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Chapitre 6 : crises financières et régulation

Chapitre 6 : comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

I. L’origine des crises financières

A. Comportements mimétiques et bulles spéculatives

  • En principe, sur un marché, lorsque le prix d’un bien augmente, la demande de ce bien diminue. Mais sur le marché financier, c’est l’inverse qui se produit. La valeur d’un actif financier est supposée, selon les libéraux, représenter la valeur fondamentale de cet actif. Si cet actif est une action, il représente la valeur réelle d’une entreprise. La demande de titres financiers suit la logique des comportements mimétiques : un agent économique achète des actifs financiers parce que d’autres agents les achètent pensant que la valeur du titre ne peut qu’augmenter. Ainsi, les comportements sur les marchés financiers répondent à une logique spéculative : on achète parce qu’on anticipe une hausse des prix sur le marché provoquant la formation d’une bulle spéculative. Or, il arrive un moment où ces anticipations s’inversent. Les détenteurs d’actifs financiers vont les vendre, provoquant ainsi la chute brutale des cours et la crise financière.

B. Titrisation et aléa moral

C. Impact des déséquilibres macroéconomiques

D. Volatilité des cours sur le marché des matières premières

II. La nécessite d’une régulation du système financier

Les différentes crises ont révélé l’insuffisance de la régulation existante. Les crises ont des conséquences sur l’ensemble du système financier (risque de contagion accrue depuis la globalisation financière) et sur l’économie réelle : pour cette raison, une action de régulation (mise en place de règles et de mécanismes pour rétablir le bon fonctionnement des marchés) apparaît nécessaire.

A. La réglementation prudentielle dans le secteur bancaire

B. Le contrôle des agents et activités soumis au risque de conflits d’intérêt : les agences de notation

C. Le contrôle de la finance dérégulée (les paradis fiscaux) pour une nécessaire plus grande transparence des marchés

 

 

Exemple 1: Vous expliquerez en quoi le comportement mimétique est un facteur essentiel des crises financières. (sujet de remplacement Antilles Guyane 2014)

Plan proposé:

I. Le mécanisme de comportement mimétique …

II… provoque les crises financières

→ une bulle spéculative …

→ … qui va éclater

Exemple 2: Comment les problèmes d’aléa moral peuvent-ils contribuer à l’instabilité financière ?

(sujet de remplacement France métropolitaine 2014)

Plan proposé:

I. Face à la confiance dans la protection de la collectivité en cas de pertes massives, les opérateurs financiers augmentent les risques

II. Cette prise de risque induit la création de bulles spéculatives puis de l’éclatement des bulles

 

 

Exemple: Comment peut-on limiter l’instabilité financière ? (sujet Liban 2016)

Plan proposé:

I. Une règlementation prudentielle

→ Bâle III et les ratios prudentiels

II.Un contrôle indépendants des agents financiers

→ des agences de notation sans conflits d’intérêt

III. Une plus grande transparence de l’information

→ paradis fiscaux

→ hedge funds

Freud, Malaise dans la Culture

Freud, Malaise dans la culture, Chapitre 2 et 5

I. Introduction générale

A. L’idée générale

C’est un essaie sur la culture et la civilisation, qui s’éloigne certes des approches psychanalytiques de Freud, et qui se rapproche assez bien de l’ouvrage qui le précède, l’Avenir d’une illusion (religion). Mais le point commun de ses oeuvres est qu’on reste dans une démarche de recherche des causes (généalogique : la genèse). Ici sil s’agit d’expliquer la source de la névrose de la civilisation dans son ensemble, et particulièrement son rapport à la religion. C’est aussi un ouvrage qui a une dimension politique puisqu’il va analyser les rapports de l’individu à la collectivité. Enfin, c’est un ouvrage à perspective pathologique puisqu’on peut y lire une comparaison de la névrose individuelle et de la névrose collective. A la manière de Platon dans la République, livre 4 (structure âme/société). Une névrose est un trouble psychique généré par un conflit psychique refoulé. Par exemple, l’obsession, toute forme de phobie, l’hystérie… Dans la névrose, le sujet est conscient de l’angoisse, de son trouble. Dans la psychose, non, et on y a des hallucinations (terme inventé en 1875 par le psychiatre français Pinel vient de neuron, nerfs et osif, maladie non-inflammatoire). Dans sa compassion entre la névrose collective et la névrose individuelle il y a toujours en sous-bassement l’homme sauvage et primitif, tel qu’il nous apparait à la lumière des recherches ethnographiques et archéologiques. Il y aurait donc une enfance de l’humanité, et dans l’autre ouvrage de Freud, Totem et Tabou 1913, nous retrouvons le mythe de la horde sauvage et primitive, dominée par un père tyrannisant ses fils, se réservant toutes les femmes, ce qui a aboutit au meurtre du père par ses fils, parricide fondateur de la civilisation, symbole de l’interdit. Un jour les frères expulsés se regroupèrent ils tuèrent le père et le mangèrent ce qui mit fin à la horde sauvage.

B. Le lien entre les quatre œuvres

MDLC 1929. L’avenir d’une illusion 1927. La question de l’analyse profane 1926. Totem et tabou 1913. Il y a une très grande parenté entre MDLC et LDI. Ce qui intéresse Freud, c’est le développement similaire de l’individu et de la culture comme si le mouvement était le même. Freud va pousser très loin la parallèle entre l’individu et la collectivité à tel point qu’il se demande au chapitre 8 si on ne peut pas faire le diagnostic que certaines cultures sont devenues complètement névrotiques. Par contre, quand se pose la question de la thérapie, il est beaucoup plus pridudant et il n’affime pas que la névrose collective peut être traitée de la même façon que la névrose individuelle. Il émet même des réserves quand à la tentation de généraliser la pratique psychopathologique à une culture entière. Dans LDI, il affirme que la religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité. Il ajoutait même que l’heure était venue, comme dans les traitements du névrosé, de remplacer les succès du refoulement par les résultats du travail rationnel de l’esprit. « La religion est un surmoi excessif qui au conflit psychique refoulé, et qui produit la névrose » et c’est pour ça que Freud prescrivait une révision générale des prescriptions culturelles, dont beaucoup selon lui devait être supprimées. Supprimer cela était selon lui le seul moyen de réconcilier l’homme et la culture.

C. Lucidité ou pessimisme ?

MDLC n’est pas un ouvrage humaniste au sens où il n’y a pas de foi en l’homme, une confiance absolue dans l’évolution de l’humanité, et c’est pour cette raison que beaucoup ont critiqué l’ouvrage en disant que c’était l’ouvrage d’un vieux misanthrope pessimiste qui aigrit souffre de ses 33 opérations de la mâchoire. De plus, on avance l’idée selon laquelle Freud constaterait avec effroi la montée en puissance du nazisme, ce qui expliquerait selon certains la confirmation du scepticisme méfiant (circonspection) de Freud quant à l’humanité. Deux arguments peuvent aller dans le sens de la lucidité de Freud : le premier, c’est que Freud n’est pas hostile à la culture et qu’il pense qu’une réconciliation est possible, le 2nd, c’est qu’il pense sincèrement que le progrès des sciences peut mettre fin à l’illusion infantile de la religion, et que le destin de l’humanité pourra être modifié par la lumière des sciences.

D. Entrée dans le texte

La lecture de ce texte peut paraître difficile parce que c’est une conversation entre personnes de bonne compagnie, ponctuée par des exposés parfois difficiles parce qu’ils font appel à une terminologie qui est expliquée dans les ouvrages précédents de Freud. De plus, l’argumentation n’est pas organisée de manière linéaire, parce qu’elle est interrompue par des objections ou des souvenirs.

II. Le commentaire des chapitres

Chapitre 1

Freud va évoquer une objection que le romancier Romain Rolland va lui faire au sujet de la religion. Selon lui, la religion ne peut pas être traitée que comme un fait social, il faut aussi considérer que la source de la religiosité et du sentiment religieux dans son intimité et dans ce qu’il peut avoir d’océanique. Le sujet se sent comme immergé dans le totalité du monde, sentiment qu’il participe à l’univers. Freud dit que c’est un sentiment qui va à l’encontre du sens commun parce que le moi, monade, est toujours bien délimité, donc il ne peut pas avoir de sentiment océanique, et d’ailleurs ce sentiment fait tout simplement référence à un état ou le moi se prend pour l’univers entier, mais cette étape s’appelle le narcissisme infantile (faux). D’ailleurs, ajoute Freud, il s’agit justement de nous débarrasser de la religion, qui n’arrête pas de nous maintenir dans ce narcissisme infantile : on se raccroche à la religion comme à un doudou.

Chapitre 2

Dans le chapitre 1 la culture prend la forme de la religion, dans le 2 elle a pour socle l’idée selon la quelle la vie, telle qu’elle nous est imposée, nous apporte trop de souffrance, trop de douleur, frustration, et il est tout à fait naturel que la religion vienne compenser ces angoisses, peines (même analyse que Marx) en attendant que la science trouve les réponses à ces questions. « Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science en rapproche » Pasteur. Même si chacun connait la vigueur des sentiments de Freud à l’encontre de la religion, il reconnait tout de même que la religion a joué un rôle dans les sociétés en tant que remède à la frustration.

Le but que les hommes fixent à leur vie c’est de diminuer la douleur, d’augmenter le plaisir, de soulager les souffrances par des satisfactions de substitution (tetrapharmacon). Les humains trouvent donc des satisfactions substitutives (yoga, intoxication…sublimation). En effet, il faut trouver une solution pour soulager, réparer les frustrations que la culture collective impose à l’individu, pour réparer ces frustrations que provoque en nous la force des lois, qui nous obligent à une perpétuelle retenue, donc à une perpétuelle frustration, donc la culture c’est le contraire de ce que nous dit Rousseau du contrat social. Pour Rousseau, le contrat social nous mène à la libereté civile, alors que pour Freud l’entrée dans la culture est une violence à l’égard de notre nature individuelle (Calliclès).

Chapitre 3

Il définit la culture comme « la somme totale des réalisations et des institutions par lesquelles notre vie s’éloigne de celle de nos ancêtres animaux » et qui servent à deux fins : la protection des hommes contre la nature, et le règlement des relations des hommes entre eux. La liberté individuelle n’est pas un lien de la culture, elle se trouve seulement dans 2 manifestations humaines : dans la … de Totem et Tabou, et dans la deuxième liberté qu’il nous reste : la révolte de l’individu contre les exigences de la culture (Calliclès).

Chapitre 4

Il dit qu’il y a deux forces qui peuvent établir la culture en déplaçant les composantes libidinales de l’individu :

  • « ananke », la nécessité (travailler la nature, travailler sinon on meurt)
  • « eros », l’amour (l’érotisation de la sexualité, rester dans le champ de l’amour)

Chapitre 5

Freud va introduire le concept de « penchant à l’agression » ou agressivité. La culture impose à ses membres une privation, une frustration qui se voit particulièrement chez les névrosés qui von créer par la fantaisie des satisfactions de substitution. Non seulement la culture exige des renoncement libidinaux (sexualité, adulte, hétérosexuel) mais en plus elle exige des liens d’amour non séxués entre tous les membres de la communauté, voire de l’humanité (ce qui est contraire à notre nature). Le plus agressif est celui qui entre dans mon univers. C’est ce qui est indiqué dans le principe biblique « aime ton prochain comme toi-même ». Evidemment c’est demander l’impossible si la tendance humaine est l’agressivité.

Freud explique que l’Homme n’est point ce cœur doux et assoiffé d’amour mais au contraire, ses instincts sont très agressifs, ce qui demande à la civilisation tant d’efforts. Le pire chez l’Homme est que la satisfaction de l’agression est en plus connectée à une jouissance narcissique très élevée. Il existe un moyen de détourner cette agression vers l’extérieur en désignant un autre peuple (déplacement) comme ennemi. Ce besoin récurrent de se désigner un ennemi est un obstacle à l’édification d’une société mondiale sereine.

  • L’hégémonisme germanique qui se donne l’antisémitisme pour complément, moyen pour déployer son agressivité.
  • L’amour que prétend imposer la communauté chrétienne à tous ses membres a pour conséquence l’extrême intolérance du christianisme envers les incroyants. Il rajoute le pire est le narcissisme des petites différences ; je me défoule en excluant quelqu’un.

Chapitre 10 : conflictualité sociale

Chapitre 10 : La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion, ou moteur du changement social ?

Comment expliquer l’évolution des mouvements sociaux ?

Le conflit, la conflictualité est dans le langage courant, l’expression d’un antagonisme, d’une opposition, d’une lutte, d’un affrontement. Le conflit social oppose des groupes sociaux. Il peut être latent, c’est-à-dire non encore déclaré (tensions, désaccords implicites, résistances passives…), ou explicite, ouvert et déclaré (donnant lieu à ce moment-là à des expr essions spectaculaires et visibles sous forme de mouvement social ou d’actions collectives : grèves, manifestations, …).
Il peut porter sur des droits précis, des ressources disputées (par exemple, distribution des revenus), mais aussi sur un objectif général, une orientation ou une organisation générale de la société (certains auteurs parlent alors de maitrise de l’historicité).

Conflits sociaux : (conflictualité sociale) affrontement entre groupes sociaux n’ayant pas les mêmes intérêts, positions et idées. Le conflit peut être latent (non déclaré, potentiel) ou ouvert. Le conflit social doit être distingué du conflit entre individus.

La première question est celle de l’évolution des types de conflits. On se demande si les conflits du travail, au centre de la société des 19ème et 20ème siècles ne laissent pas la place à de nouvelles formes de conflits.

Les sociétés industrielles, apparues après la révolution industrielle, se caractérisent par un nouveau mode de vie dominant autour des villes (urbanisation et concentration ouvrière près des usines) et l’émergence d’un nouveau groupe social (la classe ouvrière, constituée au départ d’anciens vagabonds chassés des campagnes).
Ce nouveau groupe social va être un acteur central des conflits sociaux au 19ème et au 20ème siècle, pour changer les règles du jeu du capitalisme concurrentiel (le pouvoir appartient à celui qui fixe les règles du jeu). Aujourd’hui, les conflits autour du travail prennent de nouvelles formes.

I. Les transformations des mouvements sociaux

Au 20ème siècle et pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), la lutte (portant sur la rémunération, les conditions de travail et les droits…) a pris de multiples formes (grèves, manifestations, etc..) et a effectivement profondément modifié l’organisation de la société. Les vagues de grèves successives débouchent sur des avancées sociales et institutionnelles : congés payés en 1936, création du SMIG en 1959 puis du SMIC… De nombreux droits sociaux sont peu à peu accordés : allocations familiales, Sécurité Sociale (1945), assurance chômage et Unedic (1958)…

La lutte sociale au départ sévèrement réprimée (par la violence physique, par des campagnes de dénigrement médiatiques…) a permis d’aboutir à une véritable révolution copernicienne (l’entreprise au service des travailleurs, et non l’inverse).

Cependant à partir des années 1980 (approche néo-libérale) et dans un contexte de chômage de masse, les mouvements sociaux porteurs de droits, sont devenus des conflits défensifs (conservation des acquis sociaux). Les conflits ont pris des formes nouvelles.

A. Nouvelles formes et nouveaux moyens

1. De nouvelles formes : un recul numérique et des conflits plus courts, violents, localisés

En effet, on compte 4 à 5 fois moins de jours de grève dans les années 2000 que dans les années 1950-70 : on passe d’une moyenne de 2,5 millions de journées individuelles non travaillées en 1950-1970, avec par exemple la grève des mineurs en 1963, à environ 500 000 en moyenne aujourd’hui, soit une division par plus de 4.

Il faut cependant constater une légère sous-estimation de la conflictualité contemporaine puisque les inspecteurs du travail (de moins en moins nombreux) ne font « remonter » que les conflits déclarés et durables de plus de trois jours. Or, la conflictualité prend des formes nouvelles plus courtes et répétées (grève d’un jour ou perlée, débrayage, manifestations, pétitions…), les salariés pratiquant des formes de conflits moins couteuses que la grève longue, y compris dans la fonction publique. Les derniers conflits du travail en 2017-2018 s’inscrivant dans cette logique.

Les conflits sont aujourd’hui :

  • plus courts (3 jours en moyenne par gréviste, alors qu’il n’était pas rare d’observer des conflits durant plus d’un mois dans les années 1950-60)
  • plus violents : menace de pollution, prise en otage, séquestration des dirigeants et managers à la fin des années 2000 (Sony), menaces de faire sauter des bonbonnes de gaz. Les seuls conflits qui ont obtenu quelque chose, sont ceux qui ont été extrêmes. Les médias attendent du croustillant pour faire médiatiser.
  • plus localisés (sur une seule usine) et locaux (impact sur une ville, exemple La Redoute à Roubaix en octobre 2013, Lejaby en 2013 conduisant à une reprise par les salariés,)
  • plus catégoriels : les ouvriers défendent avant tout leur situation personnelle, suite par exemple à l’annonce d’un plan de licenciement. Parfois sans impulsion syndicale, avec des coordinations « sauvages » ou en « hiérarchie plate » sans leaders, cordonnées par le web (autour de 10% des cas, comme par exemple le mouvement des indignés) même si les nouvelles générations de syndiqués plus jeunes, plus radicaux et plus en phase avec les frustrations de nombreux ouvriers, oeuvrent pour encadrer les conflits
2. De nouveaux moyens : médiatisation et rôle d’internet

Les formes d’actions sont alors très différentes (et mal comptabilisées) : débrayages courts, actions juridiques, actions symboliques, appel aux médias et à l’opinion publique, prise en compte de la dimension européenne.

Nouveaux thèmes et nouveaux acteurs
Touraine : Il y aussi de nouveaux acteurs et de nouvelles formes d’actions : il y a méfiance générale vis à vis des délégataires de pouvoirs (syndicats, partis politiques), un refus des formes d’actions traditionnelles (grèves, occupations…) et la promotion d’actions radicales, médiatiques (exemple d’Act-up et le Sida), rapides (et parfois festives), utilisant les nouvelles technologies (Internet).

Les nouveaux acteurs cherchent à faire pression sur le pouvoir politique en utilisant l’opinion publique. Cela explique aussi le recours à des formes d’actions spectaculaires et médiatiques. Mais les médias attendent du croustillant pour faire médiatiser, ce qui peut expliquer en partie l’augmentation de la violence des conflits : on recherche l’impact médiatique.

On lutte alors pour imposer à l’adversaire l‘étiquette du corporatiste, c’est un premier sous-combat médiatique pour s’assurer une bonne position, car les médias pilonnent ceux qu’ils choisissent d’étiqueter corporatistes (exemple des anti-avortement présentés comme des fou-furieux). L’organisation structurelle des médias aujourd’hui est en défaveur des mouvements sociaux. Le combat porte donc plus sur les modalités de médiatisation du conflit, que sur le conflit en lui-même.

B. Une modification des acteurs et une évolution des enjeux (de la conflictualité sociale)

1. De nouveaux acteurs : désyndicalisation (coordination non syndicales), employés, MNS

Désyndicalisation

Alors que les syndicats français n’ont jamais été autant investis de fonctions et de pouvoirs institutionnalisés, ils sont pourtant en crise en raison de la baisse sensible du nombre d’adhérents (il reste environ 2 millions de syndiqués, dont 50% dans le public) et du taux de syndicalisation (autour de 8% des actifs occupés en 2004, 10% en 2000 contre 22% en 1981 et 25% en 1953), d’une part, et de l’émergence de modes d’expression collectifs concurrents (associations, coordinations locales, syndicats alternatifs plus radicaux comme SUD) d’autre part.

Employés et non plus ouvriers

La grève n’est pas culturellement pratiquée dans les bureaux mais dans les usines. Et, comme il y a de moins en moins d’ouvriers et de plus en plus d’employés, sédentaires, avec un niveau d’études plus élevé… Il y a une baisse de la conflictualité.

Modèle ITO et NMS

Touraine (modèle ITO) a montré comment le mouvement ouvrier avait porté le changement social. La grande question aujourd’hui est de savoir s’il existe d’autres groupes sociaux capables d’impulser de tels changements sociaux.
Selon Alain Touraine, un mouvement social véritable (et pas une simple action collective) se caractérise indissociablement par son :

  • Identité commune (reconnaissance par les autres et par l’acteur lui-même, de l’appartenance à un groupe, comme Marx il dit que c’est dans la lutte que se constitue la conscience),
  • Opposition (l’identification d’un adversaire lors d’un conflit et donc la conscience d’intérêts communs)
  • Totalité (l’adversaire développe un projet de société touchant l’ensemble de la société. La maîtrise de l’historicité, c’est-à-dire la lutte pour orienter la société (et pas seulement des intérêrts immédiat du petit groupe), constitue le nouvel enjeu de la lutte des classes)

Avec le modèle ITO, Touraine va proposer une interprétation de l’évolution des conflits dans la France des années 70-90. Le mouvement social ouvrier a dominé pendant toute l’après-guerre. Les conflits étaient principalement lié au travail (grèves nombreuses et longues) et opposaient le patronat (et l’Etat) aux ouvriers. Depuis, on assiste à un déclin relatif de ce type de conflit. Ce déclin marque la fin de la société industrielle selon Touraine, et l’émergence de la société post-industrielle. Apparaîtrait dès les années 70-80, dans la société post-industrielle (sans se substituer totalement aux anciens mouvements ouvriers), des NMS (Nouveaux Mouvements Sociaux, nouvelles formes de contestations) plus adaptés aux nouvelles populations plus instruites et portant sur des questions plus larges (questions « sociétales »). Femmes, antiracistes, antihomophobie, altermondialistes, écolos…

Mouvements sociaux : ensemble des actions collectives menées par des groupes sociaux pour transformer l’ordre social ou atteindre un objectif particulier en s’opposant à un autre groupe.

conflicutalité sociale NMS

Touraine : Des groupes de pressions se mettent en place et jouent un rôle de contrepouvoir (exemple de Greenpeace, mouvement des « indignés »). Ces mouvements permettent des identifications identitaires et vont contribuer, quand ils s’enracinent, à structurer l’opinion des citoyens (a l’exemple des écologistes, devenus ensuite parti politique ou du mouvement de Beppe Grillo en Italie).

On constate aujourd’hui que les NMS identifiés par Touraine dans les années 70, n’ont pas pris le relais des mouvements ouvriers en tant qu’acteur collectif central, capable de modifier l’Histoire. De nombreux mouvements se limitent à des revendications catégorielles et ciblées. Ces dernières années 2000-2010 voient cependant l’apparition de nouveaux mouvements sociaux comme Attac, les « indignés », qui se placent délibérément sur le terrain de la lutte des idées (luttes alter mondialistes, antilibérales, écologiques…) et cherchent à faire pression sur le pouvoir politique en utilisant l’opinion publique. Cela explique aussi le recours à des formes d’actions spectaculaires et médiatiques.

2. De nouveaux enjeux : défensifs (et post-matériels)

De nouveaux mots d’ordres

On observe un changement significatif des mots d’ordres, et des motifs de conflits, depuis les années 50. On passe d’abord des revendications salariales (« équivalent revendicatif généralisé » pendant les Trente glorieuses) aux revendications portant sur le niveau de l’emploi et les conditions de travail dans les années 1970-2000.
Cependant, on observe depuis une quinzaine d’années (2004), une reprise des mots d’ordres salariaux sans doute en raison de l’explosion des bénéfices affichés par les grandes sociétés engagées dans des opérations de séduction des actionnaires en parallèle d’opérations de licenciement (exemple de Carrefour en 2018).

Les raisons « objectives » (car mesurables) et matérielles ne suffisent pas toujours, comme le prouve la persistance de fortes inégalités, sans explosions sociales majeures.

Les raisons subjectives d’une mobilisation

On peut aussi considérer que ce qui compte pour déclencher une action collective, n’est pas la réalité d’une situation, mais la perception de cette situation. On identifie ainsi des raisons « subjectives » d’agir collectivement, liées à la perception qu’ont les individus de leur situation vis à vis des autres (parfois en décalage à cause d’un mode de diffusion biaisé de l’information).
Ainsi, Tocqueville et ses continuateurs contemporains montrent que la progression objective de l’égalité des situations augmente le sentiment de frustration relative (décalage entre niveau d’aspiration et perception de la situation). Le serf n’imagine pas accéder au niveau de vie du seigneur, mais l’urbain d’aujourd’hui évalue très nettement le niveau de vie de son voisin.
Cela devrait amener nos sociétés occidentales contemporaines, globalement nettement plus égalitaires, à des situations…explosives. Or ce n’est pas du tout le cas. En effet, la progression du sentiment individuel de frustration n’entraîne pas (encore, à l’heure actuelle) de mouvements collectifs importants. Il y a un fossé persistant entre la colère individuelle et l’action collective qui s’explique par de nombreux facteurs identifiés par des auteurs comme Hirshmann, Olson ou Tilly.

Touraine identifie de nouveaux thèmes portant sur une lutte de valeurs (luttes symboliques) : altermondialistes, écologie, égalité des femmes, régionalisme, minorités ethniques, orientations sexuelles (exemple de la Gaypride)…. Les nouvelles revendications traduisent une forte demande de reconnaissance et de valorisation identitaire (cf. R. Inglehart ci-dessous), l’objectif intermédiaire étant la modification et la production de nouvelles normes juridiques. En même temps, les objectifs sont souvent localisés et précis.

II. Facteurs explicatifs des transformations des mouvements sociaux

A. La crise et l’évolution de la structure sociale changent les comportements

1. Le passage à la mobilisation collective n’est pas automatique. Crise, précarisation des emplois, individualisme, Oslon, Exit Voice Loyalty

L’augmentation du chômage touche principalement les ouvriers, fragilisant leur position, et induisant des stratégies individualistes : la peur de s’engager dans un conflit en raison du risque de perte d’emploi. Le chômage est donc utilisé comme moyen de pression massif sur les salariés. On se replie sur ses propres intérêts et on adhère plus à aucun syndicat, on ne s’engage plus dans aucune lutte sociale…Progression de l’individualisme. On se bat pour ses propres droits et on se fiche de l’intérêt général. Cet argument explique à contrario, la plus grande conflictualité dans le secteur public aux emplois protégés.
Le risque emploi est d’autant plus fort dans un contexte de faible progression des niveaux de vie moyen, et d’endettement croissant des particuliers (crédits à la consommation). La disparition des grandes concentrations ouvrières en raison des politiques d’externalisation et de délocalisation et la montée des emplois atypiques suscitée par l’exigence de flexibilité génère aussi de l’incertitude, et freine les implantations durables sur un lieu de travail (propices à la conflictualité).

Hirschman observe 3 comportements types des individus confrontés à un problème :

  • la loyauté (Loyalty, on cherche à maintenir la coopération à tout prix malgré les divergences, l’envie ou la colère. Ce type de comportement caractérise les sociétés à fort contrôle social) « je me tais même si je ne suis pas content »
  • la protestation (Voice, on exprime publiquement son ressentiment, mais on veut continuer à collaborer à vivre ensemble sans couper définitivement les ponts. Cela caractérise les sociétés à faible contrôle social. Seule cette réaction est susceptible de donner naissance à un mouvement collectif) « battons-nous, parlons! »,
  • et la défection (Exit, on réagit par la fuite : c’est par exemple, un comportement type du consommateur insatisfait, dans les sociétés à faible contrôle social).
  • Les sociologues contemporains ajoutent un quatrième type : l’apathie, caractérisée par une absence de réaction, on s’isole tout en donnant le change dans les sociétés à fort contrôle social.

On comprend alors que le passage à la mobilisation collective (protestation) ne soit pas automatique.

2. Evolution de la structure sociale : fin des conflits de classes, Ingelhart

Les ouvriers ne formeraient plus une classe sociale au sens marxiste en raison de leur déclin numérique et relatif (ils ne représentent plus que 20% des actifs), d’une culture moins spécifique avec des comportements et pratiques qui se rapprochent des autres groupes sociaux (homogénéisation), et un sentiment d’appartenance de classe en diminution. Dans le même temps, la progression numérique des couches moyennes salariées plus instruites, exerçant en milieu tertiaire fait émerger des revendications moins matérialistes, moins révolutionnaires et plus larges (cf. thèses de Ingelhart).

Comment expliquer l’émergence de nouveaux mouvements sociaux ?
Première hypothèse : il s’agirait d’un refus de la conception classique du citoyen républicain, la promotion d’une identité plurielle et communautaire (voir le chapitre sur l’intégration).
Deuxième hypothèse : dans les sociétés dites « post industrielles », le pouvoir ne serait plus seulement d’origine économique. Il s’agirait aujourd’hui de contrôler la formation des normes et des valeurs. D’où de nouveaux combats autour de la définition de ces normes légitimes.
Selon Ronald Ingelhart, les occidentaux ayant satisfait leurs besoins primaires d’ordre physiologique, se découvrent de nouveaux besoins d’ordre supérieur (autonomie individuelle, réalisation de soi, liberté sexuelle, cadre de vie…) et adhèrent aux valeurs post-matérialistes. R. Ingelhart parle d’une « révolution silencieuse » qui met en avant la recherche d’une identité (citoyen pluriel). La lutte porte alors sur la définition de cette identité, et le jugement de valeur porté par la société (exemple de la lutte pour la reconnaissance des noirs américains, ou des homosexuels). R. Ingelhart qualifie cette nouvelle société de société « post-matérialiste ». Puisque c’est principalement l’abondance des Trente Glorieuses et l’action de l’Etat Providence qui semble expliquer cette émergence, il n’est pas exclu alors, qu’un retour à des conditions de vie plus précaires et difficiles, ne puisse pas conduire à une réactivation des vielles thématiques ouvrières (et des conflits associés).

B. Institutionalisation du conflit et crise des syndicats

1. Institutionnalisation des conflits

Institutionnalisation des conflits : mise en place progressive de règles reconnues par les acteurs sociaux, destinées à organiser et canaliser les conflits.

Cela commence par l’organisation du droit de grève et d’association (reconnaissance des syndicats en 1884 par la loi Waldeck-Rousseau) puis l’invention et le développement du droit du travail (réglementations hygiène et sécurité, loi sur les accidents du travail inversant la responsabilité, protection emploi …).

Aujourd’hui de multiples institutions organisent et canalisent les conflits.

  • La désignation de représentants du personnel (délégués élus du personnel si plus de 10 salariés, comité d’entreprise dès 1945, si plus de 50 salariés, délégués syndicaux après les accords de Grenelle si plus de 50 salariés),
  • les procédures régulières de négociation et de représentation des salariés et du patronat avec notamment les premières conventions collectives (accord durables fixant conditions d’emploi, salaires et garanties) en 1936
  • les lois Auroux instaurent la négociation annuelle en 82, les négociations sur le temps de travail lors du passage aux 35 heures légales, l’implication de partenaires sociaux dans des organismes de gestion paritaires (notamment Sécurité Sociale, gestion de l’Unedic, et maintenant Pôle Emploi), des procédures pour éviter les conflits en amont…

Tout cela s’inscrit dans le cadre de l’action de l’Etat Providence qui tend à pacifier les rapports sociaux, notamment dans le domaine du travail.

Régulation des conflits : ensemble des mécanismes sociaux reliant des acteurs sociaux aux intérêts opposés, et ensemble des règles sociales formelles (institutions, procédures) ou informelles (habitudes), destinées à encadrer et à atténuer l’opposition des groupes sociaux. Ces règles sont ensuite modifiées et renégociées quand les conditions du conflit changent

2. Crise du syndicalisme en France et absence de closet-shop

Nous avons constaté plus haut l’ampleur de la désyndicalisation en France. Contrairement aux pays scandinaves caractérisés par des taux de syndicalisation autour de 80%, les syndicats français négocient au nom de tous les salariés et le versement des allocations chômage ne nécessite pas une adhésion préalable.

On note aussi que les militants sont accaparés par les tâches de cogestion et de représentation au sein des organismes paritaires tels l’UNEDIC et les ASSEDIC depuis 1958 (aujourd’hui Pôle Emploi). Cette cogestion entraîne une certaine professionnalisation de la fonction, et une coupure entre les représentants syndicaux qui ont objectivement intérêt à des compromis, pour prolonger leur fonction, et une base parfois plus radicale et désespérée (perte de confiance, syndicalistes accusés de profiter d’avantages…).

Cette coupure est souvent évoquée pour expliquer l’apparition de concurrents aux syndicats : les « coordinations » informelles, naissant à l’occasion de conflits ponctuels. La crise du syndicalisme s’explique elle-même essentiellement, par des facteurs plus larges tenant à la crise ouvrière par la progression du chômage (rendant difficile et dangereux l’engagement syndical) et le recul des engagements politiques. De plus, chaque syndicat est dispersé et agit de son côté.

Selon Olson, il est plus rationnel de jouer au passager clandestin (free rider) en laissant les autres se mobiliser pour soi (les autres prennent le risque et supportent le coût, tandis que le gain éventuel profite à tous). Mais alors, tout individu rationnel à intérêt à laisser les autres agir…Il ne peut donc y avoir de mobilisation collective, si chacun individuellement raisonne ainsi (c’est le paradoxe de l’action collective : l’action collective est impossible, et pourtant elle existe… parfois).

Selon Olson, pour favoriser ou empêcher la mobilisation, il faudrait proposer des incitations sélectives (avantages (ou désavantages) accordés aux plus mobilisés). Pour lutter contre le déclin du syndicalisme, Olson préconise par exemple de ne récompenser que les syndiqués (système du « Closed shop », c’est le cas dans les pays scandinaves, où les conquêtes sociales en matière de retraites ou de garantie maladie, ne sont accordées qu’aux syndiqués…ce qui explique le taux de syndicalisation proche de 80%).

Le paysage syndical français

Parmi les syndicats les plus importants, on peut citer :

  • la CGT (Confédération générale du travail, d’inspiration marxiste depuis la Charte d’Amiens en 1906)
  • FO (Force ouvrière, issu d’une scission menée par Léon Jouhaux en 1947, au sein de la CGT, en raison des liens trop étroits avec le PCF)
  • la CFE-CGC (syndicat catégoriel fondé en octobre 1944 pour défendre les intérêts des cadres, et agents de maitrise)
  • la CFDT (Confédération française des travailleurs démocratiques, syndicat réformiste prônant l’autogestion), et un groupement de patrons crée en 1945 sous l’impulsion du gouvernement
  • le MEDEF (Mouvement des entreprises de France).

Syndicats : Organisation associative en charge de la représentation et de la défense collective des intérêts des salariés (syndicats de salariés interprofessionnels ou catégoriels) ou des employeurs (syndicats patronaux).

Conclusion et ouverture

Les cycles de mobilisations collectives

On peut aussi enfin, repérer des cycles de mobilisation collective. La dégradation de la situation économique au début de 2009, ainsi que la prise de conscience de l’accroissement des inégalités semble déboucher sur une réactivation des consciences de classe ouvrières (c’est la thèse du retour des classes sociales proposée par Louis Chauvel).

 

 

Le conflit, pathologie de l’intégration (selon Durkheim) ou facteur de cohésion sociale (Weber, Simmel) ?

I. Les conflits sociaux, pathologie de l’intégration (Durkheim)

Durkheim, théoricien de l’intégration sociale et de la complémentarité des rôles

Selon Durkheim (fonctionnaliste : chaque organe (école) a une fonction), la division du travail produit normalement une nouvelle forme de solidarité entre les membres d’une collectivité (solidarité organique). Une intégration réussie se manifeste sous la forme d’une conscience collective forte et d’une solidarité entre les membres du groupe

Le conflit, qui est une opposition d‘intérêt, signe donc apparemment la fin de la cohésion sociale, une pathologie (une maladie), un dysfonctionnement des processus d’intégration. Chaque individu en situation d’anomie (sans normes directrices) ne se sent plus lié aux autres, et défend ses intérêts individuels sans limites. On observe ce type de situation dans un monde moderne, où la taille des unités industrielles fait perdre de vue les relations nécessaires de coopération entre les agents économiques.

Solutions collectives : Durkheim pense qu’il est possible de lutter contre ce dysfonctionnement :

  • en renforçant le processus de transmission des règles collectives (éducation systématique : remettre des normes et valeurs claires dans la tête des individus)
  • préconise de réactiver les groupements professionnels ou corporations professionnelles, groupes de taille intermédiaire, capables de réactiver les solidarités de proximité et d’instaurer des règles de comportement acceptées et légitimes.

Les théoriciens fonctionnalistes contemporains comme Parsons reprennent cette idée générale d’une société conçue comme un système général en équilibre (une sorte de machine dotée de dispositifs automatiques de retour à l’ordre social existant et à l’équilibre : sanctions sociales, institutions de socialisation, etc…) assurant de grandes fonctions sociales (maintien des modèles, intégration, adaptation, réalisation des fins)

II. Le conflit, facteur d’intégration et de cohésion sociale : objections à Durkheim

A. La force des liens de groupe (Obershall)

Obershall qui s’inscrit dans le courant théorique de la théorie de la mobilisation des ressources (un conflit est le résultat d’un travail de mobilisation des moyens), souligne que le groupe en lutte peut développer des relations sociales plus fortes (intégration dans le groupe de pairs, une idée reprise par Bourdieu : se poser en s’opposant). A travers un conflit, on peut réunir les gens. Obershall s’oppose cependant à Coser en considérant que le but d’un conflit reste l’élimination du groupe adverse.

Obershall croise deux variables : le degré d’intégration dans un groupe (de la communauté chaude à la société froide associative) et le degré de relations du groupe avec les autorités supérieures détentrice d’un pouvoir (de l’intégration à la segmentation), ce qui lui permet d’identifier 6 situations différentes.
(groupes intégrés disposant de relais aboutissent à des mouvements structurés par des leaders / groupes segmentés, isolés peuvent développer des actions collectives efficaces dans le cas communautaire / dans les deux autres cas, les conflits sont souvent violents et désorganisés).

B. Le conflit est normal, il est une forme de lien social (Weber, Simmel)

Selon Weber, le conflit est normal (lutte pour des ressources rares, notamment celles qui permettent de dominer les autres). Dans le cadre général de son analyse de l’évolution de la société, le conflit aura alors tendance à opposer les groupes qui portent des valeurs (sociétés chaudes) et les groupes qui défendent des intérêts (sociétés froides). Le conflit violent devient la manifestation d’un dysfonctionnement dans les procédures habituelles de règlement des antagonismes, un symptôme plus que le problème lui-même. De manière paradoxale, le conflit peut alors être utile car il permet de prendre conscience des dysfonctionnements. Il est un indicateur de ce qu’il faut réparer : c’est quand le conflit éclate qu’on se rend compte que certaines choses ne marchaient pas. Il est une prise de conscience et permet l’évolution des normes sociales.

Simmel va plus loin, et montre que le conflit est en lui-même, une forme de relation sociale, de lien social, et donc le support d’un processus de socialisation (la recherche de compromis avec l’adversaire) qui prend de multiples « formes » (cristallisation de la vie sociale : un pont rassemble, et matérialise une séparation tout à la fois. En s’affrontant on fait partie du même ensemble, on se connait avec l’habitude « socialisation récirpoque qui intervient dans les relations de conflit ». Même si la relation n’est pas en bon terme, elle existe.). Le conflit devient alors facteur de cohésion sociale (seuls les motifs de conflits : l’intérêt, l’envie, la haine…séparent, comme la rivière qui sépare les deux rives), notamment quand il s’agit de conflits à trois (le troisième groupe devient médiateur).

C. Les types de conflits et la construction des identités de groupe (Coser)

Lewis Coser insiste lui aussi sur la dimension socialisatrice du conflit : le conflit permet de se positionner dans la société, de se constituer une identité. Le fait de s’opposer à un ennemi commun ne peut que renforcer les liens d’intégration et la cohésion dans un groupe (ce que comprennent très bien les leaders politiques qui ont besoin d’un soutien populaire : exemple guerre 14-18 diabolisation des allemands, division nous/eux au lieu de haut/bas de la société).

De plus, le conflit entre groupes d’opinion contribue à sortir les individus de leur isolement et les habitue à une action collective, comme il le montre à propos de l’engagement des jeunes américains contre la guerre au Vietnam.

Enfin, Lewis Coser montre aussi que le conflit, peut contribuer à rapprocher des ennemis qui sont d’accord au moins sur l’importance de l’enjeu, et sont parfois amenés à élaborer des compromis (voir plus bas, institutionnalisation des conflits), et à se reconnaitre mutuellement.

+ Marx : c’est dans la lutte que s’acquiert la conscience de classe.
+ Coser : Le conflit est un exutoire des tensions sociales, si on ne l’exprime pas on garde les braises chaudes et il grossit, latent. Puis il explose fort (révolution française, révolutions arabes…) avec une volonté de destruction de l’autre.

 

Le conflit, facteur de changement social ou manifestation d’une résistance ?

I. Le conflit social, facteur de changement social

A. La lutte des classes : moteur de l’histoire

1. Marx : la lutte des classes

Selon Marx, la lutte des classes est le moteur de l’histoire. La division du travail a conduit à une séparation entre les propriétaires des moyens de production et les prolétaires. Donc il y a, de fait, création de classes sociales aux intérêts antagonistes (« antagonisme de classe », bipolarisation).

La lutte des classes pour la maîtrise de la production est dans le régime du capitalisme, le moteur de l’histoire (dialectique Hégélienne), c’est à dire le principal facteur du changement social. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes » (première phrase du manifeste). Voir le chapitre sur la structure sociale.

2. Dahrendorf : la lutte des places

Dahrendorf et aussi un peu, P. Bourdieu, montrent que la domination de classe perdure sous de nouvelles formes : aujourd’hui ce qui compte dans les sociétés capitalistes modernes et démocratiques n’est pas le capital, l’argent (la maitrise des moyens de production comme chez Marx), mais l’accès à une position d’autorité, un pouvoir (capacité à se faire obéir), qui amène les situations de domination entre classes sociales. Le conflit porte alors sur le pouvoir et les places institutionnalisées donnant du pouvoir.

Cependant, on peut constater aujourd’hui que le capital économique semble avoir de plus en plus d’influence en matière de choix politiques et de désignation des dirigeants.

B. Le modèle ITO de Touraine (identité, totalité, opposition)

Explication

1. L’émergence des nouveaux mouvements sociaux (NMS)

Avec le modèle ITO, Touraine va proposer une interprétation de l’évolution des conflits dans la France des années 70-90. Le mouvement social ouvrier a dominé pendant toute l’après-guerre. Les conflits étaient principalement lié au travail (grèves nombreuses et longues) et opposaient le patronat (et l’Etat) aux ouvriers. Depuis, on assiste à un déclin relatif de ce type de conflit. Ce déclin marque la fin de la société industrielle selon Touraine, et l’émergence de la société post-industrielle. Apparaîtrait dès les années 70-80, dans la société post-industrielle (sans se substituer totalement aux anciens mouvements ouvriers), des NMS (Nouveaux Mouvements Sociaux, nouvelles formes de contestations) plus adaptés aux nouvelles populations plus instruites et portant sur des questions plus larges (questions « sociétales »).

Mouvements sociaux : ensemble des actions collectives menées par des groupes sociaux pour transformer l’ordre social ou atteindre un objectif particulier en s’opposant à un autre groupe.

2. Nouveaux thèmes et nouveaux acteurs

A. Touraine identifie de nouveaux thèmes portant sur une lutte de valeurs (luttes symboliques) : altermondialistes, écologie, égalité des femmes, régionalisme, minorités ethniques, orientations sexuelles (exemple de la Gaypride)…. Les nouvelles revendications traduisent une forte demande de reconnaissance et de valorisation identitaire (cf. R. Inglehart ci-dessous), l’objectif intermédiaire étant la modification et la production de nouvelles normes juridiques. En même temps, les objectifs sont souvent localisés et précis. Il y aussi de nouveaux acteurs et de nouvelles formes d’actions : il y a méfiance générale vis à vis des délégataires de pouvoirs (syndicats, partis politiques), un refus des formes d’actions traditionnelles (grèves, occupations…) et la promotion d’actions radicales, médiatiques (exemple d’Act-up et le Sida), rapides (et parfois festives), utilisant les nouvelles technologies (Internet). Des groupes de pressions se mettent en place et jouent un rôle de contrepouvoir (exemple de Greenpeace, mouvement des « indignés »). Ces mouvements permettent des identifications identitaires et vont contribuer, quand ils s’enracinent, à structurer l’opinion des citoyens (a l’exemple des écologistes, devenus ensuite parti politique ou du mouvement de Beppe Grillo en Italie).

Exemple groupes Touraine : régionalistes (calendretas..) / féministes / antiracistes / écologistes …Aujourd’hui les partis populistes (refus de faire confiance à l’élite politique…).

3. Comment expliquer l’émergence de nouveaux mouvements sociaux ?
4. Une critique nuancée de la thèse des NMS

[…]
Par ailleurs, la thèse des NMS, suppose que les conflits du travail seraient en voie de disparition, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui (c’est encore le premier motif !). Tout au plus on assiste à une diversification des formes d’actions dans le domaine des conflits du travail.

II. Le conflit conservateur, et la résistance au changement social

Pour certains auteurs, le conflit social serait l’expression d’une résistance au changement social.
L’accusation de « corporatisme » se rencontre ainsi, souvent dans les médias (déni du droit à un mouvement social). Il s’agit de dénoncer des formes de résistances à des changements sociaux imposés et perçus comme légitimes et inévitables par ces mêmes médias. On qualifie souvent ainsi les mouvements de cheminots ou des ouvriers du livre CGT qui défendent leur statut social (relativement favorable) quitte à mettre en péril l’ensemble d’une filière économique, et à se désolidariser des autres intervenants défavorisés (les profs de SES ne défendent pas tous les profs). De manière générale, ce type de réaction est fréquent dans les groupes qui se sentent menacés (professions en disparition).

Néanmoins, la résistance à un changement n’est pas toujours le signe d’un conservatisme ou d’un corporatisme égoïste. Le conflit peut avoir pour motif la défense (que l’on peut considérer comme légitime) des acquis sociaux menacés (eux même obtenus suite à des luttes). Le changement social est aussi la manifestation d’un changement dans les rapports de domination sociaux, et le conflit social peut être aussi une forme de protestation contre de nouvelles formes d’autoritarisme et de refus du dialogue.

Il y aussi une troisième forme de conflit-résistance, qui prend des formes variées qui vont des NIMBY (« not in my backyard » : éoliennes) au ZAD (zone à défendre), où les groupes sociaux en lutte défendent un mode de vie particulier qui est menacé par une évolution globale.

Leçon 9 : le projet d’une Europe politique de 1948 à nos jours

Introduction

A la fin du 19e siècle, Victor Hugo, alors Sénateur, avait évoqué la création d' »Etats Unis d’Europe ». Après deux guerres meurtrières, cette idée est reprise par Winston Churchill lors du congrès de la Haye, qui constitue en 1948 la première pierre d’une construction supranationale, unique au monde par son ambition et son ampleur. Pourtant, dès l’origine, la construction européenne s’est heurtée à des divisions, à des obstacles voire à l’hostilité de dirigeants europhobes ou eurosceptiques.

Comment ce projet politique s’est-il consolidé malgré les obstacles et les crises ?

I. De la Haye à Maastricht : un projet qui concerne l’Europe occidentale

A. Une construction avant tout économique

En 1945, l’Europe est non-seulement affaiblie, mais elle est aussi le théâtre de la Guerre Froide. En acceptant l’aide du plan Marshall et la création de l’OTAN, l’Europe occidentale affirme son atlantisme, mais risque de tomber dans une dépendance accrue vis à vis des Etats-Unis. C’est pourquoi ce congrès de la Haye est organisé : pour renforcer la coopération européenne (s’unir pour être plus forts, et pouvoir se passer des Etats-Unis). Présidé par Churchill, on compte le chancelier Adenauer, François Mitterand, Schumann… Deux tendances se distinguent : les défédralistes, qui veulent créer une europe fédérale, et les unionistes, qui refusent tout perte de souveraineté (avec une volonté de coopération basée sur unanimité des membres). De ce sommet ne résulte qu’une création surtout symbolique : le Conseil de l’Europe, organisme chargé de promouvoir les droits de l’homme en Europe (qui va par exemple faire pression sur la France pour qu’elle abolisse la peine de mort).

C’est alors que des dirigeants venus de la démocratie chrétienne (libéralisme + valeurs chrétiennes) comme le français Robert Schuman, l’italien De Gaspeni, et le belge Spaak, décident de partir de bases concrètes, et de mettre en commun deux ressources vitales : le charbon et l’acier. Il en découle la création de la CECA en 1951 (communauté européenne du charbon et de l’acier) avec 6 pays : France, BeNeLux, RFA, Italie. Trois ans plus tard, en 1954, le projet de CED, communauté européenne de défense, échoue. Il s’agissait d’une idée française au départ, portée par M. Pleven et Pierres Mendes France. Mais à l’Assemblée française, les gaullistes et les communistes s’y opposent : les gaullistes car ils refusent un réarmement de l’Allemagne et craignent une perte de souveraineté nationale ; les communistes car ils se rangent probablement sur l’avis de Moscou, qui ne souhaite pas d’un second bloc de défense occidental puissant. C’est pourquoi la défense européenne reste en grande partie contrôlée par l’OTAN et par les Etats-Unis.

L’approfondissement de la construction européenne passe donc plus que jamais par l’économie. Le 25 mars 1957, les 6 états membres de la CECA signent le traité de Rome, qui institue la CEE, communauté économique européenne, et l’Euratom (Communauté européenne de l’énergie atomique, organisme public européen chargé de coordonner les programmes de recherche sur l’énergie nucléaire). Ce traité met en place un marché commun, avec une baisse progressive des droits de douane entre états membres, et la mise en place d’un tarif extérieur commun (droit de douane commun aux membres d’un groupe de pays). Les premières institutions européennes sont crées autour de Bruxelles et de Strasbourg : le Parlement, la Commission Européenne, le Conseil Européen avec les 6 chefs d’état ou de gouvernement, et le Conseil des ministres qui réunit les 6 ministres d’un même secteur. Par exemple, les 6 ministres de l’agriculture se réuniront lors de la création de la PAC.

B. De 1957 à 1992 : l’élargissement et l’approfondissement

De Gaulle, revenu au pouvoir en mai 58, est hostile à tout abandon de souveraineté nationale. Il exige que toutes les décisions au sein de la CEE soient prises à l’unanimité. Cette méfiance gaullienne n’empêche pas la mise en oeuvre de politiques ambitieuses comme la PAC en 1962, qui aboutit, au moyen du productivisme, à une augmentation très forte des productions. Une autre part du budget est consacré à l’aide aux régions en difficulté comme le Mezzogiorno en Italie. De gaulle refusait l’entrée du Royaume-Uni dans le CEE, car il considérait ce pays comme un « cheval de troie » des Etats-Unis. Mais son successeur Pompidou est plus souple et en 1973, le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark adhèrent à la CEE.

Ensuite, à la fin des années 70, le couple franco-allemand est au cœur de la construction européenne. En effet, le Président Valéry Giscard d’Estaing et le chancelier Schmidt font aboutir deux projets : l’election du parlement européen au suffrage universel, et la création du SME, système monétaire européen, pour stabiliser le cours des monnaies des états membres (après la disparition de Bretton Woods). Dans les années 80, Mme Tacher incarne l’euroscepticisme : « I want my money back » s’exclame-t-elle lors d’un sommet européen, considérant que son pays paye trop cher pour financier l’agriculture européenne. Mais, malgré cela, le projet européen attire, la CEE passe de 9 à 12 membres avec la Grèce en 1981 et le Portugal et l’Espagne en 1986 (entrés un peu plus tard en raison de la peur de la concurrence agricole qu’avait la France).

A partir de 1984, le Président de la Comission européenne Jacques Delors, europhile convaincu, lance un nouveau projet, soutenu par le duo Mitterand et Kohl. En 1985 (et totalement effectif seulement en 1995) sont signés les accords de Schengen, facilitant la libre circulation des personnes. En 1986 est signé l’acte unique européen, visant à faciliter la circulation des marchandises et des capitaux. En 1987, est lancé le programme Erasmus ( programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre les universités et les grandes écoles européennes). Ces succès poussent les dirigeants européens, en particulier Jacques Delors, à voir plus grand

II. La gouvernance de l’Europe de  1992 à 2001 

A. De 12 à 28 membres

En 1995 trois pays riches et peu peuplés rejoignent l’UE : l’Autriche,la Finlande et la Suède. Si ces adhésions ne posent aucun problème, par contre celles des pays d’Europe Centrale et Orientale (les PECO) intervient à l’issue d’un processus qui débute avec le sommet de Copenhague en 1993. Les pays candidats, en transition vers l’économie de marché et la démocratie, doivent remplir des critères stricts comme par exemple le respect des droits de l’homme. En 2004 la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, jadis états satellites de l’URSS ; et l’Estonie, la Lituanie , la Lettonie, anciennes républiques soviétiques; la Slovénie qui faisait partie de la Yougoslavie, deviennent membres de l’UE, accompagnées par Malte et Chypre. En 2007 c’est au tour de la Bulgarie et en 2013 la Croatie adhère aussi à l’UE (plus tard car plus pauvres et plus corrompus) qui compte désormais 28 membres et 510 millions d’habitants. Ces adhésions font de l’Allemagne le nouveau centre de gravité de l’Europe. De plus, le coût de ces admissions conduit les dirigeants européens à geler les prochaines entrées. Actuellement la Serbie, le Monténégro, la Macédoine et la Turquie sont candidats. Si l’intégration future des derniers petits états balkaniques semble logique, celle de la Turquie en revanche semble repoussée à plus tard, compte tenu du contexte (présence de gouvernements islamistes et recul de la laïcité).

B. La volonté d’une « Europe puissance » (invention de Delors)

Impulsé par le président de la commission européenne Jacques Delors, la signature du traité de Maastricht intervient le 7 février 1992. La CEE devient l’UE et s’organise autour de trois piliers :

  • un pilier économique avec la mise en place d’un marché unique et la création d’une monnaie commune, l’euro
  • une coopération judiciaire et policière avec la création d’Europol
  • une politique étrangère et de sécurité commune, la PESC, avec la mise en place d’un embryon d’armée commune : l’Eurocorps

Le traité institue aussi une citoyenneté européenne, et renforce les pouvoirs du Parlement. Mais cet approfondissement rencontre des résistances : en France, le referendum destiné à faire approuver le traité par le peuple voit le oui l’emporter de justesse. Et les crises diplomatiques montrent les difficultés à parler d’une seule voix sur la scène diplomatique : c’est l’OTAN qui intervient en ex-Yougoslavie, et l’intervention des USA en Irak en 2003 divise les états membres de l’UE.

III. Une gouvernante en crise (début des années 2000-2018)

A. Les défis de l’approfondissement

Certains états sont réticents vis-à-vis des nouvelles politiques mises en place en 1995 : les accords de Schengen ne concernent pas le Royaume Uni qui refuse également d’appartenir à l’Eurogroupe, imité en cela par la Suède et le Danemark. De sorte que l’euro mis en service en janvier 2002 ne concerne que 17 pays aujourd’hui. D’autre part les institutions ne sont plus adaptées à un si grand nombre d’états : il faut augmenter le nombre de commissaires européens et à partir du traité de Nice, signé en 2001, adopter le vote à la majorité qualifiée pour certaines décisions car l’unanimité est impossible.

B. Un fédéralisme impossible ?

Afin de progresser dans la mise en place d’une Europe fédérale, l’ancien président Giscard d’Estaing préside une convention chargée de rédiger un projet de Constitution européenne. Ce projet qui prévoit entre autre la création d’un poste de président de l’UE est approuvé par les chefs d’état et de gouvernement. Mais au printemps 2005 les citoyens français et néerlandais rejettent ce projet par referendum. Pour sortir de l’impasse, les dirigeants adoptent en 2007 une version simplifiée de la constitution : le traité de Lisbonne ratifié uniquement par voie parlementaire et non référendaire, qui donne donc au belge Van Rompuy puis au polonais Donal Tusk poste de président de l’UEn et à la britannique Katherine Ashton celui de Haut représentant des affaires étrangères de l’Union (lesquels se distinguent par leur inaction lors des crises qui touchent l’UE, comme la crise Ukraine/Russie ou les attentats commis par les islamistes).

Une nouvelle crise intervient alors : celle de la dette. Suite à la crise des subprimes qui désorganise les systèmes financiers certains pays comme la Grèce ou l’Espagne sont menacés par la faillite. L’euro est alors menacé de disparition, et à l’été 2016 on évite de peu le Grexit. Aux cotés du FMI, l’UE intervient alors pour secourir ces pays par le biais du mécanisme européen de stabilité, et également pour racheter aux banques certaines créances pourries (dette grecque). L’Allemagne, aux finances saines, souhaite alors renforcer le fédéralisme budgétaire : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance voté en 2012 prévoit des sanctions contre les membres ne respectant pas certaines normes budgétaires comme la règle d’or qui limite à 3% le déficit maximum d’un état. Mais ce dispositif est très critiqué par certains pays comme la Grèce, mais aussi la France, qui craint une récession consécutive à la mise en place de politiques d’austérité trop strictes. Ces mesures, soutenues par Angela Merkel, renforcent aussi un retour d’une certaine germanophobie.

C. L’UE sous le feu de critiques

L’euroscepticisme progresse : le traité de Lisbonne a bafoué la souveraineté populaire, l’euro est accusé d’avoir relancé l’inflation, les institutions de l’UE aggraveraient pour certains le déficit démocratique surtout en ce qui concerne la commission européenne, basée à Bruxelles et composée de membres non élus. Ainsi, à chaque élection européenne, le taux d’abstention grimpe et les partis hostiles à la construction européenne progressent (Front national). Et le doute touche aussi les politiques menées par l’UE : la réduction des dépenses publiques et l’austérité, sont à l’origine des succès de Syriza en Grèce et de Podemos en Espagne.

Dans nombre d’états, les souverainistes font entendre leur voix, ils critiquent la légitimité des décisions européennes, l’inefficacité des dispositifs visant à maîtriser les flux migratoires ce qui pousse certains états d’Europe Centrale comme la Hongrie (Premier Ministre Viktor Orban) a bloquer leurs frontières, la vision libérale qui est mise en oeuvre par les décisions de Bruxelles (discussions opaques sur la signature du TAFTA) et ils envisagent une sortie de l’euro et même de l’UE. Ces partis comme le Front National ou la Ligue du nord en Italie sont plutôt classés à l’extrême droite mais M Cameron (Premier ministre du Royaume-Uni de 2010 à 2016), modéré, a lui aussi demandé par referendum au peuple britannique s’il voulait rester dans l’UE ou non. Le Brexit a triomphé du Bremain, ce qui renforce les incertitudes concernant l’avenir de l’UE alors qu’en ce printemps 2018 un gouvernement peu europhile a pris les rênes de l’Italie.

Deux dangers majeurs menacent donc l’avenir de l’UE à court terme : les conséquences du Brexit, et la persistance de l’impuissance diplomatique de l’UE face aux grandes menaces comme le terrorisme ou l’arrivée massive de migrants (selon certains). Plus que jamais, l’Europe est divisée entre trois tendances : les souverainistes qui ne veulent que des décisions prises à l’unanimité et qui veulent retrouver le contrôle de leurs frontières et de leur monnaie, les fédéralistes comme Macron convaincus que face aux USA et aux géants émergents, seule une Europe unie et puissante pourra compter et peser, et ceux enfin qui se contenteraient d’une Europe réduite à une vaste zone de libre échange.

Leçon 8 : La gouvernance économique mondiale

La gouvernance économique mondiale de 1945 à nos jours

Introduction

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une coopération économique s’impose afin de favoriser le retour à la prospérité et d’éviter une crise semblable à celle des années 30. Les USA assument alors leur rôle de leaders du monde capitaliste, et ils organisent autour d’eux un système économique basé sur la suprématie du dollar. Mais le retour des crises comme le choc pétrolier de 1973 ou la crise des Subprimes en 2008, oblige les dirigeants des grandes puissances à penser une nouvelle forme de gouvernance économique, mieux adaptée à un monde multipolaire.

En quoi la mise en place d’une gouvernance économique mondiale favorise-t-elle l’essor du commerce et empêche-t-elle l’éclatement d’une crise planétaire ?

I. De la fin de la Guerre au début des années 70 : favoriser le retour de la croissance

A. Un leadership assumé

Les alliées ont tiré des leçons des années 30 : il faut agir ensemble et surtout éviter la mise en place de politiques protectionnistes ainsi que les dévaluations monétaires. Les USA détiennent alors 65% des stocks d’or mondiaux et ils assurent 50% de la production industrielle, mais ils ont besoin de relancer l’économie européenne, tout d’abord pour éviter le retour de l’extrémisme, mais aussi pour donner à leur industrie des débouchés (afin que les pays puissent leur acheter leur production). Le contexte est donc favorable au leadership américain : les États-Unis veulent (et peuvent) à la fois favoriser la reconstruction, défendre leurs intérêts économiques, imposer leur hégémonie commerciale et limiter l’expansion communiste

En juillet 1944, ils organisent une conférence internationale à Bretton Woods, à laquelle participent John Maynard Keynes et Jean Monnet. Keynes voulait créer une monnaie internationale commune, le banco, mais ce sont les idées de l’économiste américain White qui sont retenues. La seule monnaie qui inspire confiance étant le dollar, on créé donc un nouveau système économique autour de la valeur de cette devise, appelé le Système de Bretton Woods, ou Gold Exchange Standard. On décide qu’une once d’or vaut 35 dollars, et les autres monnaies du système sont alors fixées par rapport au dollar, avec une marge de variation de plus ou moins 1%. A l’époque, un dollar vaut 119 francs, ce qui fait que sa valeur pouvait fluctuer entre 118 et 120 francs. La FED (Réserve fédérale des États-Unis) dispose de grands pouvoirs puisque pour elle, émettre de la monnaie revient à fabriquer de l’or. Mais il existe également d’autres institutions…

B. Les institutions de régulation

C’est la naissance des deux premières institutions de régulation : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ces nouvelles institutions internationales vont permettre une forte croissance. Le FMI (Fond Monétaire International) siège à Washington, les USA en sont les premiers contributeurs. Ils disposent d’un nombre élevé de voix et ils y ont même un droit de veto. Avec son budget le FMI intervient pour éviter les fluctuations de monnaies, et il fournit également des liquidités aux pays en crise, pour éviter les faillites bancaires comme celles ayant ruiné les banques autrichiennes et allemandes dans les années 30. La banque mondiale, à la base, est destinée à financer la reconstruction du Japon et de l’Europe, dans le cadre des plans Marshall et Dodge. Dans les années 60 cette banque s’adresse surtout aux pays du tiers monde.

Ce système est co-dirigé par l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest. Les USA veulent aussi favoriser les échanges et le libre-échange. L’ONU organise en 1947 à la Havanne une conférence qui prévoyait la création de l’OCI, organisation du commerce international, qui dépendrait d’elle. Mais les USA s’y opposent par peur de l’influence soviétique. Le GATT est donc créé en 1948 à la place. Celui-ci a pour but de faire baisser progressivement les taxes douanières (réduction importante des droits de douane : 40 % en 1947, 10 % en 1967), et fonctionne par cycles ou « rounds ». Par exemple de 1964 à 1967 se déroule un cycle de discussion appelé le « Kennedy Round ». Ce système présente des failles, bien qu’il assure une certaine stabilité. Il favorise les USA pour qu’ils puissent fabriquer autant de monnaie qu’ils veulent, pour financer leur déficit qui se creuse après la Guerre du Vietnam.

Les pays communistes sont exclus de ce système, et les pays du tiers monde y ont très peu de poids. Tout de même en 1964 ils obtiennent la création par l’ONU de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) qui a pour but d’assurer aux produits du tiers monde un meilleur accès au marché international.

La parité fixe entre les monnaies est difficile à assumer, et à terme le système peut pénaliser les USA car il provoque, sur le long terme, une surévaluation du dollar, ce qui pénalise les exportations étasuniennes alors même qu’au début des années 70, la croissance des trente glorieuses s’essouffle.

II. La gouvernance économique mondiale de 1975 au début des années 90

Au début des années 1970, l’économie mondiale, déjà perturbée par l’abandon du système de Bretton Woods, entre en récession. Les chefs d’état des principaux pays industrialisés tentent alors de coopérer dans le cadre de sommets appelés G6 puis G7. Mais cette approche ne suffit plus pour faire face à de nouveaux défis comme le déclenchement de crises financières,la prise en compte des risques « environnementaux ou l’émergence de nouvelles puissances.

A. Un contexte de crises

Voyant les stocks d’or de la Banque fédérale fondre (le dollar ne peut plus soutenir la croissance des échanges internationaux : énorme inflation, balance des paiements déficitaire, concurrence européenne et japonaise ), en 1971 le Président Nixon décide de mettre fin à la convertibilité du dollar en or : c’est la fin du système de Bretton Woods. Pour faciliter les exportations le dollar est dévalué de 10% : c’est la fin du système de Bretton Woods mis en place en 1944 et le début de désordres monétaires puisque désormais il n’y a plus de parités fixes entre les monnaies des pays membres du FMI (incertitude sur le commerce international). En outre, en 1973, puis en 1979 (problèmes politiques avant la guerre Iran-Irak), les économies occidentales subissent des chocs pétroliers qui provoquent une forte inflation et une hausse du chômage : on observe donc une récession économique profonde dans les années 70 . Entre 1973 et 1980 le prix du baril du pétrole a été multiplié par 8. Pour éviter un désastre comparable à celui des années 1930 une coopération est nécessaire.

La crise des années 1970 remet en cause la gouvernance économique mondiale. La libéralisation est présentée comme une réponse à cette crise.

B. Une gouvernance sous influence libérale

En 1975 le Président Giscard d’Estaing prend l’initiative de réunir à Rambouillet les dirigeants des Etats-Unis, du Royaume Uni, de la RFA, du Japon et de l’Italie, ce qui donne naissance avec la France au G6 transformé en G7 en 1976 avec l’ajout du Canada. Les résultats de ces sommets sont décevants : ils n’empêchent pas la mise en place de quotas d’importation contraires aux orientations du GATT.

D’autre part ces dirigeants sont de plus en plus influencés par les thèses libérales appliquées par Reagan et Thatcher, ce qui conduit à la création d’un marché financier global visant à faciliter la libre circulation des capitaux et les investissements IDE.

C. Les difficultés des pays en développement

On remarque une opposition des pays du « Tiers-Monde », qui militent pour un « nouvel ordre économique mondial ». En 1960, c’est création de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) : elle représente une volonté des pays pétroliers de peser sur les prix de l’énergie, indispensable au commerce. On note également la formation en 1964 à l’ONU du groupe des 77. De plus, il faut noter un endettement croissant des pays du Sud (Mexique, Argentine…) : ils sollicitent alors l’aide du FMI. Le FMI et la Banque mondiale leur accorde une aide financière en échange d’une politique de rigueur. Cela consiste en la mise en place de PAS (politiques d’ajustement structurel) qui les obligent à déréglementer leurs économies et à privatiser certains secteurs, ce qui aggrave les inégalités et la pauvreté.

Mais cette approche n’est pas réellement remise en cause, puisqu’en même temps le modèle communiste disparaît. Pourtant, alors que la Chine et l’ex bloc soviétique participent davantage au commerce mondial, un changement est nécessaire.

III. De la création de l’OMC (94-95) à nos jours : une nouvelle gouvernance mondiale

A. L’OMC et ses effets

Basée à Genève, l’OMC créé en 1994-1995, est plus ambitieuse que le GATT. Celui ci comptait 23 membres en 1947 alors que l’OMC en accueille 113 en 1995 et 153 aujourd’hui. L’OMC s’occupe non seulement de faire baisser les taxes sur les produits agricoles et les biens manufacturés mais elle s’occupe aussi des services et de la propriété intellectuelle. Son fonctionnement est plus égalitaire puisque chaque pays dispose d’une voix. Mais le cycle de Doha (Qatar) commencé en 2001 ne parvient pas à faire baisser les taxes sur les produits agricoles et les pays du Sud s’estiment toujours lésés par l’existence de subventions versées par l’UE et par les Etats-Unis à leurs agriculteurs. Dès lors, si le libre échange progresse, c’est surtout grâce aux organisations régionales comme l’ALENA ou le MERCOSUR (en attendant la mise en place du TAFTA entre l’UE et les Etats-Unis). De plus, en 2001, la Chine entre à l’OMC.

B. Des crises fréquentes

La libéralisation de l’économie favorise l’apparition de bulles spéculatives qui, quand elle éclatent, sont à l’origine de désordres (crise asiatique de 1997 (Japon, Malaisie, Thaïlande…) due a la bulle immobilière). Pour certains pays les PAS (politiques d’ajustement structurel) conduisent à la faillite qui touche l’Argentine, en 2001 et qui oblige ensuite les époux Kirchner a revenir à des pratiques étatiques (renationalisation de la compagnie aérienne…). Et surtout en 2007 le monde est ébranlé par la crise des subprimes : les emprunteurs américains ne peuvent plus rembourser leurs crédits et sont obligés de vendre leurs biens à perte. Les banques manquent alors de liquidités et une d’entre elles, Lehman Brothers, fait faillite en 2008. Au total 500 milliards de dollars s’évanouissent et, compte tenu de la globalisation des marchés financiers, partout des banques (Italie, Grèce, Espagne…), des compagnies d’assurance comme AIG connaissent de graves difficultés.

On peut donc en conclure une casi incapacité de la gouvernance économique mondiale à empêcher les crises financières

C. Une réaction salutaire depuis 2007 ?

En 2009 le président Sarkozy et le Premier ministre britannique Brown arrivent à organiser en urgence à Londres puis à Pittsburgh la réunion du G20 (créé en 1999) rassemblant 20 états représentant plus de 80% du PIB mondial (Brésil,Arabie,Indonésie…). Des mesures sont prises pour lutter contre la spéculation et les paradis fiscaux. L’argent des pays émergents épargnés par la crise et l’aide du FMI sont consacrés en priorité aux PIIGS (Port, Ital, Irlande, Grece, Spain) qui en échange doivent appliquer des politiques d’austérité (réduction du salaire des fonctionnaires, hausse des impôts…) qui, dans un premier temps aggravent la crise, mais qui à moyen terme devraient permettre d’assainir les finances publiques. Dans ce cadre, les pays émergents réclament et obtiennent plus de poids dans les processus de décision. Leur vote a plus d’importance au FMI et à la Banque Mondiale et en 2013 un brésilien, Roberto Azevedo, est nommé à la tête de l’OMC.

Pour autant, les altermondialistes dénoncent toujours cette gouvernance sous influence libérale (une gouvernance promue par les milieux néolibéraux et le forum de Davos, qui visent la libéralisation des échanges et la suppression des barrières tarifaires et douanières) et réclament entre autre une prise en charge des intérêts environnementaux. La crise de 2007 a donc poussé les grandes puissances, traditionnelles ou émergentes, vers une nouvelle gouvernance économique mondiale. Toutefois, des questions demeurent : la Chine pourra t-elle assumer aux cotés des USA un condominium économique ? La société civile et les ONG seront-elles associées aux décisions ? Les règles mises en place par les états seront-elles acceptées par les FTN ? Autant d’interrogations qui montrent qu’au-delà de l’efficacité des actions menées se pose la question de la légitimité des acteurs de la gouvernance économique mondiale.

Conclusion

Les nouveaux défis du développement durable : nécessité de prise en compte de la question environnementale par la gouvernance économique mondiale

 

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