car ils y gagnent plus facilement (le gain en exportation vers les grands pays aux marchés larges, est très supérieur aux problèmes causés par le recul de la demande intérieure d’un petit marché). On observe ce type de politique non coopérative en Allemagne depuis les réformes Haartz en 2002-2005 (fiscalisation des dépenses de sécurité sociale, qui passent par une augmentation de la TVA et une réduction forte des cotisations sociales, ce qui réduit le coût du travail).
  • Il y a également un risque en matière de politique fiscale concernant le taux des prélèvements obligatoires, risque accentué avec l’ouverture aux PECO. Pour faire venir les entreprises (et l’activité économique), les gouvernements, sont tentés d’abaisser l’impôt sur les sociétés et les personnes (comme l’Irlande avec un taux d’impôt sur société de 12.5% contre 30% ailleurs : elle gagne moins par entreprise mais la quantité compense), avec un risque de contagion « baissière » à l’ensemble de la zone, chacun voulant conserver ses activités (le taux moyen passe de 30% en 1999 à 21% en 2011). Cela induit une forte tendance à la déréglementation économique (toujours plus facile que la règlementation), à un ajustement social et fiscal vers le bas, un alourdissement des dettes publiques des Etats Européens (confrontés au manque de recettes fiscales), et une tendance structurelle à une insuffisance de la demande globale sur la zone.
3. L’euro fort pénalise les exportateurs

Enfin, l’euro fort provoque des difficultés pour les entreprises exportatrices les moins efficaces, alors même que d’autres pays n’hésitent pas à pratiquer des politiques de change faibles néomercantilismes (Chine), ce qui nourrit des discours de logique protectionniste monétaire, ciblée à l’échelle européenne (exemple : thèse de Jean Marcel Jeanneney, dès les années 1980).

De plus, la convergence des taux d’intérêts, un temps observée (les opérateurs sur les marchés, considérant la présence de l’Allemagne comme une garantie implicite, accordaient des prêts avantageux aux pays périphériques) a disparu après la crise financière de 2008 (le spread ou écart de taux d’intérêts, augmente entre les pays de la zone euro, rendant plus difficile le financement de la dette publique des pays, …qui en ont le plus besoin).

Par ailleurs, l’euro ne peut, à lui seul, assurer la stabilité financière au niveau mondial. Il faudrait mettre en place une gestion concertée plus efficace des taux de change des grandes devises (dollar et euro principalement) pour favoriser la croissance mondiale. Depuis 2010, c’est cependant loin d’être le cas, chaque monnaie essayant de préserver son influence par diverses manipulations. La baisse de l’euro par rapport au $, en 2010, n’est ainsi pas forcement positive pour les exportateurs américains, qui voient leur compétitivité prix diminuer. Au début 2015, il semble que la BCE s’oriente vers une politique d’euro faible (ce qui peut s’expliquer par la volonté de laisser les taux bas pour relancer l’économie européenne menacée par la déflation, et de donner un coup de pouce aux exportateurs, sans pénaliser les importations puisque le prix du pétrole est très bas à ce moment-là).

III. Interdépendances des politiques macroéconomiques des états membres

Quelles sont les difficultés des États membres de l’Union économique et monétaire pour coordonner leurs politiques conjoncturelles ?

La question importante est de se demander en quoi l’UEM modifie les schémas habituels de politique économique (actions destinées à corriger les évolutions macroéconomiques, voir le carré magique de Kaldor). La réponse : se pose un problème nouveau de coordination et de mise en cohérence

  • des politiques économiques générales entre Etats (par exemple, un Etat comme l’Allemagne, menant un politique de rigueur salariale pour accroître sa compétitivité extérieure et son solde extérieur, peut ruiner les efforts d’un pays voisin intégré, qui relance son économie)
  • … et entre les outils budgétaires et monétaires (BCE supranationale menant un seul type de politique monétaire contre politiques budgétaires propres à chaque Etat, et parfois contradictoires, rendant difficiles la construction d’un Policy-mix cohérent, comme aux USA, surtout que le budget de l’Union est très faible – environ 1.25% du RNB européen).
  • La situation est rendue encore plus difficile, car la zone euro et l’union européenne, souffrent d’un déficit de gouvernance (qui décide ?) pour faire face aux chocs asymétriques (une crise qui touche un seul pays comme par exemple la crise immobilière de 2009 en Espagne) et aux chocs symétriques (une crise financière mondiale, par exemple).

Politique économique : ensemble des mesures économiques décidées par un gouvernement, pour agir à court terme (conjoncturel : par exemple, gagner dans un jeu donné) ou à long terme (structurel : par exemple, changer les règles du jeu) sur l’activité économique.

Politique conjoncturelle : ensemble des mesures économiques prises à court terme (au contraire des mesures structurelles) pour modifier les variables économiques (souvent celles du « carré magique » : croissance, inflation, commerce extérieur, chômage)

A. Un manque de coordination des politiques économiques entre les états…

1. Des points de départ différents qui créent des objectifs différents (éventuellement)

Descriptions. Mais les marges de manœuvre limitées des politiques budgétaires nationales (en raison du pacte de stabilité et de croissance PSC) et l’inexistence d’un véritable budget fédéral (1.25% seulement du RNB de la zone euro, soit environ 150 milliards €) compliquent la situation.

2. A cause des marges de manœuvre limitées

La politique budgétaire utilise la fiscalité (montant des prélèvements obligatoires) et le montant des dépenses publiques, pour agir sur l’activité économique (plutôt dans une perspective keynésienne). Politique conjoncturelle qui modifie le solde budgétaire de l’Etat afin d’influer sur la conjoncture économique.

Le « policy mix » (coordination des politiques budgétaires et monétaires) à l’américaine est impossible puisque la politique monétaire suit sa propre logique. Pourtant, tous les pays sont liés par la politique budgétaire de leurs voisins (effets inflationnistes d’une relance par exemple). Au contraire de la solidarité, chaque état va ici avoir tendance à vouloir suivre des politiques économiques non coopératives (faire une rigueur en profitant de la relance du voisin). C’est le sens de la mise en place du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) qui constitue une forme de coordination minimale, d’inspiration libérale (« on empêche les pays de dépenser leur budget comme ils le veulent »). Il comprend 6 règles (déficit structurel (soit la part du déficit en dehors des variations de la conjoncture, que l’on mesure par rapport à la croissance potentielle. déficit effectif = déficit structurel (voulu)+ déficit conjoncturel (non-voulu)+mesures ponctuelles > si on essaie de le réduire il s’agrandit et les gouvernements sont accusés de mauvaise gestion par la commission…limité à 1% du PIB), Le problème est qu’il empêche toute lutte contre les récessions, voire même est accusé de les alimenter. Les différences de coûts (dumping social) entraînent une réponse étatique sous forme de baisse des impôts et cotisations sociales (dumping fiscal) mais alors, il n’y a plus de financement pour les dépenses publiques.

2. Et à cause de l’inexistence d’un réel budget fédéral

Par ailleurs, comme il y a des rythmes régionaux de croissance différents (conjoncture différente), il faudrait plutôt disposer d’un budget fédéral pour intervenir, dans une optique keynésienne, dans les régions subissant un choc asymétrique (récession par exemple causée par une inondation, un tremblement de terre). La crise de 2010 montre la nécessité urgente d’une politique fédérale budgétaire capable de mener des politiques de relance régionale. L’Allemagne réussit cependant à faire en sorte que cette coordination budgétaire accrue, prenne la forme d’une politique de rigueur budgétaire généralisée. Actuellement, le budget fédéral n’existe pas, et chaque pays utilise l’instrument budgétaire pour ses propres priorités nationales uniquement.

 


+ On peut proposer un point de vue plus positif, en considérant au contraire que l’Euro améliore l’efficacité des politiques économiques : l’afflux de capitaux étrangers permet en théorie de baisser facilement les taux d’intérêt, 25% à 30% du PIB provient des échanges intracommunautaire et il n’y a plus de contrainte de change, la présence de l’Euro, a permis d’éviter les politiques de dévaluation compétitives non coopératives, le choix des dépenses budgétaire reste libre (les gouvernements conservent une souveraineté budgétaire), etc.

 

B. Problème de coordination entre les outils budgétaires et monétaires

1. Les difficultés de définition de la politique monétaire européenne

La politique monétaire utilise l’action sur la liquidité bancaire (quantité de monnaie centrale mise à disposition des banques de second rang) et sur le taux d’intérêt (coût de la ressource en monnaie centrale, qui influence le volume des crédits accordés aux agents économiques). Politique conjoncturelle qui régule la quantité de monnaie en circulation afin d’influer sur la conjoncture économique. Le taux directeur de la BCE est le taux auquel elle prête des liquidités à court terme aux banques commerciales.

La politique monétaire européenne est décidée par la Banque centrale Européenne (BCE). Fondée le 1er janvier 1999, indépendante, elle échappe en partie, au contrôle démocratique et politique. Elle suit les objectifs fixés par le Traité Constitutionnel : la stabilité des prix en premier lieu, puis un niveau d’emploi élevé et une croissance durable et non inflationniste ensuite en apportant son soutien aux politiques économiques générales des pays de la Communauté (inverse pour la FED).

Banque centrale : Institution financière chargé principalement d’émettre de la monnaie fiduciaire et de réguler la création de monnaie scripturale (au moyen notamment, d’un contrôle de la masse monétaire et de l’instrument taux d’intérêt) en fonction des objectifs qu’on lui donne.

Le triangle d’incompatibilité de Mundell explique qu’un pays ne peut atteindre que deux objectifs sur les trois suivants :

  • une politique monétaire indépendante (c’est à dire, fixation des taux d’intérêt en toute autonomie),
  • une stabilité des taux de change : liée aux taux d’intérêt
  • une liberté de mouvement des capitaux : ils peuvent circuler vers les places les plus rentables en terme de taux d’intérêt, un haut taux signifie donc un afflux des capitaux internationaux (mais pour des raisons internes de relance on veut baisser le taux d’intérêt : fuite des capitaux qui vendent la devise pour partir, ce qui fait baisser le taux de change. Donc TI élevé = changé élevé, et TI faible = change faible)
    • Dans le serpent monétaire, avec la libéralisation des mouvements de capitaux et l’obligation de change fixe que se donnaient les pays européens, la politique monétaire ne pouvait plus être consacrée à des objectifs internes et il fallait maintenir de hauts taux d’intérêts pour défendre la valeur externe de la monnaie (au risque de créer de la récession).
    • Avec l’Euro (taux de change variable, et libre circulation des capitaux), on peut se permettre de laisser la valeur externe de la monnaie évoluer en changes flottants et consacrer le taux d’intérêt à des objectifs internes.

La gestion des taux d’intérêt passe donc au niveau supranational avec la BCE, afin de respecter des objectifs communs (un pays serait tenté, à l’abri de l’euro, de baisser ses taux d’intérêt, et de faire cavalier seul OU certains voudraient un euro fort pour exporter et d’autres voudraient un euro faible pour importer >> les actions de politique monétaires étaient corrélées au cycle politique et non au cycle économique). La BCE indépendante, dirigée par Mario Draghi depuis fin 2011, applique une politique générale de stabilité des prix à la consommation (+- de 2%, avec taux d’intérêt élevé), qui est de plus en plus critiquée au regard de la croissance faible de la zone euro et les meilleures performances américaines.

  • En effet, la banque centrale US mène une politique pragmatique : elle n’hésite pas à baisser massivement les taux directeurs dès fin 2007 en acceptant une inflation supérieure à 3%, pour inonder l’économie de $ et faire face à la crise des Subprimes. Dans le même temps, la BCE préoccupée par le contrôle des prix à la consommation, maintient des taux élevés, entrave une reprise de la croissance, tout en laissant filer les prix des actifs (bulles immobilières et financières).
  • La crise financière de 2008, et la crise de confiance sur les dettes souveraines de 2010 contraint néanmoins, la BCE à un changement d’orientation de la politique monétaire (relâchement spectaculaire des conditions d’approvisionnement en liquidités centrales sur le marché monétaire, à partir de la mi-2008, le taux directeur passant très rapidement de 4,25% en juillet 2008 à 1% dès mai 2009, pour assurer la fonction de prêteur en dernier ressort et approvisionner en liquidités, les banques, prises dans une crise de défiance interbancaire). Pendant l’année 2011, la BCE remonte progressivement à 1.5%, mais elle doit, se résoudre à rebaisser à nouveau fortement devant la gravité de la crise européenne (taux directeur à 0.25% en 2013-2014, puis …0% en 2016).
  • Le 22 janvier 2015, Mario Draghi (gouverneur de la BCE) franchit une étape supplémentaire en lançant une politique massive de Quantitative Easing. La BCE se propose de racheter des actifs financiers (= des reconnaissances de dettes de la part d’emprunteurs) à hauteur de 60 milliards d’euros par mois (80 en mars 2016). L’objectif est d’une part, de permettre aux prêteurs (essentiellement les banques) de sortir des titres de mauvaise qualité de leur bilan, et ainsi de retrouver une capacité à prêter pour relancer l’économie européenne, et d’autre part de déprécier la monnaie afin de relancer les exportations. Au final, le gouverneur de la banque centrale souhaite relancer un peu l’inflation (passer à 2% contre 0% en avril 2016 dans la zone euro) et sortir du risque de déflation.
  • Après un an, l’export s’est amélioré (euro -20%), la situation des banques s’est améliorée, mais le quasi Crédit Crunch est resté (les banques améliorant leurs marges, plutôt que de prêter, ou encore prêtant à des riches particuliers alimentant ainsi des bulles spéculatives sur l’art, les objets de luxe…et les inégalités). En 2016, la BCE envisage même une procédure de « monnaie hélicoptère » (expression de Milton Friedman) en créditant directement les comptes des particuliers pour les inciter à dépenser (ce que d’autres économistes qualifient de « Quantitative easing pour le peuple »). Le gouverneur de la BCE fait face à des critiques virulentes en Allemagne.
2. Une budgétaire propre à chaque état, une politique monétaires unique, qui résultent en des difficultés de policy mix

Tous les pays sont indépendants et ne peuvent utiliser que leur politique budgétaire (relance/rigueur). Le « policy mix » (combinaisons qu’un Etat peut former avec sa politique budgétaire et la politique monétaire de la BCE, en fonction des objectifs économiques du pays ou des obligations liées à l’appartenance à une union comme l’UE) à l’américaine est impossible puisque la politique monétaire suit sa propre logique. En effet, elle ne dépend d’aucun choix politique et peut donc faire ce qu’elle souhaite sans prendre l’avis des chefs d’état : la variation de ses taux suit les cycles économiques et pas les cycles politiques. Les politiques budgétaires, au contraire, sont utilisées bien souvent pour des objectifs politiques.

C. Les autres problèmes

1. Déficit de gouvernance face aux chocs asymétriques et symétriques

La situation est rendue encore plus difficile, car la zone euro et l’union européenne, souffrent d’un déficit de gouvernance (qui décide ?) pour faire face auxchocs asymétriques (une crise qui touche un seul pays comme par exemple la crise immobilière de 2009 en Espagne, ou qui ne touche pas tous les pays de la même manière) et aux chocs symétriques (une crise financière mondiale, par exemple). En effet, le nombre et la complexité des institutions créent des difficultés à prendre des décisions, à trancher. Personne ne se met jamais d’accord. Entente bof entre la BCE unique et les états multiples.

2. Soucis d’organisation renforcés par la langue, culture…

Au final, progressivement on observe une polarisation des activités dans la zone européenne entre une Europe du Nord accumulant les excédents, et un Europe du Sud accumulant les déficits. Comme les dévaluations/dépréciations ne sont plus possibles au sein de la zone euro, la zone est condamnée économiquement à accentuer sa logique d’intégration, de mutualisation et de coordination des politiques, alors même que les tensions, l’hétérogénéité et les divergences politiques augmentent.*

Conclusion : quelles solutions envisagent les économistes ?

L’existence de l’euro ne suffit probablement pas à soutenir la croissance économique si la politique économique est utilisée unilatéralement pour lutter contre l’inflation (politique monétaire restrictive).

  • Certains économistes réclament donc, dans une perspective keynésienne, une politique économique coordonnée à l’échelle européenne sur les plans budgétaires et monétaires (comme le « policy mix » pratiqué aux USA). On reste dans le cadre d’une politique conjoncturelle de relance.
  • Mais d’autres économistes, libéraux, pensent que la faible croissance et le chômage de masse, n’est pas d’origine conjoncturelle. Il y aurait d’abord un problème structurel, avec des institutions sociales et fiscales qui seraient mal adaptées aux exigences modernes de réactivité et de flexibilité (thématique du déclin, de la « vieille Europe »). Il faudrait donc une politique structurelle qui s’attache à modifier « les règles du jeu » : supprimer des règlements, diminuer la fiscalité, supprimer des services publics…pour faire reculer la place de l’Etat et rendre plus compétitives les économies nationales.

> La crise de finance de 2010 (crise des dettes souveraines), permet à cette tendance plutôt conservatrice de triompher. Par le moyen des réductions de déficits et des politiques de rigueur conjoncturelles, une politique structurelle de réduction du périmètre de l’Etat est en fait engagée. Une voie de sortie proposée est de renforcer la politique de règles automatiques (à l’opposé des politiques discrétionnaires, mesures au cas par cas, qui peuvent êtres contradictoires) en comptant sur les ajustements de marché. L’exemple de la règle d’or adoptée en mars 2012 est éloquent : on oblige les gouvernements (inscription constitutionnelle) quelques soient leur tendances et opinions, à ne pas descendre sous un seuil structurel de dépenses publiques (interdiction d‘aller au-dessous de 0.5% de déficit structurel public…norme qui est déjà l’expression d’un jugement économique partisan anti-keynésien). Les keynésiens soulignent que la règle automatique ne fonctionne manifestement pas, chaque renforcement de règles (dans le PSC, dans le mécanisme européen de stabilité, le MESF…) accentuant encore les déséquilibres (les objectifs de réduction de déficit public ne sont pas tenus, car la croissance, et donc les recettes fiscales, diminuent progressivement).* ici

Annexe :

  • Micro (libéraux) : (individualisme méthodologique en socio) : interactions individus, décisions individuelles qui génèrent un ensemble
  • Macro (keynésiens) : (holisme en socio) réalités globales et collectives qui influent sur l’individu
  • Si la BCE et la Fed baissent leurs taux d’intérêt en même temps, les taux de change bougent peu
  • Avant l’entrée de la Pologne dans l’UE, la moitié du budget agricole de la PAC revenait aux agriculteurs français.
  • TD fiscalité : Avant la crise on pensait que l’Allemagne aiderait la Grèce, donc elle avait les mêmes taux d’emprunt que les autres pays européens. Avec la crise, on a vu que ce n’était pas le cas, car le mensonge des grecs a fait que l’Allemagne a annoncé publiquement qu’elle les laissait tomber. Les agences ont alors dégradé la note grecque et les prix de leurs emprunts ont augmenté (spread). L’Allemange et la France ont décidé d’accorder un prêt à la Grèce à la condition qu’elle applique leur politique de réduction des dépenses et de privatisation, en baissant les impôts sur la fortune au passage. Mais la diminution des dépenses a engendré la diminution des recettes puisque le PIB a diminué également. En 2015, même la commission européenne a reconnu cette mauvaise action. MESF : mécanisme européen de solidarité financière
  • La BCE est « monétaire » (Friedman, libérale) et pas keynésienne, sinon, elle ne ferait rien et laisserait compenser (après la réaction d’augmentation des prix si D>O, on a de l’I et de la prod et ça + éco d’échelle refont passer O>D et annulent l’augm de prix)
Chapitre 5 – La place de l’UE dans l’économie globale

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