Tous les cours dans Histoire

Leçon 9 : le projet d’une Europe politique de 1948 à nos jours

Introduction

A la fin du 19e siècle, Victor Hugo, alors Sénateur, avait évoqué la création d' »Etats Unis d’Europe ». Après deux guerres meurtrières, cette idée est reprise par Winston Churchill lors du congrès de la Haye, qui constitue en 1948 la première pierre d’une construction supranationale, unique au monde par son ambition et son ampleur. Pourtant, dès l’origine, la construction européenne s’est heurtée à des divisions, à des obstacles voire à l’hostilité de dirigeants europhobes ou eurosceptiques.

Comment ce projet politique s’est-il consolidé malgré les obstacles et les crises ?

I. De la Haye à Maastricht : un projet qui concerne l’Europe occidentale

A. Une construction avant tout économique

En 1945, l’Europe est non-seulement affaiblie, mais elle est aussi le théâtre de la Guerre Froide. En acceptant l’aide du plan Marshall et la création de l’OTAN, l’Europe occidentale affirme son atlantisme, mais risque de tomber dans une dépendance accrue vis à vis des Etats-Unis. C’est pourquoi ce congrès de la Haye est organisé : pour renforcer la coopération européenne (s’unir pour être plus forts, et pouvoir se passer des Etats-Unis). Présidé par Churchill, on compte le chancelier Adenauer, François Mitterand, Schumann… Deux tendances se distinguent : les défédralistes, qui veulent créer une europe fédérale, et les unionistes, qui refusent tout perte de souveraineté (avec une volonté de coopération basée sur unanimité des membres). De ce sommet ne résulte qu’une création surtout symbolique : le Conseil de l’Europe, organisme chargé de promouvoir les droits de l’homme en Europe (qui va par exemple faire pression sur la France pour qu’elle abolisse la peine de mort).

C’est alors que des dirigeants venus de la démocratie chrétienne (libéralisme + valeurs chrétiennes) comme le français Robert Schuman, l’italien De Gaspeni, et le belge Spaak, décident de partir de bases concrètes, et de mettre en commun deux ressources vitales : le charbon et l’acier. Il en découle la création de la CECA en 1951 (communauté européenne du charbon et de l’acier) avec 6 pays : France, BeNeLux, RFA, Italie. Trois ans plus tard, en 1954, le projet de CED, communauté européenne de défense, échoue. Il s’agissait d’une idée française au départ, portée par M. Pleven et Pierres Mendes France. Mais à l’Assemblée française, les gaullistes et les communistes s’y opposent : les gaullistes car ils refusent un réarmement de l’Allemagne et craignent une perte de souveraineté nationale ; les communistes car ils se rangent probablement sur l’avis de Moscou, qui ne souhaite pas d’un second bloc de défense occidental puissant. C’est pourquoi la défense européenne reste en grande partie contrôlée par l’OTAN et par les Etats-Unis.

L’approfondissement de la construction européenne passe donc plus que jamais par l’économie. Le 25 mars 1957, les 6 états membres de la CECA signent le traité de Rome, qui institue la CEE, communauté économique européenne, et l’Euratom (Communauté européenne de l’énergie atomique, organisme public européen chargé de coordonner les programmes de recherche sur l’énergie nucléaire). Ce traité met en place un marché commun, avec une baisse progressive des droits de douane entre états membres, et la mise en place d’un tarif extérieur commun (droit de douane commun aux membres d’un groupe de pays). Les premières institutions européennes sont crées autour de Bruxelles et de Strasbourg : le Parlement, la Commission Européenne, le Conseil Européen avec les 6 chefs d’état ou de gouvernement, et le Conseil des ministres qui réunit les 6 ministres d’un même secteur. Par exemple, les 6 ministres de l’agriculture se réuniront lors de la création de la PAC.

B. De 1957 à 1992 : l’élargissement et l’approfondissement

De Gaulle, revenu au pouvoir en mai 58, est hostile à tout abandon de souveraineté nationale. Il exige que toutes les décisions au sein de la CEE soient prises à l’unanimité. Cette méfiance gaullienne n’empêche pas la mise en oeuvre de politiques ambitieuses comme la PAC en 1962, qui aboutit, au moyen du productivisme, à une augmentation très forte des productions. Une autre part du budget est consacré à l’aide aux régions en difficulté comme le Mezzogiorno en Italie. De gaulle refusait l’entrée du Royaume-Uni dans le CEE, car il considérait ce pays comme un « cheval de troie » des Etats-Unis. Mais son successeur Pompidou est plus souple et en 1973, le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark adhèrent à la CEE.

Ensuite, à la fin des années 70, le couple franco-allemand est au cœur de la construction européenne. En effet, le Président Valéry Giscard d’Estaing et le chancelier Schmidt font aboutir deux projets : l’election du parlement européen au suffrage universel, et la création du SME, système monétaire européen, pour stabiliser le cours des monnaies des états membres (après la disparition de Bretton Woods). Dans les années 80, Mme Tacher incarne l’euroscepticisme : « I want my money back » s’exclame-t-elle lors d’un sommet européen, considérant que son pays paye trop cher pour financier l’agriculture européenne. Mais, malgré cela, le projet européen attire, la CEE passe de 9 à 12 membres avec la Grèce en 1981 et le Portugal et l’Espagne en 1986 (entrés un peu plus tard en raison de la peur de la concurrence agricole qu’avait la France).

A partir de 1984, le Président de la Comission européenne Jacques Delors, europhile convaincu, lance un nouveau projet, soutenu par le duo Mitterand et Kohl. En 1985 (et totalement effectif seulement en 1995) sont signés les accords de Schengen, facilitant la libre circulation des personnes. En 1986 est signé l’acte unique européen, visant à faciliter la circulation des marchandises et des capitaux. En 1987, est lancé le programme Erasmus ( programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre les universités et les grandes écoles européennes). Ces succès poussent les dirigeants européens, en particulier Jacques Delors, à voir plus grand

II. La gouvernance de l’Europe de  1992 à 2001 

A. De 12 à 28 membres

En 1995 trois pays riches et peu peuplés rejoignent l’UE : l’Autriche,la Finlande et la Suède. Si ces adhésions ne posent aucun problème, par contre celles des pays d’Europe Centrale et Orientale (les PECO) intervient à l’issue d’un processus qui débute avec le sommet de Copenhague en 1993. Les pays candidats, en transition vers l’économie de marché et la démocratie, doivent remplir des critères stricts comme par exemple le respect des droits de l’homme. En 2004 la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, jadis états satellites de l’URSS ; et l’Estonie, la Lituanie , la Lettonie, anciennes républiques soviétiques; la Slovénie qui faisait partie de la Yougoslavie, deviennent membres de l’UE, accompagnées par Malte et Chypre. En 2007 c’est au tour de la Bulgarie et en 2013 la Croatie adhère aussi à l’UE (plus tard car plus pauvres et plus corrompus) qui compte désormais 28 membres et 510 millions d’habitants. Ces adhésions font de l’Allemagne le nouveau centre de gravité de l’Europe. De plus, le coût de ces admissions conduit les dirigeants européens à geler les prochaines entrées. Actuellement la Serbie, le Monténégro, la Macédoine et la Turquie sont candidats. Si l’intégration future des derniers petits états balkaniques semble logique, celle de la Turquie en revanche semble repoussée à plus tard, compte tenu du contexte (présence de gouvernements islamistes et recul de la laïcité).

B. La volonté d’une « Europe puissance » (invention de Delors)

Impulsé par le président de la commission européenne Jacques Delors, la signature du traité de Maastricht intervient le 7 février 1992. La CEE devient l’UE et s’organise autour de trois piliers :

  • un pilier économique avec la mise en place d’un marché unique et la création d’une monnaie commune, l’euro
  • une coopération judiciaire et policière avec la création d’Europol
  • une politique étrangère et de sécurité commune, la PESC, avec la mise en place d’un embryon d’armée commune : l’Eurocorps

Le traité institue aussi une citoyenneté européenne, et renforce les pouvoirs du Parlement. Mais cet approfondissement rencontre des résistances : en France, le referendum destiné à faire approuver le traité par le peuple voit le oui l’emporter de justesse. Et les crises diplomatiques montrent les difficultés à parler d’une seule voix sur la scène diplomatique : c’est l’OTAN qui intervient en ex-Yougoslavie, et l’intervention des USA en Irak en 2003 divise les états membres de l’UE.

III. Une gouvernante en crise (début des années 2000-2018)

A. Les défis de l’approfondissement

Certains états sont réticents vis-à-vis des nouvelles politiques mises en place en 1995 : les accords de Schengen ne concernent pas le Royaume Uni qui refuse également d’appartenir à l’Eurogroupe, imité en cela par la Suède et le Danemark. De sorte que l’euro mis en service en janvier 2002 ne concerne que 17 pays aujourd’hui. D’autre part les institutions ne sont plus adaptées à un si grand nombre d’états : il faut augmenter le nombre de commissaires européens et à partir du traité de Nice, signé en 2001, adopter le vote à la majorité qualifiée pour certaines décisions car l’unanimité est impossible.

B. Un fédéralisme impossible ?

Afin de progresser dans la mise en place d’une Europe fédérale, l’ancien président Giscard d’Estaing préside une convention chargée de rédiger un projet de Constitution européenne. Ce projet qui prévoit entre autre la création d’un poste de président de l’UE est approuvé par les chefs d’état et de gouvernement. Mais au printemps 2005 les citoyens français et néerlandais rejettent ce projet par referendum. Pour sortir de l’impasse, les dirigeants adoptent en 2007 une version simplifiée de la constitution : le traité de Lisbonne ratifié uniquement par voie parlementaire et non référendaire, qui donne donc au belge Van Rompuy puis au polonais Donal Tusk poste de président de l’UEn et à la britannique Katherine Ashton celui de Haut représentant des affaires étrangères de l’Union (lesquels se distinguent par leur inaction lors des crises qui touchent l’UE, comme la crise Ukraine/Russie ou les attentats commis par les islamistes).

Une nouvelle crise intervient alors : celle de la dette. Suite à la crise des subprimes qui désorganise les systèmes financiers certains pays comme la Grèce ou l’Espagne sont menacés par la faillite. L’euro est alors menacé de disparition, et à l’été 2016 on évite de peu le Grexit. Aux cotés du FMI, l’UE intervient alors pour secourir ces pays par le biais du mécanisme européen de stabilité, et également pour racheter aux banques certaines créances pourries (dette grecque). L’Allemagne, aux finances saines, souhaite alors renforcer le fédéralisme budgétaire : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance voté en 2012 prévoit des sanctions contre les membres ne respectant pas certaines normes budgétaires comme la règle d’or qui limite à 3% le déficit maximum d’un état. Mais ce dispositif est très critiqué par certains pays comme la Grèce, mais aussi la France, qui craint une récession consécutive à la mise en place de politiques d’austérité trop strictes. Ces mesures, soutenues par Angela Merkel, renforcent aussi un retour d’une certaine germanophobie.

C. L’UE sous le feu de critiques

L’euroscepticisme progresse : le traité de Lisbonne a bafoué la souveraineté populaire, l’euro est accusé d’avoir relancé l’inflation, les institutions de l’UE aggraveraient pour certains le déficit démocratique surtout en ce qui concerne la commission européenne, basée à Bruxelles et composée de membres non élus. Ainsi, à chaque élection européenne, le taux d’abstention grimpe et les partis hostiles à la construction européenne progressent (Front national). Et le doute touche aussi les politiques menées par l’UE : la réduction des dépenses publiques et l’austérité, sont à l’origine des succès de Syriza en Grèce et de Podemos en Espagne.

Dans nombre d’états, les souverainistes font entendre leur voix, ils critiquent la légitimité des décisions européennes, l’inefficacité des dispositifs visant à maîtriser les flux migratoires ce qui pousse certains états d’Europe Centrale comme la Hongrie (Premier Ministre Viktor Orban) a bloquer leurs frontières, la vision libérale qui est mise en oeuvre par les décisions de Bruxelles (discussions opaques sur la signature du TAFTA) et ils envisagent une sortie de l’euro et même de l’UE. Ces partis comme le Front National ou la Ligue du nord en Italie sont plutôt classés à l’extrême droite mais M Cameron (Premier ministre du Royaume-Uni de 2010 à 2016), modéré, a lui aussi demandé par referendum au peuple britannique s’il voulait rester dans l’UE ou non. Le Brexit a triomphé du Bremain, ce qui renforce les incertitudes concernant l’avenir de l’UE alors qu’en ce printemps 2018 un gouvernement peu europhile a pris les rênes de l’Italie.

Deux dangers majeurs menacent donc l’avenir de l’UE à court terme : les conséquences du Brexit, et la persistance de l’impuissance diplomatique de l’UE face aux grandes menaces comme le terrorisme ou l’arrivée massive de migrants (selon certains). Plus que jamais, l’Europe est divisée entre trois tendances : les souverainistes qui ne veulent que des décisions prises à l’unanimité et qui veulent retrouver le contrôle de leurs frontières et de leur monnaie, les fédéralistes comme Macron convaincus que face aux USA et aux géants émergents, seule une Europe unie et puissante pourra compter et peser, et ceux enfin qui se contenteraient d’une Europe réduite à une vaste zone de libre échange.

Leçon 8 : La gouvernance économique mondiale

La gouvernance économique mondiale de 1945 à nos jours

Introduction

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une coopération économique s’impose afin de favoriser le retour à la prospérité et d’éviter une crise semblable à celle des années 30. Les USA assument alors leur rôle de leaders du monde capitaliste, et ils organisent autour d’eux un système économique basé sur la suprématie du dollar. Mais le retour des crises comme le choc pétrolier de 1973 ou la crise des Subprimes en 2008, oblige les dirigeants des grandes puissances à penser une nouvelle forme de gouvernance économique, mieux adaptée à un monde multipolaire.

En quoi la mise en place d’une gouvernance économique mondiale favorise-t-elle l’essor du commerce et empêche-t-elle l’éclatement d’une crise planétaire ?

I. De la fin de la Guerre au début des années 70 : favoriser le retour de la croissance

A. Un leadership assumé

Les alliées ont tiré des leçons des années 30 : il faut agir ensemble et surtout éviter la mise en place de politiques protectionnistes ainsi que les dévaluations monétaires. Les USA détiennent alors 65% des stocks d’or mondiaux et ils assurent 50% de la production industrielle, mais ils ont besoin de relancer l’économie européenne, tout d’abord pour éviter le retour de l’extrémisme, mais aussi pour donner à leur industrie des débouchés (afin que les pays puissent leur acheter leur production). Le contexte est donc favorable au leadership américain : les États-Unis veulent (et peuvent) à la fois favoriser la reconstruction, défendre leurs intérêts économiques, imposer leur hégémonie commerciale et limiter l’expansion communiste

En juillet 1944, ils organisent une conférence internationale à Bretton Woods, à laquelle participent John Maynard Keynes et Jean Monnet. Keynes voulait créer une monnaie internationale commune, le banco, mais ce sont les idées de l’économiste américain White qui sont retenues. La seule monnaie qui inspire confiance étant le dollar, on créé donc un nouveau système économique autour de la valeur de cette devise, appelé le Système de Bretton Woods, ou Gold Exchange Standard. On décide qu’une once d’or vaut 35 dollars, et les autres monnaies du système sont alors fixées par rapport au dollar, avec une marge de variation de plus ou moins 1%. A l’époque, un dollar vaut 119 francs, ce qui fait que sa valeur pouvait fluctuer entre 118 et 120 francs. La FED (Réserve fédérale des États-Unis) dispose de grands pouvoirs puisque pour elle, émettre de la monnaie revient à fabriquer de l’or. Mais il existe également d’autres institutions…

B. Les institutions de régulation

C’est la naissance des deux premières institutions de régulation : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ces nouvelles institutions internationales vont permettre une forte croissance. Le FMI (Fond Monétaire International) siège à Washington, les USA en sont les premiers contributeurs. Ils disposent d’un nombre élevé de voix et ils y ont même un droit de veto. Avec son budget le FMI intervient pour éviter les fluctuations de monnaies, et il fournit également des liquidités aux pays en crise, pour éviter les faillites bancaires comme celles ayant ruiné les banques autrichiennes et allemandes dans les années 30. La banque mondiale, à la base, est destinée à financer la reconstruction du Japon et de l’Europe, dans le cadre des plans Marshall et Dodge. Dans les années 60 cette banque s’adresse surtout aux pays du tiers monde.

Ce système est co-dirigé par l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest. Les USA veulent aussi favoriser les échanges et le libre-échange. L’ONU organise en 1947 à la Havanne une conférence qui prévoyait la création de l’OCI, organisation du commerce international, qui dépendrait d’elle. Mais les USA s’y opposent par peur de l’influence soviétique. Le GATT est donc créé en 1948 à la place. Celui-ci a pour but de faire baisser progressivement les taxes douanières (réduction importante des droits de douane : 40 % en 1947, 10 % en 1967), et fonctionne par cycles ou « rounds ». Par exemple de 1964 à 1967 se déroule un cycle de discussion appelé le « Kennedy Round ». Ce système présente des failles, bien qu’il assure une certaine stabilité. Il favorise les USA pour qu’ils puissent fabriquer autant de monnaie qu’ils veulent, pour financer leur déficit qui se creuse après la Guerre du Vietnam.

Les pays communistes sont exclus de ce système, et les pays du tiers monde y ont très peu de poids. Tout de même en 1964 ils obtiennent la création par l’ONU de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) qui a pour but d’assurer aux produits du tiers monde un meilleur accès au marché international.

La parité fixe entre les monnaies est difficile à assumer, et à terme le système peut pénaliser les USA car il provoque, sur le long terme, une surévaluation du dollar, ce qui pénalise les exportations étasuniennes alors même qu’au début des années 70, la croissance des trente glorieuses s’essouffle.

II. La gouvernance économique mondiale de 1975 au début des années 90

Au début des années 1970, l’économie mondiale, déjà perturbée par l’abandon du système de Bretton Woods, entre en récession. Les chefs d’état des principaux pays industrialisés tentent alors de coopérer dans le cadre de sommets appelés G6 puis G7. Mais cette approche ne suffit plus pour faire face à de nouveaux défis comme le déclenchement de crises financières,la prise en compte des risques « environnementaux ou l’émergence de nouvelles puissances.

A. Un contexte de crises

Voyant les stocks d’or de la Banque fédérale fondre (le dollar ne peut plus soutenir la croissance des échanges internationaux : énorme inflation, balance des paiements déficitaire, concurrence européenne et japonaise ), en 1971 le Président Nixon décide de mettre fin à la convertibilité du dollar en or : c’est la fin du système de Bretton Woods. Pour faciliter les exportations le dollar est dévalué de 10% : c’est la fin du système de Bretton Woods mis en place en 1944 et le début de désordres monétaires puisque désormais il n’y a plus de parités fixes entre les monnaies des pays membres du FMI (incertitude sur le commerce international). En outre, en 1973, puis en 1979 (problèmes politiques avant la guerre Iran-Irak), les économies occidentales subissent des chocs pétroliers qui provoquent une forte inflation et une hausse du chômage : on observe donc une récession économique profonde dans les années 70 . Entre 1973 et 1980 le prix du baril du pétrole a été multiplié par 8. Pour éviter un désastre comparable à celui des années 1930 une coopération est nécessaire.

La crise des années 1970 remet en cause la gouvernance économique mondiale. La libéralisation est présentée comme une réponse à cette crise.

B. Une gouvernance sous influence libérale

En 1975 le Président Giscard d’Estaing prend l’initiative de réunir à Rambouillet les dirigeants des Etats-Unis, du Royaume Uni, de la RFA, du Japon et de l’Italie, ce qui donne naissance avec la France au G6 transformé en G7 en 1976 avec l’ajout du Canada. Les résultats de ces sommets sont décevants : ils n’empêchent pas la mise en place de quotas d’importation contraires aux orientations du GATT.

D’autre part ces dirigeants sont de plus en plus influencés par les thèses libérales appliquées par Reagan et Thatcher, ce qui conduit à la création d’un marché financier global visant à faciliter la libre circulation des capitaux et les investissements IDE.

C. Les difficultés des pays en développement

On remarque une opposition des pays du « Tiers-Monde », qui militent pour un « nouvel ordre économique mondial ». En 1960, c’est création de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) : elle représente une volonté des pays pétroliers de peser sur les prix de l’énergie, indispensable au commerce. On note également la formation en 1964 à l’ONU du groupe des 77. De plus, il faut noter un endettement croissant des pays du Sud (Mexique, Argentine…) : ils sollicitent alors l’aide du FMI. Le FMI et la Banque mondiale leur accorde une aide financière en échange d’une politique de rigueur. Cela consiste en la mise en place de PAS (politiques d’ajustement structurel) qui les obligent à déréglementer leurs économies et à privatiser certains secteurs, ce qui aggrave les inégalités et la pauvreté.

Mais cette approche n’est pas réellement remise en cause, puisqu’en même temps le modèle communiste disparaît. Pourtant, alors que la Chine et l’ex bloc soviétique participent davantage au commerce mondial, un changement est nécessaire.

III. De la création de l’OMC (94-95) à nos jours : une nouvelle gouvernance mondiale

A. L’OMC et ses effets

Basée à Genève, l’OMC créé en 1994-1995, est plus ambitieuse que le GATT. Celui ci comptait 23 membres en 1947 alors que l’OMC en accueille 113 en 1995 et 153 aujourd’hui. L’OMC s’occupe non seulement de faire baisser les taxes sur les produits agricoles et les biens manufacturés mais elle s’occupe aussi des services et de la propriété intellectuelle. Son fonctionnement est plus égalitaire puisque chaque pays dispose d’une voix. Mais le cycle de Doha (Qatar) commencé en 2001 ne parvient pas à faire baisser les taxes sur les produits agricoles et les pays du Sud s’estiment toujours lésés par l’existence de subventions versées par l’UE et par les Etats-Unis à leurs agriculteurs. Dès lors, si le libre échange progresse, c’est surtout grâce aux organisations régionales comme l’ALENA ou le MERCOSUR (en attendant la mise en place du TAFTA entre l’UE et les Etats-Unis). De plus, en 2001, la Chine entre à l’OMC.

B. Des crises fréquentes

La libéralisation de l’économie favorise l’apparition de bulles spéculatives qui, quand elle éclatent, sont à l’origine de désordres (crise asiatique de 1997 (Japon, Malaisie, Thaïlande…) due a la bulle immobilière). Pour certains pays les PAS (politiques d’ajustement structurel) conduisent à la faillite qui touche l’Argentine, en 2001 et qui oblige ensuite les époux Kirchner a revenir à des pratiques étatiques (renationalisation de la compagnie aérienne…). Et surtout en 2007 le monde est ébranlé par la crise des subprimes : les emprunteurs américains ne peuvent plus rembourser leurs crédits et sont obligés de vendre leurs biens à perte. Les banques manquent alors de liquidités et une d’entre elles, Lehman Brothers, fait faillite en 2008. Au total 500 milliards de dollars s’évanouissent et, compte tenu de la globalisation des marchés financiers, partout des banques (Italie, Grèce, Espagne…), des compagnies d’assurance comme AIG connaissent de graves difficultés.

On peut donc en conclure une casi incapacité de la gouvernance économique mondiale à empêcher les crises financières

C. Une réaction salutaire depuis 2007 ?

En 2009 le président Sarkozy et le Premier ministre britannique Brown arrivent à organiser en urgence à Londres puis à Pittsburgh la réunion du G20 (créé en 1999) rassemblant 20 états représentant plus de 80% du PIB mondial (Brésil,Arabie,Indonésie…). Des mesures sont prises pour lutter contre la spéculation et les paradis fiscaux. L’argent des pays émergents épargnés par la crise et l’aide du FMI sont consacrés en priorité aux PIIGS (Port, Ital, Irlande, Grece, Spain) qui en échange doivent appliquer des politiques d’austérité (réduction du salaire des fonctionnaires, hausse des impôts…) qui, dans un premier temps aggravent la crise, mais qui à moyen terme devraient permettre d’assainir les finances publiques. Dans ce cadre, les pays émergents réclament et obtiennent plus de poids dans les processus de décision. Leur vote a plus d’importance au FMI et à la Banque Mondiale et en 2013 un brésilien, Roberto Azevedo, est nommé à la tête de l’OMC.

Pour autant, les altermondialistes dénoncent toujours cette gouvernance sous influence libérale (une gouvernance promue par les milieux néolibéraux et le forum de Davos, qui visent la libéralisation des échanges et la suppression des barrières tarifaires et douanières) et réclament entre autre une prise en charge des intérêts environnementaux. La crise de 2007 a donc poussé les grandes puissances, traditionnelles ou émergentes, vers une nouvelle gouvernance économique mondiale. Toutefois, des questions demeurent : la Chine pourra t-elle assumer aux cotés des USA un condominium économique ? La société civile et les ONG seront-elles associées aux décisions ? Les règles mises en place par les états seront-elles acceptées par les FTN ? Autant d’interrogations qui montrent qu’au-delà de l’efficacité des actions menées se pose la question de la légitimité des acteurs de la gouvernance économique mondiale.

Conclusion

Les nouveaux défis du développement durable : nécessité de prise en compte de la question environnementale par la gouvernance économique mondiale

 

Leçon 7 : Gouverner la France de 1945 à nos jours

Introduction

Le gouvernement de la France est déterminé par des institutions politiques et par des administrations publiques qui agissent dans le cadre de l’état de droit. Héritière d’une tradition centralisatrice, la France de la deuxième moitié du 20e siècle donne a ses institutions et administrations un rôle qui s’élargit avec la mise en oeuvre de l’Etat Providence. Mais les influences successives de la construction européenne, de la décentralisation et de la mondialisation se traduisent par une érosion progresse des pouvoirs de l’Etat, qui ne peut plus tout faire.
Comment évoluent, dans ce contexte, lors des deux républiques qui se sont succédé, les missions et les moyens de l’état ?

I. La IVe République : reconstruire et moderniser

A. La mise en place de politiques sociales

L’état entreprend des réformes ambitieuses et ne se limite plus à ses fonctions régaliennes (défense, justice, police, impôts, monnaie). Elles s’inspirent du programme du CNR Conseil National de la Résistance, et elles sotn d’abord mises en oeuvre par le GPRF (gouvernement provisoire de la république française, dirigé par de Gaulle) puis à partir de 1946 par les gouvernements de la IVe République. Elles ont pour but de garantir la cohésion sociale grâce à l’état providence. Ainsi, la loi du 22 mai 1946 fonde la sécurité sociale, et une autre loi votée en 1947 créé les premiers HLM (habitations à loyers modérés). L’Etat introduit de nouvelles méthodes : il a recours à la plannification avec le Comissariat au plan dirigé par Jean Monnet, et il nationalise de nombreuses entreprises : dans le secteur des banques Crédit Agricole, de l’énergie EDF, GFD et CDF (charbonnage de France), des transports avec Air France, et même de l’automobile avec Renault (punition du patron qui avait collaboré).

B. Une nouvelle administration

L’état, en tant qu’employeur, essaie de suiciter des vocations de fonctionnaires : la loi de 1946 sur la fonction publique garantit l’emploi à vie et autorise le droit de grève pour les agents de l’Etat. Le volume horaire hebdomadaire des enseignants est encadré par les statuts de 1951 (15h pour les agrégés, 18h pour les capésiens). Un état moderne et performant ayant besoin de données statistiques précises, l’INSEE est créé (institut national de la statistique et des études économiques). Pour les autres postes de fonctionnaire, les recrutements se font par concours (professeur, police…). Les fonctions les plus élevées dans l’administration sont données à des étudiants issus de Science Po Paris puis de l’ENA (école nationale d’aministration). Les énarques (étudiants sortant de l’ENA) sont destinés à travailler à la Prefectorale, à la Cour des comptes, dans les ministères en tant que chefs de cabinet, ou à l’inspection des finances. Très vite, ils sont critiqués par une partie de la classe politique, qui les considère comme des « technocrates arrogants ». Par exemple, Pierre Mendès France les surnomme « les jeunes messieurs », mais il est évident qu’ils ont contribué au redressement du pays.

C. Des réformes compromises par le climat politique

La IVe République est un régime parlementaire. Le Président de la République est élu par les deux chambres pour une durée de 7 ans, et il a très peu de pouvoir. L’Assemblée est au cœur de la vie politique, mais elle est élue au scrutin proportionnel. Cela ne garantit pas une majorité, mais beaucoup de partis sont représentés. De gauche à droite : le PCF, la SFIO (ancêtre du PS), les radicaux, les centristes du MRP avec M. Schumann, les Gaullistes avec le RPF, la droite poujadiste. Il est donc difficile de trouver des majorités stables. Entre 1946 et 1958, 22 gouvernements se succèdent. Pierres Mendès France, qui est l’homme politique le plus respecté de la IVe République, n’est resté au pouvoir qu’un an et demi.

Toutefois, cette instabilité doit être nuancée. En effet, au ministère des affaires étrangères, en 12 ans il n’y a eu que deux titulaires du poste, M. Schumann et M. Bidault. Enfin, ce n’est pas cete instabilité mais c’est surtout la question algérienne qui a précipité le retour du Général de Gaulle, et la fin de la 4e République, surnommée « la mal aimée ».

II. Un Etat omniprésent (1958-1983)

A. L’Etat gaullien : un état dirigiste

Le Général de Gaulle, qui est d’abord le dernier président du conseil de la IVe République, veut un pouvoir exécutif fort. Il charge donc son ministre de la Justice, M. Michel Debré, de rédiger une nouvelle constitution. Celle-ci est présentée aux français le 4 septembre 1958 (date symbolique : le 4e septembre 1870 a été proclamée la IIIe République, de Gaulle signifiant par-là implicitement qu’il n’est ni Bonaparte ni Franco et qu’il est bel et bien républicain) et elle est approuvée massivement par référendum. La France se dote alors d’un régime semi-présidentiel (le président a tout de même besoin de l’accord de l’Assemblée), qui donne au président de larges pouvoirs. Il peut dissoudre l’Assemblée Nationale, organiser des referendums, l’article 16 lui donne des pouvoirs exceptionnels en cas de crise. Cet article n’a été appliqué qu’une fois en avril 1961 pendant le Putsch des généraux d’Algérie. Le Président dispose aussi d’un droit de grâce.

En décembre 1958, de Gaulle avait été élu Président pour 7 ans par un collège de grands électeurs (conseillers généraux, maires…). Mais à partir de 1962, la loi électorale change, le référendum de cette année-là met en place une élection au suffrage universel direct, ce qui fait qu’en décembre 1965 le Général de Gaulle est élu après le vote de tous les français, au second tour, face à François Mitterand.

De Gaulle implique fortement l’Etat dans l’économie, il mène une politique qu’on qualifie de dirigiste, voire même que certains qualifieraient de colbertiste. Il veut atténuer le déséquilibre entre Paris et la province, et pour cela il créé un organisme, la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) qui s’occupe d’aménager le territoire. Par exemple, des usines Renault sont installées en Normandie ; des stations de ski populaires sont installées dans les Pyrénées, des stations balnéaires populaires dans les landes, en réponse aux fait qu’il n’existait pas encore de ce type de stations de loisirs pour les gens modestes de province. Le Général internet dans bien d’autres domaines, par exemple dans l’audiovisuel (speakerine, 20h…), dans la construction de centrales nucléaires, et dans la création de l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance).

B. Une action sur la société

De Gaulle, puis Georges Pompidou (1969-1974) disposent d’un budget en équilibre voire même excédentaire, grâce à la croissance des trente glorieuses. L’Etat peut donc étendre ses missions, par exemple dans le domaine culturel avec la création dès 1959 d’un ministère de la Culture dirigé par André Malraux (financement du festival d’Avignon…). L’état joue également le rôle d’arbitre dans les conflits sociaux, alors qu’en Allemagne et en Suède par exemple, les syndicats (qui y ont plus de pouvoir) et le patronat règlent leurs problèmes sans intervention de l’état. Par exemple pour mettre fin aux troubles de mai 68, l’Etat est intervenu et est à l’origine de la signature des accords de Grenelle (hausse du SMIC, 4e semaine de congés payés…). Ce poids de l’Etat est remis en cause par le Premier Ministre en poste entre 1969 et 1972, Jacques Chaban Delmas. Celui-ci voudrait créer une « nouvelle société » dans laquelle le poids de l’Etat diminuerait, mais très vite, des désaccords apparaissent entre lui et le Président Pompidou.

C. L’Etat face à la crise

Valéry Giscard d’Estaing est élu en 1974 après la mort de Pompidou, de justesse face à François Mitterand. Il n’appartient pas au parti Gaulliste, l’UDR (Union des démocrates pour la République), mais à une formation centriste qui va devenir l’UDF (Union pour la démocratie française). Giscard veut créer une société libérale avancée socialement, dans laquelle l’état serait moins lourdement présent, mais où le modèle social serait préservé. Cependant, il n’a pas pu appliquer son programme comme il le souhait car il se retrouve confronté à la crise de 1974, et il y répond de façon très classique. D’abord, de 1974 à 1976, c’est le Gaulliste Jacques Chirac, premier ministre, qui applique une politique de relance keynésienne, ce qui provoqua de l’inflation et du déficit. Son successeur, Raymond Barre, applique une politique d’austérité budgétaire, ce qui contracte la consommation.

Elu en 1981, le socialiste François Mitterand applique une politique socialiste classique. De nombreuses firmes sont nationalisées, comme la compagnie d’Assurance AGF et la banque Société Générale, ce qui coûte très cher à l’Etat. Ensuite, le rôle culturel de l’Etat est réaffirmé avec Jack Lang qui créé entre autre la fête de la musique. Enfin, dans le domaine social, l’Etat impose les 39h au lieu des 40h, et une 5e semaine de congés payés. Ces mesures coûtent très cher et en 1983, le ministre des finances M. Delors persuade Mitterand qu’il faut changer de politique.

III. Les mutations de l’Etat depuis 1983

Depuis les années 80 l’état traverse une profonde période de mutation qui se traduit par une moindre capacité d’action dans le domaine économique et en particulier monétaire.

A. Des pouvoirs amoindris

En 1982, la loi Deferre (Ministre de l’Intérieur) organise la décentralisation des pouvoirs et donne des compétences élargies aux régions. Elles s’occuppent par exemple de la construction et de l’entretien des lycées. Depuis 2003, la constitution précise « l’organisation de la République est décentralisée ». Ces réformes ont un coût, les effectifs de la fonction territoriale ont explosés.

Dans le cadre de l’Union Européenne, l’Etat doit accepter le principe de subsidiarité des lois, c’est-à-dire qu’une décision prise au niveau européen (par les instances) s’applique automatiquement au droit français (lUE n’intervient que si elle est plus efficace que l’Etat pour cette loi). A l’inverse, la France ne peut pas prendre de décision contraire au droit européen, par exemple elle ne peut plus réserver les marchés publics à des firmes françaises.

B. Vers l’impuissance économique ?

Le président Mitterand, socialiste, doit composer avec deux périodes de cohabitation, c’est-à-dire avec un gouvernement et une assemblée de droite. Ainsi, il cohabite avec Chirac de 1986 à 1988, et Edouard Balladur de 1993 à 1995. Ces deux gouvernements procèdent à de nombreuses privatisations, qui concernent par exemple TF1, les banques comme la Société Générale ou BNP, la firme Saint Gobain, et Renault. La France accepte donc d’introduire d’avantage de libéralisme dans son économie, d’ailleurs elle y est plus ou moins contrainte par l’UE. Lors du sommet de Nice en 2001, le premier ministre, Monsieur Jospin, socialiste, doit accepter la fin des monopoles publics (énergie, FDJ…). Par exemple, la Poste devient une entreprise de droit privé. D’ailleurs en 2002, s’adressent à des ouvriers de chez Michelin, Jospin répond : « L’Etat ne peut pas tout ». En 2007, Nicolas Sarkozy est élu et, à cause de la crise mais aussi de la dette et des déficits, applique la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) : un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n’est pas remplacé.

C. Un recul à relativiser

L’Etat a quand même préservé le modèle social français. Et, dans un contexte de crise, les français en difficulté peuvent compter sur des amortisseurs sociaux : aides au logement (APL), le RMI créé en 1988 devenu le RSA en 2008, les allocations chômage dont la durée reste inchangée… Par contre, l’état intervient de plus en plus dans le domaine sociétal pour lutter contre les discriminations qui peuvent toucher les femmes ou les minorités (ethniques, sexuelles, religieuses…). Ont été votées des lois sur la parité, sur la création du PACS en 1999, et la loi sur le mariage pour tous en 2013. L’Etat joue également un rôle grandissant en matière environnementale (ampoules, fiscalité contre le diesel, prévention au tri sélectif…) et sanitaire, par exemple avec la lutte anti-tabac ou l’invention du nutriscore.

Conclusion

I. II. Depuis les années 80 l’état traverse une profonde période de mutation qui se traduit par une moindre capacité d’action dans le domaine économique et en particulier monétaire. Pourtant, dans ce contexte de crise, le rôle protecteur de l’Etat parait indispensable, afin d’empêcher une explosion sociale mais aussi pour favoriser une ré industrialisation du pays.

Leçon 6 : le socialisme en Allemagne

Leçon 6 : le socialisme et les mouvements ouvriers en Allemagne de 1875 à nous jours

Introduction

L’Allemagne peut être considérée comme le berceau du socialisme, car c’est là qu’ont vécu Karl Marx et Friedrick Engels, auteurs en 1848 du « Manifeste du parti communiste » qui constitue la base doctrinale du socialisme. D’ailleurs, dans le IIe Reich, proclamé en 1871, et dirigé par le Kaiser Guillaume 1er, se développe une industrie puissante, dans laquelle travaille de très nombreux ouvriers, sensibles aux idées de Marx. Pour défendre les intérêts de cette classe ouvrière, le 1er vrai parti socialiste structuré du monde est fondé en 1875 lors du Congrès de Gotha. Et depuis cette date, malgré des périodes de répression, les mouvements socialistes et les syndicats jouent un rôle majeur dans la vie politique Allemande. En quoi l’histoire des mouvements socialistes allemands reflète-t-elle les débats opposant le courant réformiste et le courant révolutionnaire ?

I. Les origines du socialisme allemand (1875-1918)

A. Naissance du SPD

1. Création du nom du parti

En 1875, lors du congrès de Gotha, deux mouvements fusionnent : l’association général des travailleurs, dirigée par Ferdinand Lassalle, et le parti social-démocrate dirigé par Auguste Bebel. Le nouveau parti prend le nom de SAP « parti socialiste des ouvriers allemands » et change définitivement de nom en 1891 lors du congrès d’Erfunt en devenant le SPD, ce qui veut dire « parti social-démocrate d’allemagne ».

2. Les deux ailes du parti

A la fin du 19e siècle, deux tendances se distinguent. L’aile de droit du SPD dirigée par Edouard Bernestein, privilégie la voie réformiste. Pour eux, le parti doit présenter des candidats aux élections, envoyer des députés au Reichstag et faire voter des lois sociales. L’aile de gauche, dirigée par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, privilégie la voie révolutionnaire, préconisée par Marx lui-même. Pour Marx, les ouvirers doivent déclencher une grève générale pour paralyser le pays et renverser par la force l’état bourgeois pour le remplacer par un état communiste dans lequel les moyens de production et d’échange appartiendront tous à l’état. La nouvelle société sera une société sans classes, régie par la dictature du prolétariat.

3. La progression électorale

Malgré cette division et l’hostilité que lui vaut le chancelier Otto Von Bismarck qui représente l’aristocratie allemande, le SPD progresse électoralement. Le chancelier interdit pourtant à plusieurs reprises le parti socialiste, mais d’un autre côté, pour apaiser les ouvriers, il faut voter les premières lois sociales du monde. Ainsi, en 1883 sont crées des caisses d’assurance maladie, et en 1889 une loi sur la retraite à 70 ans. Mais en 1890, Bismarck est chassé du pouvoir par le nouvel empereur Guillaume II. Le SPD peut donc progresser librement. En 1912, il est même le 1er parti allemand et il étend son influence dans le milieu ouvrier grâce à la création d’associations de loisirs et à leur influence sur les syndicats.

B. Les premiers syndicats allemands

Les premiers syndicats allemands sont autorisés en 1878 et sont fondés par branche ou secteur d’activité. Il existe par exemple un syndicat des métalurgistes, des mines, des cheminots… D’ailleurs, comme le SPD, ils hésitent entre la voie réformiste et la voie révolutionnaire. D’un côté, ils gèrent, avec le patronat, les caisses d’assurance maladie, mais de l’autre ils peuvent déclencher de grandes grèves comme celles des mineurs de le Ruhr en 1905. En 1912, on compte 2.5 millions de syndicalistes en allemagne. Il existe certes quelques syndicats chrétiens, mais la plupart des syndicats sont liés au SPD et s’unissent plus ou moins pour former l’ADGB, la confédération nationale des syndicats allemands, dirigée par Carl Legien.

C. Le socialisme à l’épreuve de la guerre

En accord avec la célèbre formule « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », les socialistes refusent tout penchants nationalistes et considèrent que l’ennemi n’est pas étranger mais est un ennemi de classe, c’est-à-dire le bourgeois ou l’aristocrate. Il existe une organisation internationale regroupant tous les mouvements socialistes de monde, appelée l’Internationale Ouvrière, connue pour son hymne. Le SPD, la SFIO (section française de l’internationale ouvrière) et le Labour Party britannique en font partie. Normalement, à l’instar de Jean Jaurès, les socialistes devraient refuser de participer à des gouvernements d’union sacrée mis en place pendant la Première Guerre Mondiale. Mais en Allemagne dès 1915 certains socialistes comme Karl Liebknecht changent d’avis et réclament une « paix blanche » c’est-à-dire un retour aux frontières de 1914. N’étend pas entendus, ces socialistes révoltés fondent la ligue spartakiste.

II. Le mouvement socialiste entre les deux guerres

A. La révolte spartakiste

L’Empereur Guillaume II abdique le 9 novembre 1918 car ses armées sont mises en déroute par les troupes du Maréchal Fauch. La situation en Allemagne est alors très tendue. Les spartakistes, qui s’inspirent des méthodes de Lénine, créent des conseils révolutionnaires qui ressemblent aux « soviets » (conseils révolutionnaires russes). Ils réclament la mise en place d’un gouvernement marxiste. Mais la République de Weimar est alors dirigée par des socialistes, dont le chancelier Friedrich Ebert, membre du SPD. Du 5 au 12 janvier 1919, alors que les spartakistes ont formé le KPD (Parti communiste d’Allemagne), ils sont victimes d’une violente répression de la part du pouvoir. A l’issue de cette semaine sanglante, on dénombre plus de 1500 victimes dont Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Désormais, pour les communistes, les socialistes sont considérés comme des traîtres.

B. Un mouvement divisé

Dans les années 20, l’Allemagne est dirigée par des gouvernements de centre et de centre droit, et le SPD ainsi que le KPD gardent une certaine audience avec respectivement 1 million et 300 000 membres. La crise économique intervient en 1930 et 1932, l’Allemagne compte 6 millions de chômeurs et les partis classiques sont impuissants. La situation profite au KPD et au NSDAP, parti nazi de Hitler. Dans la rue, des combats violents opposent communistes et nazis, mais même face à la menace hitlérienne, le SPD et le KPD refusent de s’allier. Cette division explique en partie l’accession d’Hitler au pouvoir.

C. Le SPD et le KPD face à la répression

En février 1933, Hitler prend pour prétexte l’incendie du Reichstag pour interdire le KPD. En juillet, c’est au tour du SPD, des autres partis et des syndicats d’être interdits, et certains dirigeants font l’objet des premières déportations. En effet, Ernst Thälmann, le chef du KPD, est envoyé à Buchenwald où il trouvera la mort en août 1944. Schumacher, député du SPD, est arrêté puis envoyé à Dachau, ou il survit jusqu’à la fin du nazisme.

Les autres militants choisissent en grand nombre l’exil et s’installent à Moscou, à Paris ou à Londres. C’est le cas de l’écrivain Arthur Koestler, juif hongrois communiste qui s’était installé en Allemagne et qui s’est réfugié à Londres en 1934. Ceux qui restent en Allemagne sont obligés d’appartenir à une organisation nazie, le front du travail. Le salaire des ouvriers stagne, les cadences de travail augmentent mais finalement tant que l’Allemagne d’Hitler rencontre des succès, les ouvriers soutiennent plus ou moins le pouvoir. Il existe certes des mouvements de résistance en Allemagne, mais les principaux d’entre eux sont animés par des valeurs chrétiennes, par exemple la Rose Blanche, dirigée par Sophie et Hans Scholl.

III. Le socialisme dans une Allemagne divisée puis réunifiée (1945-2018)

A. La RDA, patrie du « socialisme réel »

1. La situation en RDA

Dans la zone d’occupation soviétique, le SPD et le KPD sont contraints de fusionner pour former le seul parti autorisé, le SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne). En 1949, cette zone devient la RDA (république démocratique allemande) et ses deux principaux dirigeants sont Ulbricht et Honecker. Dans cet état, la grève et successivement les syndicats sont interdits à l’exception du syndicat unique. L’économie est collectivisée et planifiée, et la population est étroitement surveillée par une police politique appelée la STASI. Pour les soviétiques, la RDA est importante, elle doit constituer une vitrine du socialisme. Elle offre en effet un potentiel technologique et industriel bien supérieur à celui des autres pays du Pacte de Varsovie. D’ailleurs, l’emblème de la RDA est constitué d’un marteau pour l’ouvrier et d’un compas pour l’ingénieur.

2. La révolte, l’exode, le mur, la situation de ceux qui restent

Pourtant, en juin 1953 les ouvrièr.e.s de la RDA se révoltent pour protester contre une hausse des cadences de travail et le mouvement est écrasé par l’Armée Rouge. Profitant du passage entre Berlin Est et Berlin Ouest, près d’un quart de la population de RDA fait le choix de passer à l’Ouest entre 1949 et 1961. Pour enrayer cet exode, le dirigeant de la RDA Ulbricht ordonne la construction d’un mur hermétique en août 1961. Ceux restés en RDA doivent s’adapter, et ils bénéficient de conditions de vie parfois correctes et de certains avantages comme par exemple la médecine gratuite ou la présence de nombreuses crèches. Pour vanter son image de marque, à l’étranger, la RDA mise sur le sport et notamment sur le sport olympique. Pour cela, elle organise un véritable « dopage d’état » qui lui permet de rivaliser avec l’URSS et les USA.

3. A partir de Gorbatchev

La politique de Gorbatchev fait évoluer la situation puisque il refuse de faire intervenir l’armée rouge au cas ou des manifestations éclateraient dans les pays d’Europe de l’Est. Justement, au printemps et à l’été 1989, les jeunes Est-allemands manifestent et ils profitent de l’ouverture entre la Hongrie (plus avancée vers la libération) et l’Autriche pour se rendre en RFA en passant par la Tchécoslovaquie, mais ils reviennent ensuite en RDA car leur objectif n’est pas de fuir mais de faire changer le pays de l’intérieur. Le dirigeant Est-allemand Erich Honecker voudrait réprimer les manifestations mais il est poussé à la démission par Gorbatchev et remplacé par des dirigeants plus ouverts comme Ergon Krenz, qui annonce l’ouverture du mur le 9 novembre 1989. Des élections libres sont organisées en mars 1990, le SED subit une déroute et les nouveaux députés votent pour la réunification de l’Allemagne, qui intervient en octobre 1990.

B. En RFA : le choix du réformisme

1. La période sombre

En RFA, fondée en 1949, le parti communiste KPD est interdit et pendant toutes les années 50 c’est le parti de droit, le CDU, qui exerce le pouvoir par l’intermédiaire de chancelier Konrad Adenauer. Le SPD traverse une période sombre (considérés comme des « complices » du communisme), mais les syndicats restent puissants et sont encadrés par la DGB (confédération générale des syndicats).

2. Le redécollage de l’économie et le choix du réformisme

Le 21 mai 1951, une loi institue la co-gestion, c’est-à-dire que dans les très grandes entreprises les salariés pourraient élire des représentants qui siégeront dans les conseils d’administration aux côté des actionnaires (négociations, coopérations…). L’économie allemande redécolle, on parle même de miracle allemand. Du coup, les ouvriers sont de moins en moins tentés par la voie révolutionnaire. En 1959, lors du congrès de Bad Godesberd, le SPD choisit définitivement la voie réformiste : il accepte pleinement les institutions de la RFA, la libre-entreprise, la propriété privée… Son but est de créer une économie sociale de marché, un capitalisme social, c’est à dire accepter le capitalisme tout en réclamant une juste redistribution des fruits de la croissance (salaires assez hauts, temp de travail modéré, redistributions sociales…). Cette évolution réformiste rassure les classes moyennes qui se remettent à voter pour le SPD.

3. Brandt et l’Ostpolitik

EN 1965, le socialiste Willy Brandt devient ministre des affaires étrangères dans un gouvernement de coalition, dirigé par un chancelier de droite (CDU), Kurt Georg Kiesinger. En 1969, le SPD remporte les élections et Willy Brandt devient chancelier jusqu’en 1974. Il inaugure une nouvelle politique diplomatique, appelée Ostpolitik soit la politique de l’Est. Il veut arriver à dialoguer avec les pays du bloc soviétique et par exemple en 1970 il se rend à Varsovie et s’agenouille devant le monument dédié aux victimes du ghetto. Cette politique porte ses fruits puisqu’en 1974 la RFA et la RDA signent un traité de reconnaissance mutuelle et peuvent donc entrer à l’ONU.

4. Schmidt, les terroristes et la CDU

En 1974, Brandt est remplacé par un autre socialiste, Helmut Schmidt, qui dirige l’Allemagne jusqu’en 1982. Pendant cette période, le SPD a aussi fait voter des lois sociétales pour légaliser l’avortement et la contraception. Cette évolution réformiste ne plait pas à une infime partie de la jeunesse de RFA, qui créé des groupuscules terroristes comme Fraction Armée Rouge, dirigée par  Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Toujours est-il qu’en 1982, après 13 ans passés dans l’opposition, la CDU retrouve le pouvoir avec Helmut Kohl qui dirigera le pays de 1982 à 1998.

C. Socialistes et ouvriers dans l’Allemagne réunifiée

1. La CDU puis le retour du SPD

Comme Kohl est vu par les allemands comme l’artisan de la réunification, la CDU remporte plusieurs élections successives, et le SPD est donc réduit à un rôle d’opposant. L’ancien SED, parti communiste est-allemand, devenu le PDS, n’obtient que 5% des voix à l’échelle nationale. Mais la réunification a coûté très chères (conversions des monnaies…), l’économie allemande s’essoufle et en 1998 le SPD retrouve le pouvoir avec Gerhard Schröder qui devient chancelier grâce à l’appui d’un autre parti de gauche qui accepte de s’allier avec le SPD : les Verts.

2. Le social-libéralisme de Schröder

Schröder s’inspire de Tony Blair et met en place une politique qu’on peut qualifier de social-libérale. Il négocie avec Peter Hartz, dirigeant de Volkswagen, qui représente le patronat. Cette négociation est à l’origine d’un projet appelé Agenda 2010, ou lois Harz. Elle consiste tout d’abord en la privatisation de certaines entreprises du secteur public qui sont alors soumises à la concurrence comme par exemple la Deutschbahn, compagnie de chemin de fer allemande. Le marché du travail est dérégulé de sorte qu’il soit plus facile de licencier un employé. La durée d’indemnisation du chômage est diminuée, et il est possible de créer des minis-jobs pour les employés du commerce en les employant 40 heures par semaine pour 600€ par mois.

3. Sécession du SPD puis retour de la CDU

Une partie du SPD est déçue par cette politique de l’offre, et elle fait sécession et se rapproche du PDS pour former un partie appelé Die Linke, dirigé par  Oskar Lafontaine. Ce parti obtient en moyenne 10% des voies à l’échelle nationale avec des pointes à 15% dans l’ex RDA ou sévit ce qu’on appelle l’ostalgie (nostalgie de la RDA). L’économie se redresse mais en 2006 le SPD doit à nouveau laisser le pouvoir à la CDU, alors dirigée par Angela Merkel.

Conclusion

Depuis sa naissance, le mouvement socialiste allemand a été divisé entre réformistes et marxistes révolutionnaires. Depuis la chute du mur de Berlin, la question est réglée : le SPD est un parti réformiste qui accepte pleinement l’économie de marché et la mondialisation. Mais cette adaptation détourne les classes populaires du SPD, et une partie de celle-ci se tournent alors vers des partis populistes comme l’AVD, considété comme d’extrême-droite, anti-mondialisation et anti-immigration.

Leçon 5 : médias et opinion publique en France

Thème 3 : idéologie et opinion en Europe au 20ème siècle

Leçon 5 : médias et opinion publique en France, de l’affaire Dreyfus à nos jours

Introduction

Dans un régime démocratique, les médias constituent un 4e pouvoir, car l’opinion public (opinion majoritaire de la population, addition de convictions individuelles) peut s’exprimer non seulement lors d’élections grâce au suffrage universel, et parce qu’en dehors des périodes électorales, cet opinion se nourrit des informations apportées par une presse libre depuis 1881. Cette presse est particulièrement mise en avant lors de certains troubles politiques comme l’affaire Dreyfus ou les événements de mai 1968.

Médias :  ensemble des techniques ou supports de diffusion de l’information et de la culture auprès des populations (presse papier, radio, télévision, Internet, etc.).

Opinion publique : ensemble des idées, valeurs ou convictions communément admises par une population ; manière de penser la plus répandue dans une société.

Crise politique : moment de forte tension politique susceptible de mettre en danger un gouvernement ou le régime en place (exemples : affaire Dreyfus, manifestation du 6 février 1934, défaite de 1940, crise de mai 1958 ou de mai 1968, etc.).

Les médias sont-ils l’expression de l’opinion public, ou contribuent-ils à la façonner ? Jusqu’où le contrôle de l’état peut-il aller pour empêcher l’émergence d’une parole médiatique libre ? (Justifier les bornes temporelles).

I. 1881-1940 : l’âge d’or de la presse écrite

A. Une presse libre qui reflète la diversité des opinions

1. Une presse libre et diversifiée

La loi du 29 juillet 1881 établit la liberté de la presse, et interdit simplement l’appel au meurtre et à la diffamation : la presse est donc très libre. Ce cadre favorise l’essor de la presse écrite, qui profite aussi des progrès de l’instruction publique (lois Ferry…) et des progrès concernant les techniques d’imprimerie (rotatives) et de transport (train). Les français de la Belle Epoque (1900-1914) sont les premiers lecteurs de journaux au monde. En 1914, chaque jour, on vend dans le pays 10 millions de journaux, essentiellement des quotidiens, qu’on peut diviser en trois familles : la presse locale, une presse nationale dite presse d’information qui est neutre politiquement et qui a les meilleurs tirages avec en tête le Petit Parisien (1.4 million/jour) et le Petit Journal, et enfin la presse nationale d’opinion, liée à des courants politiques : les gens très à droite lisent l’Action Française, les gens de droite libéraux s’abonnent au Figaro, les radicaux lisent l’Aurore, et à partir de 1904 les socialistes peuvent s’informer grâce à l’Humanité, fondé par Jean Jaurès.

2. Les deux périodes de censure de la presse

Entre 1881 et 1940, la presse écrite subit deux périodes de censure :

  • En 1893 et 1894 sont votées les lois scélérates, ainsi nommées par Jean Jaurès, qui interdisent la propagande anarchiste, après des attentats qui ont visés l’Assemblée Nationale et qui ont coûté la vie au Président Sadi Carnot.
  • La censure est également instituée pendant la Grande Guerre puisque la presse doit participer au « bourrage de crâne » et éviter le défaitisme. C’est pourquoi en 1915, pour lutter contre ce climat délétère, un journal satyrique est fondé : le Canard Enchaîné.
3. La presse écrite concurrencée par la radio

Après la Guerre, les lecteurs sont plus méfiants même si la presse est à nouveau libre. Les tirages baissent, en partie aussi à cause de la concurrence de la radio (TSF, télégraphie sans fil). La principale radio de l’époque, Radio Paris, est contrôlée par l’Etat et sert surtout à écouter de la variété ou du sport. Pour relever les ventes, les patrons de presse utilisent de plus en plus les photographies, ils insèrent dans leurs colonnes des bandes dessinées (comme Tarzan dans les années 30 en France) et ils engagent des grands reporters qu’ils envoient partout dans le monde. Par exemple, dans ses reportages sur l’Afrique, Albert Londres dénonce le scandale de la construction du chemin de fer Congo-Océan.

B. Les médias et les grandes crises

1. L’Affaire Dreyfus (1894-1906)

En novembre 1894, un journal d’extrême droite, la Libre Parole, dirigée par Edouard Drumont, révèle qu’un officier français de confession juive, Alfred Dreyfus, a été condamné par un tribunal militaire et déporté au bagne en Guyane sur l’île du Diable, pour trahison au profit de l’Allemagne. La presse antisémite se déchaîne, et la population française fait confiance à l’armée et à la justice militaire. Mais en 1896, le Président du Sénat, Auguste Scheurer-Kestner, émet de premiers doutes, relayés par le journal Le Matin. Celui-ci révèle que les documents accusant Dreyfus sont des faux (grossiers), et le vrai coupable est le commandant Esterhazy. Ces révélations ne changent rien, et c’est alors que le patron de l’Aurore, Georges Clemenceau, intervient. Le 13 janvier 1898, il offre sa une à l’écrivain Emile Zola qui publie son célèbre article « J’accuse ». Dès lors, l’opinion publique française se déchire entre les Dreyfusards, qui placent au-dessus de tout le respect des droits de l’homme, et les antidreyfusards, qui veulent avant tout défendre l’honneur de l’armée française et qui, pour certains d’entre eux, animés par un certain antisémitisme. En 1899, un deuxième procès est organisé : Dreyfus est encore condamné, mais le Président Loubet choisit de le gracier, qui est donc libéré. En 1906, la Cour de cassation réhabilite définitivement Dreyfus, qui est même réintégré dans l’armée. L’Affaire Dreyfus révèle certes un certain antisémitisme (« de plume ») en France, pourtant pays des droits de l’homme, et elle montre aussi l’importance de ceux que Clemenceau a nommé les intellectuels, c’est-à-dire les artistes, écrivains, savants, philosophes, qui interviennent régulièrement dans la presse pour éclairer les masses.

2. Le 6 février 1934

En janvier 1934, un escroc, Stavisky, qui avait détourné de l’argent avec la complicité d’hommes politiques, est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses. Une fois de plus, la presse d’extrême droite se déchaîne et elle profite d’un grand courant antiparlementaire, c’est-à-dire qu’un certain nombre de français considèrent les députés et les sénateurs comme des gens corrompus, inutiles et incompétents. L’Action Française, journal d’extrême droite, appelle les honnêtes gens à manifester devant l’Assemblée Nationale le 6 février 1934. Comme les manifestants se sont approchés trop prêt du Palais Bourbon, la police tire sur la foule, on dénombre une quinzaine de morts, et une fois de plus la presse se divise. Pour la droite, le gouvernement, dirigé par le radical Daladier, a tué des français innocents, car parmi les manifestants il y avait un grand nombre d’anciens combattants. Pour la presse de gauche, dont Le Populaire, journal socialiste dans lequel écrit Léon Blum, la police a fait échouer un coup de force fasciste, car les manifestants étaient surtout des membres des ligues d’extrême-droite comme les « Canelots du Roy ». Quoi qu’il en soit, le gouvernement est obligé de démissionner.

3. L’affaire Salengro

En novembre 1936, Mr. Roger Salengro, ministre de l’intérieur socialiste du gouvernement Blum, se suicide à la suite d’une campagne de presse trop violente menée par le magazine d’extrême-droite « Gringoire » qui prétendait que Salengro avait été pendant la Première Guerre Mondiale un « embusqué » alors qu’il mettait en avant son passé militaire.

II. 1940-1981 : des médias sous contrôle

A. La Seconde Guerre : une guerre des ondes

Après l’armistice de juin 1940, les pétainistes et les allemands utilisent la presse et la radio pour diffuser leur propagande. Radio Paris est sous contrôle allemand, Radio Vichy sous le contrôle de Pétain, et certains journaux se distinguent par leurs messages antisémites et collaborationnistes. Parmi eux Le Matin, Paris Soir, et Je suis partout. Dans l’autre camp, les français proches de la Résistance peuvent se procurer des journaux clandestins comme Combat ou Libération, et ils peuvent surtout écouter Radio Londres qui est une émission quotidienne réalisée par les Gaullstes depuis les studios de la BBC, depuis juin 1940. Dans cette guerre des ondes, le pétainiste Henriot s’oppose au Gaulliste Pierre Dac, qui lui répond de façon plus pertinente, cet épisode montrant ainsi que les gaullistes ont gagné la guerre des ondes.

B. Les médias pendant la IV République : la radio, principal média

1. La presse après la Seconde Guerre

En 1944, le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) réaffirme le principe de liberté de la presse. Les journaux coupables de collaboration sont bien sûr interdits comme Le Matin, ou changent de propriétaires et de noms comme France soir. La presse quotidienne est alors dominée par quatre titres : à droite le Figaro, dans lequel écrit François Mauriac ; au centre le Monde fondé par Hubert Beuve-Mery ; ensuite Combat journal socialiste dans lequel écrit Albert Camus ; enfin pour les communistes l’Humanité qui offre par exemple ses colonnes à Aragon.

2. Les français se détournent de la presse papier

Les tirages sont encore en baisse, en partie à cause de la pénurie de papier, qui fait que pendant quelques années les journaux n’offrent qu’un faible nombre de pages, les rendant alors moins attractifs. En 1912 on vendait 10 millions de quotidiens, 6 millions en 1939, et en 1953 on n’en vendait plus que 3.4 millions par jours. Les français se tournent d’avantage vers la presse magazine, avec deux titres majeurs, Paris Match, et L’Express, qui a été fondé par Françoise Giroud. Le peuple français utilise de plus en plus la radio et la principale, Radio France, est contrôlée par l’état. En 1954-1955, le chef du gouvernement, Pierre Mendes France, utilise fréquemment la radio pour expliquer son programme lors des « causeries au coin du feu ». En plus, il existe des radios dites périphériques, c’est-à-dire dont les émetteurs sont basés à l’étranger, parmi elles Europe 1 (émetteur en Allemagne), RTL (Luxembourg) et RMC (Monte-carlo). Ces radios se consacrent surtout à la diffusion de musique de variété et de retransmissions sportives.

3. La presse nourrit toujours les scandales/crises

Dans ce contexte, les scandales/crises sont toujours nourris par les révélations de la presse écrite.

  • Par exemple, le magazine l’express dénonce très tôt les scandales commis par l’armée française en Algérie, puisque dans les années 1956, l’armée française a les pleins pouvoirs en Algérie. En particulier, Françoise Giroud et Françoise Sagan, écrivaine, dénoncent l’usage de la torture.
  • En mai 1958, le retour du Général de Gaulle au pouvoir divise également la presse écrite. Le Figaro et les journaux de droite se réjouissent de ce retour car ils sont persuadés que seul de Gaulle pourra garder l’Algérie française. La presse de gauche, comme l’Humanité, redoute l’instauration d’un régime autoritaire, et considère les événements de mai 1958 comme un coup d’état rampant de l’armée. Quoi qu’il en soi, une fois revenu au pouvoir, De Gaulle comprend très vite l’intérêt de contrôler les médias.

C. 1958-1981 : un contrôle étroit sur l’audiovisuel

1. L’ORTF, le progrès de la tv et de Gaulle

En 1964, l’unique chaîne de télé et les quelques stations de radio publiques (comme France inter…) sont chapeautées par une nouvelle structure : l’ORTF, office de radiodiffusion et de télévision française. Les années 60 sont marquées par les progrès de la télévision et son essor fulgurant en France. En 1958 on comptait 200 000 postes de télévision en France, en 1968 on en dénombre 10 millions. Cette même année, une deuxième chaîne, en couleur, est créée à l’occasion des JO de Grenoble. De Gaulle surveille particulièrement le contenu du journal de 20h, par l’intermédiaire du ministre de l’information, Alain Peyrefitte. Le contrôle porte sur le contenu politique de la télévision, mais aussi sur le contenu sociétal : en effet, tous films et émissions jugés subversifs sont signalés par un carré blanc. Autre exemple, une speakerine appelée Mlle Noblecourt est renvoyée de la télé pour avoir montré ses genoux. De Gaulle s’invite souvent à la télé pour communiquer avec les français, s’adresser directement à eux, par 3 moyens principaux :

  • la conférence de presse (avec un discours préalable puis des questions)
  • allocution télévisée en direct de l’Elysée
  • conversations avec un journaliste très complaisant, très souvent Michel Droit
2. De Gaulle intervient de façon décisive lors de deux moments critiques
  • Au début de l’année 1961, les français ont approuvé par référendum le droit d’autodétermination pour tous les algériens, qu’ils soient européens ou musulmans. Ce processus ne peut que conduire à l’indépendance de l’Algérie, ce que refuse une partie de l’armée française stationnée à Alger, qui tente un coup d’état. Le 23 avril 1961, alors que l’article 16 vient d’être mis en vigueur, accordant d’avantage de pouvoir au président, de Gaulle intervient en uniforme à la télé et à la radio puisqu’il l’Algérie n’a pas la télévision. Cette intervention à pour but de rappeler aux soldats présents en Algérie qu’ils ne doivent en aucun cas obéir à ce « quarteron » de généraux rebelles. Cette intervention à permis de ramener l’ordre en Algérie.
  • De Gaulle intervient une seconde fois à la radio dans des circonstances tendues, alors que la télé est en grève pendant les événements de mai 68. Le 30 mai, de Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale, et annonce aussi l’organisation d’une grande manifestation gaulliste sur les Champs Elysée. Il faut préciser qu’en mai 1968, la contestation a porté aussi sur le contrôle qu’exerçait de Gaulle sur les médias, et les jeunes manifestants peuvent s’exprimer sur Europe 1, qui relais leurs revendications. Ces jeunes réclament une libération de la parole médiatique, analogue à celle qui a eu lieu par exemple au Royaume-Uni. Il existe en effet chez les britanniques, en plus de la BBC, chaîne publique, une chaîne de télé privée, ITV, et des radios libres. La BBC, ITV, et ces radios, diffusent également des programmes plus novateurs.
3. Evolution de la situation, contestation

Après le départ de De Gaulle, il faut attendre 5 ans et Valéry Giscard d’Estaing en 1974 pour voir la situation évoluer. L’ORTF est supprimée, et remplacée par des chaînes toujours publiques comme TF1, Antenne 2 et France 3, mais qui sont censés être plus libre vis-à-vis du pouvoir. Effectivement, Antenne 2, marquée plus à gauche, donne la parole à des intellectuels et à des humoristes, comme Guy Bedos, qui critiquent d’ailleurs Giscard d’Estaing. Dans ce contexte, la contestation la plus virulente vient de la presse écrite, en particulier d’un magazine de gauche, le Nouvel Observateur. Cette contestation vient également du Canard Enchaîné, qui révèle un « scandale » abondamment relayé par Guy Bedos : l’affaire des diamants de Bokassa.

III. Depuis 1981 : des médias libérés ?

A. L’ère de l’image

1. La situation de la presse écrite

Les tirages baissent de plus en plus, la presse écrit perd régulièrement des lecteurs surtout dans la tranche des 18-30 ans. La concurrence de la télé puis d’internet a provoqué la disparition de grands journaux prestigieux comme l’Aurore ou France Soir. D’autres titres, surtout dans la presse régionale, ne subsistent qu’avec les subventions de l’état. Aujourd’hui, les deux titres les plus vendus sont l’Equipe et Ouest France, deux titres qui n’ont pas vocation à enflammer le débat politique.

2. La situation de la radio

En 1981, après l’élection de Mitterrand, le nouveau ministre de la culture Jack Lang autorise les radios libres. Dans un premier temps, beaucoup de petites radios indépendantes apparaissent (locales pour la plupart) mais elles sont très vite remplacées par de grandes stations comme NRJ ou Funradio qui s’occupent peu de politique et sont surtout destinées à diffuser de la musique. Elles s’ajoutent aux anciennes radios France Inter, RTL, RMC…

3. La situation de la télé

Les bouleversements les plus considérables concernant la télévision. L’état contrôle toujours les chaînes du groupe France Télévision : France 2, 3, 4, 5 et France O. Mais on observe à cette date une multiplication des chaînes privées :

  • d’abord Canal + en 1984, puis la 5 fondée par S. Berlusconi (chaîne qui a ensuite fait faillite et dont le canal a été récupéré par l’état) et M6.
  • Dans les années 90, le gouvernement a privatisé TF1, dont le principal actionnaire est la firme Bouygues.

L’essor du câble, des antennes satellites, et enfin de la TNT, ont favorisé une explosion de l’offre, ce qui fait qu’aujourd’hui le téléspectateur peut avoir à sa disposition plusieurs centaines de chaînes.

  • Parmi ces chaînes figurent des chaines d’information comme LCI, BFM ou Cnews.
  • Il existe aussi des chaînes parlementaires, Public Sénat et LCP (La Chaîne parlementaire, de l’Assemblée).

Enfin le développement d’internet marque une nouvelle étape. En 2000, on comptait 8.5 millions d’internautes en France, et 2011 on en était à 45 millions.

  • Les utilisateurs d’internet ont d’abord accès à des sites d’information venant d’organes de presse préexistants, par exemple Libération.fr ou franceinfo.fr.
  • Mais il existe aussi des sites spécifique dédiés à l’information : à gauche Mediapart dirigé par Mr. Plenel, au centre le Huffington Post, et à droit Causeur.
  • L’offre est complétée par des blogs et par des réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, qui permettent la circulation des idées avec un cadre très souple.

On peut dire que la France et l’Occident en général sont entrés dans l’ère de la communication, ère dans laquelle la spontanéité l’emporte parfois sur la réflexion.

B. Radios et crises depuis 1981

1. Rôle des médias dans les crises politiques

Les médias, quels qu’ils soient, jouent toujours un rôle clé lors des crises politiques, soit parce qu’ils amplifient des scandales révélés par la justice, soit parce qu’ils révèlent eux-même des scandales grâce à des journalistes d’investigations. Durant les mandats de Mitterrand, entre 81 et 95, les scandales politiques ont été très nombreux, par exemple l’affaire URBA. Un de ces scandales est révélé par l’émission de Dechavanne « Ciel mon mardi » : c’est l’affaire du sang contaminé (poches de sang contenant le sida, 2 ans de prison seulement pour le responsable des transfusions malgré le grand nombre de morts).

2. Le contrôle de l’information

Certes le pouvoir n’a pas renoncé à contrôler l’information et  et peur user de divers moyens pour empêcher les faits gênants d’être divulgués (menaces de contrôle fiscal…). Mais, vu la multiplication des médias, il semble difficile de cacher une information, surtout que les internautes ont accès aux sites des journaux étrangers. Par exemple, en 2013, le gouvernement socialiste n’a pas pu empêcher le déclenchement de l’affaire Cahuzac, révélée par Mediapart. Cette multiplication des sources, y compris étrangères, avec par exemple la consultation de sites de journaux étrangers comme le Washington Post ou El Pais, favorise l’information du citoyen, mais d’autres problèmes surgissent.

  • Comme tout, même des propos off, peut être diffusé, les politiques utilisent de plus en plus des éléments de langage très formatés, ce qui mène à un usage croissant de la « langue de bois ».
  • Parmi les informations figurent des « fake news » c’est à dire des fausses informations, qui sont un danger et peuvent causer du tort à des hommes politiques honnêtes. Par exemple, le 21 avril 2002 à la surprise générale, le socialiste Lionel Jospin est éliminé dès le 1er tour de la présidentielle. Durant les jours précédent l’élection, TF1 et surtout le journal de 13h, a multiplié les reportages sur des faits divers sordides, pour mettre en avant le laxisme du gouvernement en matière de sécurité. Or, il se trouve qu’une de ces affaires, l’affaire Papy Voise, est fausse.Les fake news sont diffusées par quatre catégories de personnes : les complotistes, les mouvements extrémistes de droite ou de gauche, les fondamentalistes religieux, et des puissances étrangères, comme par exemple la Russie, qui est venue polluer la campagne électorale aux USA en 2016 et en France en 2017.

Conclusion

S’il est vrai que le pouvoir a réussi à contrôler l’information présentée sur les chaînes de télévision à l’époque du Général de Gaulle et même durant les mandats de ses successeurs, les médiats français profitent globalement d’un cadre législatif qui favorise la libre expression des idées, ce qui leur a permis de jouer un rôle clé dans de nombreuses crises politiques. Aujourd’hui, face à la profusion des médias, il est indispensable que les citoyens, et surtout les plus jeunes, ceux qui se préparent à voter, reçoivent une éducation leur permettant de distinguer les médias auprès desquels s’informer.

 

image_pdfimage_print
Menu