Freud, Malaise dans la culture, Chapitre 2 et 5

I. Introduction générale

A. L’idée générale

C’est un essaie sur la culture et la civilisation, qui s’éloigne certes des approches psychanalytiques de Freud, et qui se rapproche assez bien de l’ouvrage qui le précède, l’Avenir d’une illusion (religion). Mais le point commun de ses oeuvres est qu’on reste dans une démarche de recherche des causes (généalogique : la genèse). Ici sil s’agit d’expliquer la source de la névrose de la civilisation dans son ensemble, et particulièrement son rapport à la religion. C’est aussi un ouvrage qui a une dimension politique puisqu’il va analyser les rapports de l’individu à la collectivité. Enfin, c’est un ouvrage à perspective pathologique puisqu’on peut y lire une comparaison de la névrose individuelle et de la névrose collective. A la manière de Platon dans la République, livre 4 (structure âme/société). Une névrose est un trouble psychique généré par un conflit psychique refoulé. Par exemple, l’obsession, toute forme de phobie, l’hystérie… Dans la névrose, le sujet est conscient de l’angoisse, de son trouble. Dans la psychose, non, et on y a des hallucinations (terme inventé en 1875 par le psychiatre français Pinel vient de neuron, nerfs et osif, maladie non-inflammatoire). Dans sa compassion entre la névrose collective et la névrose individuelle il y a toujours en sous-bassement l’homme sauvage et primitif, tel qu’il nous apparait à la lumière des recherches ethnographiques et archéologiques. Il y aurait donc une enfance de l’humanité, et dans l’autre ouvrage de Freud, Totem et Tabou 1913, nous retrouvons le mythe de la horde sauvage et primitive, dominée par un père tyrannisant ses fils, se réservant toutes les femmes, ce qui a aboutit au meurtre du père par ses fils, parricide fondateur de la civilisation, symbole de l’interdit. Un jour les frères expulsés se regroupèrent ils tuèrent le père et le mangèrent ce qui mit fin à la horde sauvage.

B. Le lien entre les quatre œuvres

MDLC 1929. L’avenir d’une illusion 1927. La question de l’analyse profane 1926. Totem et tabou 1913. Il y a une très grande parenté entre MDLC et LDI. Ce qui intéresse Freud, c’est le développement similaire de l’individu et de la culture comme si le mouvement était le même. Freud va pousser très loin la parallèle entre l’individu et la collectivité à tel point qu’il se demande au chapitre 8 si on ne peut pas faire le diagnostic que certaines cultures sont devenues complètement névrotiques. Par contre, quand se pose la question de la thérapie, il est beaucoup plus pridudant et il n’affime pas que la névrose collective peut être traitée de la même façon que la névrose individuelle. Il émet même des réserves quand à la tentation de généraliser la pratique psychopathologique à une culture entière. Dans LDI, il affirme que la religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité. Il ajoutait même que l’heure était venue, comme dans les traitements du névrosé, de remplacer les succès du refoulement par les résultats du travail rationnel de l’esprit. « La religion est un surmoi excessif qui au conflit psychique refoulé, et qui produit la névrose » et c’est pour ça que Freud prescrivait une révision générale des prescriptions culturelles, dont beaucoup selon lui devait être supprimées. Supprimer cela était selon lui le seul moyen de réconcilier l’homme et la culture.

C. Lucidité ou pessimisme ?

MDLC n’est pas un ouvrage humaniste au sens où il n’y a pas de foi en l’homme, une confiance absolue dans l’évolution de l’humanité, et c’est pour cette raison que beaucoup ont critiqué l’ouvrage en disant que c’était l’ouvrage d’un vieux misanthrope pessimiste qui aigrit souffre de ses 33 opérations de la mâchoire. De plus, on avance l’idée selon laquelle Freud constaterait avec effroi la montée en puissance du nazisme, ce qui expliquerait selon certains la confirmation du scepticisme méfiant (circonspection) de Freud quant à l’humanité. Deux arguments peuvent aller dans le sens de la lucidité de Freud : le premier, c’est que Freud n’est pas hostile à la culture et qu’il pense qu’une réconciliation est possible, le 2nd, c’est qu’il pense sincèrement que le progrès des sciences peut mettre fin à l’illusion infantile de la religion, et que le destin de l’humanité pourra être modifié par la lumière des sciences.

D. Entrée dans le texte

La lecture de ce texte peut paraître difficile parce que c’est une conversation entre personnes de bonne compagnie, ponctuée par des exposés parfois difficiles parce qu’ils font appel à une terminologie qui est expliquée dans les ouvrages précédents de Freud. De plus, l’argumentation n’est pas organisée de manière linéaire, parce qu’elle est interrompue par des objections ou des souvenirs.

II. Le commentaire des chapitres

Chapitre 1

Freud va évoquer une objection que le romancier Romain Rolland va lui faire au sujet de la religion. Selon lui, la religion ne peut pas être traitée que comme un fait social, il faut aussi considérer que la source de la religiosité et du sentiment religieux dans son intimité et dans ce qu’il peut avoir d’océanique. Le sujet se sent comme immergé dans le totalité du monde, sentiment qu’il participe à l’univers. Freud dit que c’est un sentiment qui va à l’encontre du sens commun parce que le moi, monade, est toujours bien délimité, donc il ne peut pas avoir de sentiment océanique, et d’ailleurs ce sentiment fait tout simplement référence à un état ou le moi se prend pour l’univers entier, mais cette étape s’appelle le narcissisme infantile (faux). D’ailleurs, ajoute Freud, il s’agit justement de nous débarrasser de la religion, qui n’arrête pas de nous maintenir dans ce narcissisme infantile : on se raccroche à la religion comme à un doudou.

Chapitre 2

Dans le chapitre 1 la culture prend la forme de la religion, dans le 2 elle a pour socle l’idée selon la quelle la vie, telle qu’elle nous est imposée, nous apporte trop de souffrance, trop de douleur, frustration, et il est tout à fait naturel que la religion vienne compenser ces angoisses, peines (même analyse que Marx) en attendant que la science trouve les réponses à ces questions. « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science en rapproche » Pasteur. Même si chacun connait la vigueur des sentiments de Freud à l’encontre de la religion, il reconnait tout de même que la religion a joué un rôle dans les sociétés en tant que remède à la frustration.

Le but que les hommes fixent à leur vie c’est de diminuer la douleur, d’augmenter le plaisir, de soulager les souffrances par des satisfactions de substitution (tetrapharmacon). Les humains trouvent donc des satisfactions substitutives (yoga, intoxication…sublimation). En effet, il faut trouver une solution pour soulager, réparer les frustrations que la culture collective impose à l’individu, pour réparer ces frustrations que provoque en nous la force des lois, qui nous obligent à une perpétuelle retenue, donc à une perpétuelle frustration, donc la culture c’est le contraire de ce que nous dit Rousseau du contrat social. Pour Rousseau, le contrat social nous mène à la libereté civile, alors que pour Freud l’entrée dans la culture est une violence à l’égard de notre nature individuelle (Calliclès).

Chapitre 3

Il définit la culture comme « la somme totale des réalisations et des institutions par lesquelles notre vie s’éloigne de celle de nos ancêtres animaux » et qui servent à deux fins : la protection des hommes contre la nature, et le règlement des relations des hommes entre eux. La liberté individuelle n’est pas un lien de la culture, elle se trouve seulement dans 2 manifestations humaines : dans la … de Totem et Tabou, et dans la deuxième liberté qu’il nous reste : la révolte de l’individu contre les exigences de la culture (Calliclès).

Chapitre 4

Il dit qu’il y a deux forces qui peuvent établir la culture en déplaçant les composantes libidinales de l’individu :

  • « ananke », la nécessité (travailler la nature, travailler sinon on meurt)
  • « eros », l’amour (l’érotisation de la sexualité, rester dans le champ de l’amour)

Chapitre 5

Freud va introduire le concept de « penchant à l’agression » ou agressivité. La culture impose à ses membres une privation, une frustration qui se voit particulièrement chez les névrosés qui von créer par la fantaisie des satisfactions de substitution. Non seulement la culture exige des renoncement libidinaux (sexualité, adulte, hétérosexuel) mais en plus elle exige des liens d’amour non séxués entre tous les membres de la communauté, voire de l’humanité (ce qui est contraire à notre nature). Le plus agressif est celui qui entre dans mon univers. C’est ce qui est indiqué dans le principe biblique « aime ton prochain comme toi-même ». Evidemment c’est demander l’impossible si la tendance humaine est l’agressivité.

Freud explique que l’Homme n’est point ce cœur doux et assoiffé d’amour mais au contraire, ses instincts sont très agressifs, ce qui demande à la civilisation tant d’efforts. Le pire chez l’Homme est que la satisfaction de l’agression est en plus connectée à une jouissance narcissique très élevée. Il existe un moyen de détourner cette agression vers l’extérieur en désignant un autre peuple (déplacement) comme ennemi. Ce besoin récurrent de se désigner un ennemi est un obstacle à l’édification d’une société mondiale sereine.

  • L’hégémonisme germanique qui se donne l’antisémitisme pour complément, moyen pour déployer son agressivité.
  • L’amour que prétend imposer la communauté chrétienne à tous ses membres a pour conséquence l’extrême intolérance du christianisme envers les incroyants. Il rajoute le pire est le narcissisme des petites différences ; je me défoule en excluant quelqu’un.
Freud, Malaise dans la Culture

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